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Présidentielle à Taïwan : les pro-indépendance agitent l'épouvantail hongkongais

Une militante du parti de la présidente sortante Tsai Ing-wen tenant une pancarte "Non à la Chine" lors du meeting du 10 janvier 2020.
Une militante du parti de la présidente sortante Tsai Ing-wen tenant une pancarte "Non à la Chine" lors du meeting du 10 janvier 2020. © Sam Yeh, AFP

Alors que les Taïwanais élisent samedi leur président, la campagne s'est concentrée sur les futures relations de l'île avec la Chine. La cheffe d'État sortante a notamment capitalisé sur la crise hongkongaise pour regonfler une popularité en baisse depuis le début de son mandat.

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Sept décennies que Taïwan est séparé politiquement de la Chine, et pourtant le grand et menaçant voisin était bien au cœur de la campagne présidentielle de l'île. La présidente sortante, Tsai Ing-wen, refuse que le pays insulaire ne devienne un "nouveau Hong Kong" alors que la cité-État est agitée par un mouvement prodémocratie critique de l'influence chinoise.

Quelque 19 millions d'électeurs sont appelés à se prononcer samedi 10 janvier entre la présidente sortante et son principal adversaire, Han Kuo-yu, farouchement pro-Pékin et mettant en avant les bénéfices économiques que pourrait retirer l'île d'un rapprochement. Ils éliront également leurs députés.

Au pouvoir depuis 2016, la présidente Tsai Ing-wen se présente quant à elle comme la garante des valeurs démocratiques face à l'autoritarisme de la Chine.

Pékin, le plus grand partenaire commercial de l'île, considère Taïwan comme l'une de ses provinces et a juré d'en reprendre un jour le contrôle, par la force si nécessaire.

La présidente donnée perdante il y a un an

La Chine n'a jamais caché son souhait de voir Tsai Ing-wen et le Parti démocratique progressiste (PDP, pro-indépendance) être évincés du pouvoir et n'a cessé de durcir le ton avec son voisin depuis quatre ans.

La Chine a ainsi rompu toutes les communications officielles avec le gouvernement taïwanais tout en intensifiant les pressions économiques et les exercices militaires. Elle a par ailleurs arraché, ces trois dernières années, sept pays alliés à Taïwan en les menaçant notamment de sanctions économiques. L'île n'est plus reconnue que par 15 États dans le monde, pour la plupart des nations pauvres d'Amérique latine et du Pacifique. Le Vatican reste le dernier en Europe.

En février dernier, le président chinois, Xi Jinping, était apparu menaçant en affimant que l'indépendance de l'île mènerait à un "terrible désastre" et que la réunification du pays avec le continent était "inévitable".

Paradoxalement, ces menaces ont été bénéfiques pour Tsai Ing-wen, donnée pour perdante à coup sûr il y a près d'un an, après une énorme percée de l'opposition du Kuomintang lors des élections locales.

Mais l'opinion publique s'est peu à peu retournée contre Pékin grâce aux positions de la présidente sur la guerre commerciale sino-américaine et surtout la crise hongkongaise : "Mme Tsai s'est constamment présentée comme étant la meilleure personne pour défendre la souveraineté de Taïwan", a expliqué à l'AFP Bonnie Glaser, spécialiste de Taïwan et de la Chine au Centre d'études stratégiques et internationales.

"On estime que la remontée dans les sondages est due à un effet Hong Kong. La situation là-bas agit comme un miroir pour la société taïwanaise. Les électeurs ont peur d’être les prochains sur la liste de Pékin", estime Baptiste Fallevoz, chroniqueur international et ancien correspondant de France 24 en Chine.

Capitaliser sur la crise hongkongaise

"Hong Kong aujourd'hui, Taïwan demain." Le slogan de la présidente sortante capitalise clairement sur la crise hongkongaise pour rallier les électeurs. La cité-État voisine est le théâtre depuis juin de manifestations monstres pour dénoncer les ingérences de Pékin dans les affaires de sa région semi-autonome, demander des réformes notamment en matière de démocratie ou encore une enquête indépendante sur les violences policières.

Durant le dernier débat télévisé entre candidats, Tsai Ing-wen a lu des extraits d'une lettre écrite par des manifestants hongkongais : "Je demande que le peuple taïwanais ne croie pas les communistes chinois, ne croie aucun fonctionnaire procommuniste et ne tombe pas dans le piège de l'argent de la Chine." Or ce discours est très porteur au sein d'une jeunesse taïwanaise qui a suivi de très près la mobilisation prodémocratie à Hong Kong. L'équipe de campagne tente d'attirer ces électeurs, décrits par les experts comme les faiseurs de roi du scrutin de samedi.

>> À lire aussi : "Hong Kong : forte hausse des troubles de stress post-traumatique depuis le début de la crise"

Dans une vidéo mise en ligne cette semaine sur sa page Facebook, vue plus d'un million de fois, l'équipe de campagne de la présidente présente les affrontements entre policiers et manifestants dans l'ex-colonie britannique comme une mise en garde. Ce clip de campagne débute par des images de jeunes Taïwanais vaquant à leurs occupations quotidiennes, entre soirées et jeux vidéo, avant de basculer sur les scènes de guérilla urbaine à Hong Kong.

"À quelques centaines de kilomètres, de nombreux jeunes défendent leurs libertés au prix de larmes et du sang", dit la voix off, qui appelle à "crier haut et fort que nous choisissons la démocratie".

Une stratégie qui semble payante selon les derniers sondages publiés dix jours avant le scrutin (ils sont interdits dans la dernière ligne droite de la campagne). Tsai Ing-wen semblait bénéficier d'une confortable avance sur son adversaire.

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