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Le plaquage ventral, une technique policière internationalement décriée

Captures d'écran des vidéos montrant l'interpellation policière de Cédric Chouviat le 3 janvier 2020 à Paris.
Captures d'écran des vidéos montrant l'interpellation policière de Cédric Chouviat le 3 janvier 2020 à Paris. © Réseaux sociaux

La mort de Cédric Chouviat à la suite d’une interpellation policière le 5 janvier a relancé le débat sur le plaquage ventral. Cette technique d’interpellation, enseignée dans les écoles de police, est interdite notamment à Los Angeles, New York et dans plusieurs pays européens en raison de sa dangerosité.

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"I can’t breathe, I can’t breathe." En juillet 2014, une vidéo montrait les circonstances de la mort d’Eric Garner au cours d’une interpellation à New York. Plaqué au sol et maintenu à terre par cinq policiers, cet asthmatique de 43 ans était mort par asphyxie après avoir crié à plusieurs reprises "Je ne peux pas respirer". Ce tragique événement, catalyseur aux États-Unis du mouvement antiraciste #BlackLivesMatter, n’est ni le premier, ni le dernier de ce genre.

En France, plusieurs décès ont été attribués à cette technique d’immobilisation enseignée en école de police et de gendarmerie. On pense à Adama Traoré, mort en 2017 d’un "syndrome asphyxique" le jour de ses 24 ans. Mais également à Mohamed Boukrourou, Mohamed Saoud, Lamine Dieng, Abdelhakim Ajimi. La liste n’est pas exhaustive.

Dernière affaire en date : Cédric Chouviat. Ce livreur francilien de 42 ans est mort le 5 janvier après avoir été interpellé à Paris. Immobilisé au sol par trois agents, il a fait un malaise cardiaque et il est décédé 48 heures plus tard. Selon les premiers éléments de l'autopsie, il a été victime d'une asphyxie "avec fracture du larynx". Selon la famille et ses avocats, Cédric Chouviat serait mort étouffé sous le poids des agents de police, au moment du plaquage ventral. À l’enquête de l’infirmer ou de le confirmer. Mais cette technique policière reste fortement contestée.
 


Une pratique interdite depuis les années 1980 à Los Angeles et à New York

Le plaquage au sol, ou "decubitus ventral", consiste à plaquer fermement une personne au sol et à la maintenir dans cette position, à l’aide d’une pression importante sur le thorax. Les forces de l’ordre ajoutent parfois à cette position d’autres moyens de contention, tels que le menottage des poignets derrière le dos et l’immobilisation des chevilles.

L’utilisation de cette technique dans l'Hexagone est révélatrice d’une "américanisation des méthodes d’interpellation en France", a dénoncé lors d’une conférence de presse William Bourdon, l’un des avocats de la famille Chouviat. Pourtant, aux États-Unis, plusieurs villes ont banni sa pratique à cause de sa dangerosité.

La police de Los Angeles, par exemple, l’a interdite en 1980, après avoir déploré une dizaine de décès lors d’interpellations musclées avec plaquage au sol et étranglement. Le département de police de New York a suivi le pas en 1993, sans toutefois que les autorités ne légifèrent en la matière. En octobre 2019, la plus jeune fille d’Eric Garner, Emerald Snipe Garner, a d’ailleurs lancé une pétition aux États-Unis pour faire passer une loi, la "loi Eric Garner", qui instituerait l’interdiction de la pratique dans tout le pays.

En Europe, plusieurs États ont renoncé à la technique policière : la Suisse l’a abandonnée en 2001 après la mort de Samson Chukwu, un Nigérian qui s’était vu refuser son droit d’asile. Alors qu’il était conduit à l’aéroport, ce dernier s’était débattu avant d’être plaqué sur le ventre. La pratique est depuis prohibée chez les Helvètes. La Belgique a suivi le mouvement et l’a interdite en 2005.

La France, mauvaise élève européenne ?

En France, la technique est encadrée sans toutefois être interdite, malgré le plaidoyer récurrent de plusieurs ONG comme Amnesty International, la Ligue des droits de l’Homme ou l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT). "La dangerosité de cette pratique n’est plus à prouver. On sait qu’elle est létale, donc on ne devrait l’utiliser qu’en dernier recours, pas pour un contrôle routier", réagit auprès de France 24 Anne-Sophie Simpere, chargée de plaidoyer libertés chez Amnesty International.

"Dans d'autres pays européens, des policiers parviennent à appréhender des individus sans avoir recours à cette technique", poursuit-elle. Selon elle, le maintien de cette pratique en dit long sur les pratiques policières françaises, qui tendent à être plus "offensives" que celles de certains de ses voisins européens.

"Des pays comme la Belgique, la Suisse ou l’Allemagne sont reconnus pour leurs bonnes pratiques concernant le maintien de l’ordre, notamment lors des manifestations. La Belgique est plutôt dans une logique de dialogue et de désescalade alors qu’en France, la méthode est largement plus offensive", poursuit Anne-Sophie Simpere.

La France a été plusieurs fois pointée du doigt pour la pratique du plaquage au sol. Elle a été condamnée en 2017 par la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) pour la mort de Mohamed Boukrourou, après son immobilisation ventrale dans un fourgon de police. En février 2019, une proposition de loi a été déposée par une dizaine de députés de gauche pour demander l'interdiction des "techniques d'immobilisation létales". La demande a été rejetée par le Parlement.
 

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