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"Megxit" : que faut-il attendre de la réunion de crise convoquée par la reine Elizabeth II ?

La famille royale réunie lors du centenaire de la Royal Air Force, le 10 juillet 2018, à Londres.
La famille royale réunie lors du centenaire de la Royal Air Force, le 10 juillet 2018, à Londres. © Chris Radburn, Reuters

L’annonce choc du prince Harry et de son épouse Meghan Markle de vouloir se mettre en retrait de leurs obligations royales a résonné comme un coup de tonnerre sur Buckingham. Pour éviter de faire vaciller la monarchie britannique, la reine Elizabeth II a convoqué lundi une réunion de crise dans sa résidence privée de Sandringham.

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Les spécialistes de la couronne britannique parlent d’"une réunion historique". Le prince Harry, son frère le duc de Cambridge et son père le prince de Galles sont tous présents, lundi 13 janvier, dans la résidence privée de la souveraine à Sandringham, dans l'est de l'Angleterre. Meghan, qui se trouve actuellement au Canada, devrait participer à la discussion par téléphone.

Le conseil de crise fait suite à l’annonce, mercredi, du duc et de la duchesse de Sussex de vouloir prendre ses "distances avec la famille royale". Après "plusieurs mois de réflexion", le couple a dit souhaiter "renoncer [au rôle de] membres 'seniors' de la famille royale", tout en expliquant "vouloir travailler pour être indépendant financièrement, et en continuant de soutenir pleinement Sa Majesté la Reine". Une façon pour Meghan et Harry de se délester de la pression médiatique et des critiques appuyées des tabloïds britanniques sur les supposés caprices de l'ancienne actrice et son luxueux train de vie.

En communiquant via leur compte Instagram et surtout en ne prévenant pas la reine, le prince Harry et Meghan ont marqué une rupture nette avec les codes de la monarchie. Le terme "Megxit" est né.
 


Les discussions pourraient "prendre du temps"

Difficile à avaler pour la famille royale. En particulier pour la reine Elisabeth II, 93 ans, qui doit déjà se relever d’"une année semée d’embûches" en raison des révélations sur les liens entre son fils Andrew et le financier américain Jeffrey Epstein, accusé de trafic de mineures. La souveraine a demandé aux membres de la famille de trouver une "solution rapide" pour répondre à la volonté de son petit-fils, sixième dans l'ordre de succession.

"Nous comprenons leur désir d'adopter une approche différente, mais ce sont des questions complexes qui prendront du temps à résoudre", a réagi par communiqué la famille royale. Si un accord est conclu dans les prochains jours, sa mise en œuvre devrait toutefois "prendre du temps", estime le spécialiste de la famille royale de la BBC Jonny Dymond.
 



Quels devraient être les sujets abordés lors du "sommet de Sandringham" ? Pour l’instant, peu de détails filtrent. Charles, le prince de Galles, qui a assisté aux funérailles du sultan Qaboos, est de retour d’Oman. Le prince Harry s'est rendu à Sandringham depuis sa résidence de Frogmore Cottage, à Windsor. Meghan est, elle, retournée à Vancouver, sur la côte ouest du Canada, où le couple a passé les fêtes de Noël.

L'argent et les titres royaux en question

Les discussions devraient tourner autour du montant de la dotation financière que le prince Charles attribue au couple de sa réserve personnelle, la question de leur titre royal et le périmètre des transactions commerciales que Harry et Meghan seront autorisés à faire, avance le Sunday Times. "L’argent sera un enjeu important. Mais le statut royal du prince Harry et de Meghan le sera tout autant", souligne de son côté Jonny Dymond.

Le premier sujet polémique porte sur leur lieu de résidence. Le duc et la duchesse souhaitent partager leur temps entre le Royaume-Uni et l'Amérique du Nord. Le Canada, où le couple a passé une pause de six semaines à Noël, a été présenté comme une base possible pour le couple. Meghan a vécu et travaillé à Toronto pendant sept ans au cours de son passage dans la série américaine Suits.

