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Crise iranienne : le puits sans fond des sanctions économiques de Donald Trump

Donald Trump n'a pas précisé quelles nouvelles sanctions économiques contre le régime iranien il comptait imposer.
Donald Trump n'a pas précisé quelles nouvelles sanctions économiques contre le régime iranien il comptait imposer. © iStock

Le président américain a annoncé, mercredi, qu’il allait imposer de nouvelles sanctions économiques contre l’Iran. Difficile d’imaginer quelles mesures il peut encore prendre contre un pays déjà à terre économiquement. Pourtant, il peut encore accentuer la pression. Mais dans quel but ?

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Toujours plus. Le président américain Donald Trump a annoncé, lors de sa conférence de presse mercredi 8 janvier, une nouvelle salve de sanctions économiques contre l’Iran en réponse au bombardement de deux bases militaires américaines en Irak la veille. "Les États-Unis vont les imposer immédiatement, et ces impressionnantes sanctions persisteront jusqu’à ce que l’Iran décide de changer de comportement", a assuré le chef de l’exécutif américain.

C’était la seule action hostile annoncée par Donald Trump à l’égard de l’Iran durant une allocution qui, pour le reste, semblait destinée à apaiser les tensions survenues après l’assassinat du général iranien Qassem Soleimani, vendredi 3 janvier. "Il fallait bien que le président américain annonce quelque chose en réaction au lancement des missiles iraniens", confirme Olivier Dorgans, avocat au cabinet Hughes Hubbard & Reed, expert en sanctions économiques et spécialiste de l’Iran, contacté par France 24.

La Chine et le pétrole iranien

Nul ne sait, cependant, quelles nouvelles sanctions l’administration américaine va sortir de son chapeau. Washington n’a pas encore dévoilé le contenu de ces mesures qui, selon les dires du président, doivent pourtant être appliquées "immédiatement".

Difficile aussi d’imaginer ce qu’elles pourraient être. Donald Trump n’a eu de cesse, depuis son retrait en 2018 de l’accord sur le nucléaire négocié par son prédécesseur Barack Obama, de multiplier les sanctions contre le régime iranien. "Au vu des sanctions progressivement réinstituées et ajoutées depuis 2018 – sur le pétrole, le secteur financier, les métaux précieux, l’automobile, l’aluminium ou l’acier –, il y a peu de secteurs qui peuvent encore être ciblés", précise Olivier Dorgans.

Pour autant, "il reste une certaine marge de manœuvre pour accentuer la pression", estime Sascha Lohmann, spécialiste des sanctions internationales et de la politique étrangère américaine au SWP, l’Institut allemand de politique et de sécurité internationale, contacté par France 24. Cet expert juge que Washington peut, encore, tirer sur la corde des sanctions secondaires, c’est-à-dire celles qui ciblent les personnes – morales ou physiques – non américaines amenées à faire des affaires avec l’Iran. En premier lieu, il anticipe une pression américaine accentuée "sur les entreprises, les banques chinoises qui importent ou facilitent le commerce de pétrole iranien".

La Chine reste l’un des derniers pays à s’approvisionner en or noir auprès de Téhéran. Avec une telle mesure, Washington ferait d’une pierre deux coups : assécher ce qui reste encore de la manne pétrolière iranienne et compliquer la tâche à son grand rival économique asiatique.

Par ailleurs, quelques rares secteurs – comme le tourisme, l’aide humanitaire (vente de médicaments) – n’étaient pas encore dans le collimateur américain et pourraient finalement se retrouver, à leur tour, sur la liste noire.

Durcir la répression contre les infractions au régime des sanctions

Mais pour l’avocat français Olivier Dorgans, cela relève plutôt de la posture et de "rhétorique politique, car à cause des mesures frappant le système financier iranien, la plupart des entreprises étrangères ont déjà arrêté de commercer avec l’Iran car elles ne peuvent pas se faire payer".

Pour lui, des nouvelles sanctions – comme s’en prendre à des entreprises spécifiques ou ajouter des noms de responsables iraniens sur la liste noire américaine – ne constitueraient que la partie émergée de l’iceberg. Il estime qu’un vrai durcissement de la politique américaine passera par "le déploiement de moyens supplémentaires afin d’identifier plus facilement ceux qui contreviennent aux sanctions en menant des enquêtes plus intrusives dans des pays comme la Turquie, la Chine ou encore l’Arabie saoudite".

Une approche qui correspondrait bien à la stratégie américaine d’isolement de l’Iran qui consiste à "rendre le commerce avec Téhéran plus onéreux que ce qu’il peut rapporter", ajoute Francesco Giumelli, vice-directeur du département de relations internationales de l’université de Groningue, contacté par France 24. En clair, Washington espère que si les efforts à déployer pour échapper à la vigilance américaine coûtent trop cher, les éventuels contrevenants aux régimes de sanctions préféreront s’abstenir.

Signal pour les pays qui penseraient à la bombe atomique

Mais pourquoi frapper un pays qui est déjà économiquement à terre ? Aucun des experts interrogés n’estime que cela va pousser Téhéran à abandonner son programme nucléaire ou "abandonner son soutien au terrorisme", comme l’a réclamé Donald Trump.

"C’est essentiellement symbolique, et important dans le contexte de l’année électorale qui vient de débuter. Donald Trump rend coup pour coup afin de montrer à son électorat qu’il agit", souligne le politologue allemand Sascha Lohmann.

Mais les nouvelles sanctions économiques servent aussi "à envoyer un signal à d’autres acteurs ou nations qui seraient tentés de se doter de l’arme nucléaire. C’est une manière pour la diplomatie américaine de dire : vous voyez ce que cela coûte de le faire, êtes-vous vraiment prêts à payer ce prix ?", estime Francesco Giumelli.

Cette politique maximaliste comporte, cependant, des risques pour les États-Unis. En menaçant de taper sur les doigts des entreprises du monde entier qui voudraient commercer avec l’Iran, Washington "risque de froisser certains alliés et compliquer encore les relations avec des pays, comme la Chine, avec lesquels l’administration américaine n’est déjà pas en bons termes", juge Sascha Lohmann. Pour lui, ces sanctions économiques risquent de pousser d’autres pays à chercher des alternatives au dollar pour leur commerce afin d’échapper au bras vengeur américain et, ainsi, "contribuer à un lent déclin du dollar".

 

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