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Angola: accusée de corruption, la "princesse" contre-attaque

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Luanda (AFP)

Communiqués, interviews, tweets, elle ne s'arrête plus... Ces derniers jours, Isabel dos Santos fait feu de tout bois contre les accusations de détournement de fonds publics de la justice angolaise, bien décidée à défendre chèrement son empire.

Le mois dernier, un tribunal a annoncé le gel des comptes bancaires et des actifs de la milliardaire, incarnation du népotisme reproché à son père, l'ex-président José Eduardo dos Santos, pendant ses trente-huit ans de règne sur le pays (1979-2017).

Selon le parquet général, Mme dos Santos et son mari d'origine congolaise, Sindika Dokolo, sont soupçonnés d'avoir détourné un milliard de dollars des groupes publics Sonangol (pétrole) et Sodiam (diamants) au profit de leurs affaires privées.

La sanction des juges a ravivé la guerre que se livrent depuis deux ans la famille de l'ex-chef de l'Etat et son successeur Joao Lourenço, qui a promis d'éradiquer la corruption.

D'ordinaire peu férue d'épanchements médiatiques, Isabel dos Santos, 46 ans, a organisé elle-même la contre-attaque.

Depuis dix jours, la femme la plus riche d'Afrique, selon le magazine américain Forbes, dénonce dans les journaux, à la télévision ou sur les réseaux sociaux le procès qui, dit-elle, lui est fait à coups de "mensonges", de "fake news" ou de "faux témoignages".

"Je n'ai jamais bénéficié d'un milliard de dollars sorti du porte-monnaie des Angolais", répète-t-elle.

Mardi encore, Isabel dos Santos, qui vit à l'étranger, a attribué sa mise en cause à un "règlement de comptes" au sein du MPLA, le parti qui dirige l'Angola depuis son indépendance en 1975.

- Menaces -

"Pour le président Joao Lourenço, la mise à l'écart définitive de la scène politique de son prédécesseur et de sa famille constitue la garantie de conserver une mainmise sans partage sur l'appareil du parti", a-t-elle tweeté.

"Il ne s'agit pas d'une affaire isolée visant la seule Isabel dos Santos", lui a répliqué le ministre des Affaires étrangères Manuel Augusto, "mais d'une opération de rapatriement des capitaux que le gouvernement va poursuivre".

L'intéressée devrait ainsi être formellement inculpée d'ici à début mars, a prévenu une source judiciaire à Luanda.

"Ses avoirs ont été gelés pour éviter qu'ils ne sortent du pays", a précisé à l'AFP cette même source, "l'Etat a pris cette mesure pour être sûr d'être remboursé".

Sans la nommer, M. Lourenço l'a pressée de jouer, dans son intérêt, la carte de la "collaboration maximale" avec les autorités et appelé à l'aide la communauté internationale dans son "effort contre la corruption et l'impunité en Angola".

En difficulté, celle que les Angolais surnomment la "princesse", a commencé à se faire menaçante.

Dans un entretien accordé à Voice of America, Isabel dos Santos s'est dite "préoccupée" par la décision de justice car elle a "un impact énorme sur de nombreuses entreprises".

Parmi ses avoirs gelés figurent ses participations dans les banques BIC et BFA, l'opérateur de téléphonie mobile Unitel, le groupe de médias ZAP, Condis Distribution (supermarchés) ou Cimangola (béton).

- "Abus de pouvoir" -

Ces sociétés emploient 20.000 Angolais, a prévenu Isabel dos Santos, et ont versé un total de 200 millions de dollars d'impôts à l'Etat.

Ses mises en garde ne suscitent pour l'heure pas d'inquiétude. "Le gel ne vise que ses comptes privés", rappelle à l'AFP l'économiste Carlos Rosado, "le paiement des salaires des employés ne dépend pas directement d'Isabel dos Santos".

"Ces entreprises vont continuer à fonctionner normalement", rassure lui aussi le chef de la confédération syndicale CGSILA, Francisco Jacinto, qui dénonce auprès de l'AFP le discours d'une Isabel dos Santos "aux abois".

Depuis qu'il a succédé à José Eduardo dos Santos en 2017, Joao Lourenço, son ancien ministre de la Défense, a évincé tous les proches de son prédécesseur des institutions et entreprises publiques qu'ils cadenassaient.

En quelques mois, il a limogé Isabel dos Santos de son poste de PDG de la Sonangol et son demi-frère José Filomeno dos Santos de la tête du fonds souverain du pays.

Le procès de ce dernier, accusé de détournement de fonds qu'il nie, doit reprendre la semaine prochaine.

Soupçonnée "d'enrichissement illégal", l'autre fille de l'ancien président, Welwitschia dos Santos dite "Tchize", a elle été suspendue en octobre de son mandat de députée.

Dans un entretien à l'AFP mercredi, elle a dénoncé les "persécutions" du régime. "Joao Lourenço a un problème personnel et politique avec l'ancien président", a ajouté "Tchize" dos Santos, "je l'accuse d'abus de pouvoir".

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