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Réforme des retraites : le vrai-faux retrait de l’âge pivot

Le Premier ministre Édouard Philippe, le 10 janvier 2020, lors d'une réunion à Matignon sur la réforme des retraites avec les partenaires sociaux.
Le Premier ministre Édouard Philippe, le 10 janvier 2020, lors d'une réunion à Matignon sur la réforme des retraites avec les partenaires sociaux. © Charles Platiau, Reuters

Le Premier ministre a annoncé samedi retirer provisoirement l’âge pivot du projet de réforme des retraites, laissant aux partenaires sociaux trouver une autre façon de faire des économies, qui risque toutefois d’aboutir… au retour de l’âge pivot.

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À écouter le gouvernement et les membres de la majorité présidentielle, exécutif et partenaires sociaux seraient parvenus, samedi 11 janvier, à un compromis sur la réforme des retraites. L’annonce par le Premier ministre, Édouard Philippe, du "retrait provisoire" de l’âge pivot – mesure paramétrique visant à remettre à l’équilibre l’actuel régime des retraites en incitant les Français à repousser leur âge de départ à la retraite – aurait permis de débloquer la situation. La voie d’une issue au conflit social serait désormais tracée.

L’intersyndicale (CGT, FO, CFE-CGC, FSU, Solidaires) n'est pas convaincue et continue d’appeler au retrait pur et simple du projet de réforme du gouvernement. Mais la CFDT et l’Unsa, deux syndicats favorables au passage à un système de retraites à points tout en faisant de l’âge pivot une ligne rouge, ont applaudi ce geste d’Édouard Philippe, y voyant une "volonté de compromis du gouvernement".

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Pourtant, tout indique que l’âge pivot a bien des chances de revenir dans le projet de loi. La lettre envoyée par le Premier ministre aux partenaires sociaux est très claire sur ce point : celle-ci indique qu’il y aura bien un âge d’équilibre – autre appellation de l’âge pivot – dans le futur système de retraites, et demande également aux partenaires sociaux de proposer des "mesures permettant d’atteindre l’équilibre financier en 2027", sans que celles-ci n’entraînent une "baisse des pensions" ou une "hausse du coût du travail".

"Dans l’hypothèse où un accord ne pourrait intervenir, le gouvernement, éclairé par les travaux de la conférence [sur l’équilibre et le financement du système des retraites], prendra par ordonnance les mesures nécessaires pour atteindre l’équilibre d’ici 2027", précise Édouard Philippe.

"C’est un retrait provisoire, ça veut donc bien dire qu’on va le remettre"

"Quand on lit le courrier du Premier ministre, on voit bien que les discussions proposées aux partenaires sociaux sont très contraintes et on voit mal comment ça ne se traduira pas, au moins partiellement, par une formule d’âge pivot", estime Stéphane Sirot, historien à l’université de Cergy-Pontoise, spécialiste du syndicalisme et des conflits sociaux, contacté par France 24.

Une vision partagée par l’ensemble des syndicats opposés à la réforme systémique des retraites qui n’ont pas hésité, à l’image de la CGT, à qualifier l’annonce du gouvernement d’"enfumage".

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"C’est un retrait provisoire, ça veut donc bien dire qu’on va le remettre, souligne François Hommeril, président de la CFE-CGC (le syndicat des cadres), contacté par France 24. Le scénario se déroule jusque-là tel qu’il était prévu : ceux qui s’étaient effarouchés font aujourd’hui semblant de se réjouir alors qu’il est demandé aux partenaires sociaux de fournir des solutions sans nous laisser libres des leviers d’action."

Pour les observateurs familiers du dialogue social qui ont en mémoire la réforme de l’assurance-chômage, l’histoire se répète. En septembre 2018, le gouvernement avait enjoint aux organisations syndicales et patronales de se mettre d’accord sur les futures règles de l’assurance-chômage en fixant comme objectif de réaliser plus de 3 milliards d’euros d’économies.

Une négociation vouée à l'échec

Syndicats et patronat ont accepté de jouer le jeu de la négociation, même si dès le départ certains ne cachaient pas, en coulisses, que l'équation était quasi impossible. Quelques mois plus tard, c'est la chronique annoncée d'un échec. L'État reprend alors la main pour la première fois depuis 1982, et change les règles du régime avec, à la clé, un durcissement des conditions d’accès à l’assurance-chômage et des règles d’indemnisation moins favorables.

"Plutôt que de laisser les partenaires sociaux discuter entre eux, on leur donne une série de contraintes qui rendent impossible tout accord, constate l’historien Stéphane Sirot. Dès lors que vous attribuez une mission impossible aux négociateurs, ça ne peut aboutir que sur un échec. C’est une façon très typique des pouvoirs politiques en France de concevoir le partenariat social : on vous donne les objectifs, on ferme un certain nombre de pistes et à vous de vous débrouiller. Or, pour parler de compromis, il faut des négociations dans lesquelles toutes les possibilités restent ouvertes."

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Pour les opposants à la réforme des retraites, l’affaire est donc entendue. Tout se passera selon le déroulé décrit par Édouard Philippe dans sa lettre : l’exécutif reprendra la main fin avril, par ordonnances, après avoir constaté l’échec des négociations entre partenaires sociaux.

Et pour eux, le scénario désormais proposé est encore pire que le précédent. "Je veux être parfaitement clair sur ce point : je prendrai mes responsabilités", a insisté le Premier ministre dans sa lettre au sujet des mesures d’équilibre à faire d’ici 2027.

"Ce que nous dit le Premier ministre, c’est que l’âge pivot, qui aurait dû être soumis à la discussion à l’Assemblée nationale, sera finalement introduit par ordonnances, souligne François Hommeril (CFE-CGC). Donc ce que certains interprètent comme une chose positive est en vérité une chose encore plus négative."

Le projet de loi initial prévoyait ainsi de laisser les partenaires sociaux discuter de l’âge pivot jusqu’en septembre 2020, avec également un débat au Parlement. L’annonce faite le week-end dernier réduit désormais ces discussions à trois mois et prive députés et sénateurs de la possibilité de se prononcer sur le texte.

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