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Nouveau format, délocalisation saoudienne… la Supercoupe d’Espagne fait polémique

Le stade Roi-Abdallah de Djeddah, hôte de la Supercoupe d'Espagne 2019/20.
Le stade Roi-Abdallah de Djeddah, hôte de la Supercoupe d'Espagne 2019/20. © Giuseppe Cacace

En révolutionnant totalement sa "Supercoupe", le football espagnol a pris des risques. Si le nouveau format, à quatre équipes, suscite le scepticisme, c’est surtout la délocalisation du tournoi en Arabie saoudite qui cristallise les crispations.

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Supplanté économiquement depuis plusieurs saisons par le mastodonte britannique, le football espagnol n’en finit plus de chercher des solutions. Malgré l’ultradomination sportive de ses clubs phares – le Real Madrid et le FC Barcelone ont remporté cinq des six dernières Ligue des champions –, la Liga peine à séduire autant que son grand rival, la Premier League. Sur la période 2019-2022, les droits TV domestiques du championnat espagnol dépassent péniblement le milliard d’euros, quand son homologue anglais récolte trois fois plus.

Ce – très relatif – déficit de notoriété qui se confirme au fil des saisons pourrait-il, à moyen terme, menacer la compétitivité des clubs espagnols ? C’est en tout cas ce que semblent croire les instances locales du football, qui multiplient les initiatives pour réduire le fossé à tout prix.

Et la note est parfois salée, à l’image des polémiques nées de la profonde révolution vécue par l’emblématique Supercoupe d’Espagne. Cette rencontre de gala, qui opposait depuis 1982 le vainqueur du championnat à celui de la Coupe du Roi au mois d’août, a été profondément renouvelée. Mercredi, c’est sous la forme d’un mini-tournoi à quatre équipes que le Real Madrid et le FC Valence ont donné le coup d’envoi de la nouvelle formule (3-1 pour les Merengue).

"La Supercoupe avait deux possibilités : la première était d'en finir avec cette compétition, et la deuxième de chercher un format attractif qui générera de l'intérêt et des revenus bien plus importants", expliquait en novembre dernier le président de la Fédération espagnole de football (RFEF), Luis Rubiales, pour justifier cette nouvelle formule en "final four", qui regroupe donc le Real, Valence, mais aussi le Barça et l’Atlético.

Une "grave erreur"

Mais au-delà de l’aspect purement sportif, qui vient alourdir un calendrier de janvier déjà dense et dénature le concept même des supercoupes européennes, c’est sur un plan éthique que la Fédération espagnole peine à défendre son nouveau bébé. Sans surprise, le choix de confier l’organisation de la compétition à l’Arabie saoudite a suscité une multitude de réactions indignées.

Première de cordée, la télévision publique espagnole (TVE) a refusé de s’aligner sur l’appel d’offre des droits de retransmission des rencontres, au motif qu’elles se disputeraient "dans un endroit où les droits humains ne sont pas respectés, et en particulier ceux des femmes".

Des femmes qui, elles aussi, ont fait entendre leur mécontentement, à l’image de l’ex-internationale espagnole et ancienne joueuse du PSG Vero Boquete. L’ambassadrice de l’UEFA pour le développement du football féminin a dénoncé la "grave erreur" de la RFEF, regrettant qu’elle s’associe avec un "agresseur et oppresseur qui viole les droits de l’Homme".

120 millions d’euros, un millier de supporters

L’instance dirigeante, elle, se range derrière un pragmatisme qu’elle juge inévitable. Les bénéfices "ne serviront pas à construire une villa. Ils iront là où c'est nécessaire. […] Les revenus seront intégralement destinés à améliorer le football non-professionnel", martèle-t-on dans les locaux de la fédération. Et l’enveloppe est effectivement conséquente : l’Arabie saoudite s’est acquittée d’un chèque de 120 millions d’euros pour accueillir la crème du football espagnol jusqu’en 2022, selon les informations de la presse sportive espagnole.

Un contrat juteux aux multiples conséquences. Si la polémique enfle, c’est aussi parce que la Supercoupe d’Espagne a mis le voile sur près de quarante ans de tradition, au détriment des nombreux supporters de ce pays fou de football. Malgré la mise en vente de 12 000 places au prix plancher de 25 euros, à peine un petit millier a trouvé preneur, dont 700 pour le seul Real Madrid. Des chiffres presque flatteurs puisque, comme le souligne la presse espagnole, une bonne partie de ces "socios" sont déjà expatriés en Arabie saoudite pour d’autres raisons. Le voyage n’a effectivement rien d’un saut de puce : 6 400 kilomètres, soit une dizaine d’heures de vol depuis Madrid.

Autant d’éléments qui jettent un peu plus l’opprobre sur celle que certains médias, à l’image du vénérable El Pais, baptisent désormais la "Supercoupe de la discorde". Une compétition qui, comme le résume sans détours le Catalan La Vanguardia, n’a désormais plus grand-chose à voir "ni avec une Supercoupe, ni [même] avec l’Espagne".

 

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