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Pourquoi l’assassinat de Qassem Soleimani laisse les marchés pétroliers de marbre

La raffinerie iranienne d'Abadan, proche de la frontière avec l'Irak
La raffinerie iranienne d'Abadan, proche de la frontière avec l'Irak © Essam Al Sudani, Reuters

L’assassinat du général iranien Qassem Soleimani et la riposte iranienne contre des bases américaines en Irak ont eu un effet limité sur les prix du pétrole. Pourtant, par le passé, chaque crise majeure au Moyen-Orient entraînait des flambées des cours du brut.

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Un feu de paille plutôt qu’une flambée. La décision américaine d’éliminer le général iranien Qassem Soleimani, et l’envoi de missiles par Téhéran sur deux bases américaines en Irak, mercredi 8 janvier, ont eu un impact mesuré sur les prix du pétrole. Le cour du brut a augmenté d’environ 5 % depuis la mort du leader des brigades Al-Qods pour s’établir aux alentours de 68 dollars le baril.

Cette hausse n’est pas anodine, mais n’a rien à voir avec les envolées des prix de l’or noir que le monde a connu lors de la guerre du Golfe en 1990 et la guerre en Irak en 2003. À la suite de la première invasion de l’Irak par les États-Unis, par exemple, le prix du brut avait été multiplié par quatre en quelques mois. Certes, à l’époque il s’agissait de conflits armés, mais "il y a quelques années, toutes les crises au Moyen-Orient entraînaient une hausse brutale des cours du pétrole, du moins temporairement", rappelle le Washington Post.

Tempête dans un verre de pétrole

La réaction tiède des marchés financiers au raid meurtrier américain et à la riposte iranienne tient, tout d’abord, au fait que l’Iran n’est pas l’Irak, ou l’Arabie saoudite. "La production iranienne et ses exportations ont déjà été réduites à leur portion congrue à cause des sanctions économiques, et donc l’impact direct anticipé sur l’offre iranienne de pétrole est limité", résume Ali Ghezelbash, directeur associé au cabinet britannique de conseil Critical Resource et spécialiste du Moyen-Orient, contacté par France 24.

L’autre raison pour laquelle cette crise ressemble, pour l’heure, à une tempête dans un verre de pétrole provient des "fondamentaux du marché - en termes d’offre et de demande - qui demeurent bons", note cet expert. En clair, il y a suffisamment de pétrole pour étancher la soif d’or noir de tout le monde, et rassurer les investisseurs.

C’est, en partie, dû à la place prise par les États-Unis dans le concert des nations productrices du précieux hydrocarbure. La révolution du gaz et pétrole de schiste américain est une donnée qui n’existait pas lors des crises au Moyen-Orient avant les années 2010. "Le monde est devenu moins dépendant du pétrole de cette région", confirme Ali Ghezelbash. 

La crise irano-américaine représente, en un sens, le révélateur d’une nouvelle réalité : "le pétrole est devenu un mauvais baromètre pour mesurer les tensions au Moyen-Orient", affirme au New York Times Helima Croft, responsable de la stratégie sur les marchés de matières premières de la banque d’investissement RBC Capital Markets.

Ce changement de paradigme semble aussi offrir une plus grande marge de manœuvre aux États-Unis dans la région, estime le Wall Street Journal. "Cela veut dire que Washington peut imposer des sanctions économiques à l’Iran sans craindre une poussée de fièvre sur les marchés pétroliers, ou encore que l’attaque contre les installations pétrolières de Saudi Aramco de septembre n’a pas eu d’effets trop importants pour l’approvisionnement en pétrole des États-Unis", énumère le quotidien américain.

Risque d’escalade aux pays voisins de l’Iran

Ce constat a cependant ses limites. La région demeure centrale pour l’approvisionnement mondial en pétrole avec des pays comme l’Arabie saoudite, ou encore les Émirats Arabes Unis. "Le principal risque de cette crise est qu’elle déborde sur les pays voisins de l’Iran et que des installations pétrolières soit pris pour cible, auquel cas la hausse des prix pourrait être beaucoup plus importante", estime Ali Ghezelbash.

À lire aussi sur France 24 : Crise dans le Golfe : les enjeux géostratégiques du détroit d’Ormuz

Le danger serait donc que Téhéran décide de frapper les États-Unis au portefeuille en bombardant les champs pétroliers saoudiens ou les raffineries émiraties pour provoquer sciemment une flambée des prix. Le régime iranien pourrait aussi décider de bloquer la circulation sur le détroit d’Ormuz, situé entre Oman et l’Iran, et par lequel transitent plus de 20 millions de barils de brut par jour. Fermer ce robinet à or noir serait susceptible de déstabiliser l’économie mondiale.

Pour l’instant, les marchés pétroliers semblent prendre pour argent comptant les affirmations iraniennes selon lesquelles le bombardement des bases américaines en Irak constituait une "riposte proportionnée" à l’assassinat de leur influent général. Ils n’anticipent pas d’autres frappes susceptibles de mettre le feu aux poudres et au prix du pétrole. Cet optimisme tient à la perception de l’Iran comme un pays "qui réagit de manière réfléchie, et Téhéran ne voit pas quel pourrait être son intérêt à étendre le conflit à ses voisins, d’autant plus qu’il lui est très difficile d’anticiper quel pourrait être la réaction du président américain", explique Ali Ghezelbash. En d'autres termes, l'imprévisibilité de Donald Trump, à l'origine de cette crise, est probablement aussi ce qui empêche l'Iran de faire monter davantage les enchères.

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