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Levothyrox: en appel, des patients maintiennent que Merck les a mal informés

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Lyon (AFP)

"Merck a joué à la roulette russe avec notre santé": en appel contre le fabricant du Levothyrox, quelque 3.300 malades de la thyroïde n'en démordent pas sur la désinformation qui a entouré selon eux le changement de formule du médicament.

"C'est le dossier de la confiance trahie, de la confiance perdue", a martelé leur avocat, Me Christophe Lèguevaques, en plaidant mardi devant la cour d'appel de Lyon où le laboratoire allemand a son siège français.

C'est là que se joue le volet civil de l'affaire, instruite par ailleurs au pénal par le pôle santé du tribunal de Marseille.

En première instance, les plaignants avaient été déboutés, les juges lyonnais écartant toute faute de Merck dans le lancement du nouveau Levothyrox en 2017.

Convaincus, au contraire, que le groupe pharmaceutique les a mal informés sur son produit, 3.329 patients souffrant d'effets secondaires ont fait appel - environ 800 ont abandonné la procédure - et réclament 10.000 euros d'indemnités chacun, soit 33 millions au total.

Une soixantaine assistaient à l'audience mardi. "Tous malades", a précisé leur avocat, pour qui Merck a fait passer ses intérêts financiers avant la santé des patients.

"Notre plus grande attente, c'est d'être enfin écoutés, qu'on arrête le déni, de parler d'effet nocebo, de nous traiter d'hystériques", expliquait avant l'audience une plaignante, Aline Bonanno, 66 ans.

La nouvelle formule du médicament prescrit contre l'hypothyroïdie, modifiant certains de ses excipients pour renforcer la stabilité du produit, a été incriminée entre mars 2017 et avril 2018 par quelque 31.000 patients souffrant de maux de tête, insomnies, vertiges, etc.

"Merck a fait le choix économique d'agir en catimini malgré les risques qu'il connaissait, il a perdu son pari mais ce sont les malades qui ont payé les pots cassés", insiste l'avocat.

- "Le ressenti" de certains patients -

Le groupe allemand, fort d'avoir obtenu gain de cause en première instance, rétorque qu'il a respecté le cadre réglementaire, la loi lui interdisant d'informer directement les patients.

"Nous avons utilisé le canal d'information habituel, celui des professionnels de santé, tout en consultant les associations en amont", explique Florent Bensadoun, directeur juridique de Merck.

"Aujourd'hui, gardons bien à l'esprit que plus de 2,5 millions de personnes prennent la nouvelle formule du Levothyrox et vont bien", ajoute-t-il, sans remettre en cause "le ressenti" de certains pour lesquels le changement a pu être "plus difficile".

Cela concerne "un tout petit nombre de patients, 1,46%", a précisé l'avocat du groupe, Me Jacques-Antoine Robert, accusant la partie adverse de "contre-vérités". "Quand j'entends dire qu'on aurait mal informé, je réponds qu'on a envoyé des milliers de documents et que le lancement ne s'est pas fait du jour au lendemain."

En juin dernier, l'Agence du médicament a publié les conclusions d'une étude de pharmaco-épidémiologie menée sur plus de deux millions de patients, selon laquelle le passage à la nouvelle formule du Levothyrox n'a pas engendré de "problèmes de santé graves".

Selon Merck, environ 90.000 personnes prennent encore l'ancienne formule du médicament, importée en France depuis la fin 2017 à la demande du gouvernement, sous le nom d'Euthyrox, le temps que des traitements alternatifs pérennes arrivent sur le marché.

Il y en a cinq aujourd'hui et l'arrêt de la production de l'ancienne formule se profile, d'autant que la nouvelle a été introduite dans une quinzaine de pays européens sans difficultés, d'après le groupe.

"On va encore devoir changer de produit et sans suivi particulier on va se retrouver dans la même situation qu'en 2017", s'inquiète déjà Mme Bonanno.

Mercredi à Paris, les conditions d'accès à l'Euthyrox dans les prochains mois sont au menu d'une réunion du comité de suivi de l'affaire.

La décision a été mise en délibéré au 9 avril.

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