La question est surtout de savoir combien de temps la famille va passer au Royaume-Uni puisque Meghan est censée demander la citoyenneté britannique, rappelle la BBC. Pour ce faire, elle doit passer un maximum de 90 jours à l'étranger chaque année. Le couple a dit vouloir continuer d’utiliser Frogmore Cottage, leur maison à Windsor, qui a été rénovée avec 2,4 millions de livres sterling de fonds publics. Une façon de garantir "un chez-soi au Royaume-Uni", ont-ils déclaré. Mais la reine, propriétaire du domaine, doit encore y consentir.

Renoncement à l’allocation royale

Comment le couple peut-il devenir "financièrement indépendant" ? Le prince Harry et Meghan ont proposé de renoncer à l’allocation royale, versée chaque année par le gouvernement pour soutenir la famille royale dans ses fonctions officielles. Cette enveloppe ne représente que 5 % de leurs revenus.

Les 95 % restants proviennent du prince Charles. En tant que duc de Cornouailles, le fils de la reine touche des revenus issus du duché (propriétés, actifs et sociétés) et subvient à l'ensemble de ses besoins et de ceux de ses fils, William et Harry, ainsi que de leurs familles. En 2019, 5 millions de livres sterling ont été versées aux Sussex et aux Cambridge (William et Kate), selon le rapport sur les dépenses du duché de Cornouailles, soit 5,9 millions d'euros. Des revenus auquel le couple n’a pas dit souhaiter renoncer.

Le duc et la duchesse de Sussex peuvent aussi miser sur leurs deniers personnels. Le prince Harry a hérité de 7 millions de livres sterling (8,1 millions d’euros) à la mort de sa mère, et Meghan bénéficie de ses cachets en tant qu’actrice à succès. "Ensemble, ils pourraient valoir 10 à 15 millions de livres sterling", estime David McClure, un auteur spécialiste des finances royales.

Risque de conflits d’intérêts

Le couple souhaite par ailleurs s’ouvrir au secteur privé pour toucher de nouveaux revenus. Sur ce point, les spécialistes de la famille royale restent très sceptiques. Le correspondant royal de la BBC, Jonny Dymond, estime qu'un membre de la famille royale ne peut percevoir de rémunération, d'autant qu'il peut faire face à des conflit d'intérêts. Ce fut notamment le cas du comte et de la comtesse de Wessex (Édouard, le fils de la reine, et son épouse Sophie) lorsqu'ils ont tenté de diriger une société de télévision et une société de relations publiques. Presque tous les emplois exposeraient le couple à des critiques selon lesquelles ils exploiteraient ou monétiseraient la marque royale, ajoute le correspondant de la BBC.

Autre sujet délicat : leur propre organisme de bienfaisance Sussex Royal, qu'ils ont créé après s'être séparés de la fondation du duc et de la duchesse de Cambridge en juin dernier. En décembre, ils ont déposé la marque Sussex Royal sur une série d'articles, y compris des livres, des calendriers, des vêtements et des collectes de fonds caritatives.

Mais leurs activités pourraient être source de conflits s’ils veulent renoncer à leur titre royal. Rien n'indique qu’ils souhaitent le faire mais s'ils le veulent, ils pourraient perdre une partie du statut de cette marque. Sans compter qu’il faudrait également un acte du Parlement pour modifier la ligne de succession, dans laquelle le prince Harry occupe actuellement la sixième place.

"Mélange toxique"

L'ancien attaché de presse du palais de Buckingham, Dickie Arbiter, a déclaré que toute tentative de retrait de leurs fonctions royales poserait des problèmes. "Vous êtes soit un royal soit vous n'êtes pas un royal – vous ne pouvez pas avoir une jambe dans un camp et une autre jambe dans un autre camp", a-t-il dit.

De son côté, David McClure dénonce un "mélange toxique". "L'histoire de hauts dirigeants de la famille royale qui gagnent de l'argent... Ça n'a pas bien fonctionné par le passé", a déclaré l'auteur à l'agence de presse Press Association, en faisant référence au couple Wessex. "Comment pouvez-vous être à moitié dedans, à moitié dehors ? Assumer des fonctions publiques une moitié de la semaine et gagner vos propres revenus l'autre moitié avec la télévision, des conférences, des livres ? C'est très risqué", a-t-il estimé.

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