Terrorisme : ouverture du procès de la "filière jihadiste de Sevran"

Karim Hakiki, envoyé spécial de France 24 à la cour d'assises de Paris.
Karim Hakiki, envoyé spécial de France 24 à la cour d'assises de Paris. France 24

Le procès de 24 personnes parties en 2014-2015 en Irak ou en Syrie a débuté lundi devant la cour d'assises spéciale de Paris. Seuls cinq accusés sont présents au procès. De nombreux autres sont morts mais officiellement toujours recherchés.

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Français, Marocain, Mauritanien ou Algérien, ils avaient entre 20 et 30 ans quand ils ont quitté la France, juste avant ou après les attentats de janvier 2015 contre l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo et le magasin Hyper Cacher.

Convertis à l'islam radical dans une mosquée clandestine de Sevran, en banlieue parisienne, ou auprès de mentors, séduits par la propagande jihadiste, ils ont pour certains été portés par une dynamique de groupe renforcée par la proclamation du "califat" en juin 2014.

"Les accusés ne nient pas avoir été attirés par l'idéologie de l'organisation État islamique. Ils nient en revanche toute implication dans une entreprise terroriste", explique Karim Hakiki, envoyé spécial de France 24 à la cour d'assises de Paris. 

"Des fantômes peuplent les box des accusés"

Cette audience particulière est peuplée d'absents. Sur les 24 accusés, 19 sont tombés au nom du groupe État islamique (EI) dans des attaques suicides ou des bombardements, ou sont toujours portés en fuite. Ils ne sont que cinq sur le banc des accusés, pour répondre d'association de malfaiteurs à visée terroriste.

"Des fantômes peuplent les box des accusés", estime sur France 24 Samia Maktouf, avocate des familles de victimes du terrorisme. "Des mains ont aidé ces entreprises terroristes. Beaucoup de criminalité ordinaire a rejoint le terrorisme depuis 2012 pour apporter le soutien logistique et technique nécessaire à ces crimes", poursuit l'avocate, regrettant que les accusés ne soient pas plus nombreux à la barre. 

Le procès ambitionne de comprendre la chaîne de responsabilité et la mise en place de filières en Seine Saint-Denis. "L'enjeu, c'est que la vérité soit dite dans cette enceinte judiciaire pour que les familles comprennent enfin, car beaucoup de zones d'ombre demeurent", poursuit Samia Maktouf. "Le temps n'efface ni les blessures, ni la douleur", rappelle l'avocate, tout en plaidant pour un meilleur accompagnement des victimes et familles de victimes par les services de l'État.  

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Parcours mortifères

Le procès promettra aussi d'éclairer le parcours mortifère de personnalités phares de la galaxie jihadiste francophone. Parmi les accusés fantômes figurent les frères Belhoucine, dont l'aîné, Mohamed, est considéré comme le mentor du tueur de l'Hyper Cacher, Amedy Coulibaly.

Autre personnage clé dans le procès, le jeune converti Quentin Roy, dont les parents sont devenus des figures du Collectif Familles Unies, qui réclame le rapatriement des jihadistes pour les juger en France. Interrogée par la presse lundi matin, Véronique Roy ne nie pas l'adhésion de son fils à l'idéologie de l'EI mais demande que "toutes les questions soient abordées", notamment le délicat aspect de la "manipulation mentale".

"Je voudrais qu'on m'explique pourquoi on n'empêche pas de partir un enfant qu'on voit pleurer à l'aéroport", dénonce la mère de famille. "Rien n'a été fait pour empêcher ces jeunes d'aller combattre contre leur propre pays", abonde Samia Maktouf, qui dénonce un échec de la politique française dans la lutte contre la radicalisation. 

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Fait inédit : si Quentin Roy est présumé mort – ses parents ont appris son décès "en martyr" dans une opération suicide par un laconique message en janvier 2016 –, il sera tout de même représenté par un avocat à l'audience. Ses parents seront eux entendus comme témoins dès mardi. Les réquisitions sont prévues jeudi 16 janvier et le verdict attendu le 17 dans la soirée.

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