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En Libye, la Russie en quête d'influence

La Russie et la Turquie, ici représentés par leurs ministres des Affaires étrangères respectifs Mevlut Cavusogluet et Sergei Lavrov, se sont imposés comme incontournables dans le dossier libyen.
La Russie et la Turquie, ici représentés par leurs ministres des Affaires étrangères respectifs Mevlut Cavusogluet et Sergei Lavrov, se sont imposés comme incontournables dans le dossier libyen. © Pavel Golovkin, AFP

En négociant un cessez-le-feu en Libye avec son allié turc, la Russie s'est imposée comme un acteur incontournable dans le dossier libyen. Une manière de défendre ses intérêts dans la région mais aussi de se poser comme une alternative aux Occidentaux dans le concert des nations.

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C'est une victoire diplomatique pour la Russie. Avec l'aide de son allié de circonstance, la Turquie, Moscou est parvenu à imposer, depuis le dimanche 12 janvier, un cessez-le-feu en Libye, pays plongé dans le chaos depuis 2011 et aujourd'hui déchiré par une guerre civile entre le gouvernement de Tripoli (GNA), reconnu par l'ONU et incarné par Fayez al-Sarraj, et les forces du maréchal Haftar, homme fort de l'est libyen. Mieux, la Turquie et la Russie sont parvenues à réunir les deux hommes pour des pourparlers à Moscou qui visaient à entériner cette trêve.

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"En parvenant à les réunir, Vladimir Poutine montre qu'il est capable de reprendre la main sur un nouveau grand dossier géopolitique, alors que jusque-là, tout contact entre les deux belligérants était exclus", détaille Elena Volochine, correspondante de France 24 à Moscou.

La Russie et la Turquie, alliés de circonstance

Les deux États n'en sont pas à leur coup d'essai. En quelques années, Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine se sont imposés comme des acteurs incontournables de la guerre en Syrie. La Turquie a soutenu les groupes rebelles, tandis que la Russie a sauvé le régime de Bachar al-Assad.

En Libye, ils tentent de rejouer le scénario. Ils ont réussi à imposer l'idée d'un cessez-le-feu alors même qu'ils soutiennent, là-aussi, deux camps opposés. Ankara soutient le gouvernement de Tripoli dirigé par Fayez al-Sarraj. Et si Moscou reconnait officiellement ce dernier, le Kremlin appuierait discrètement le maréchal Haftar à l'aide de financements, d'armes et de mercenaires russes appartenant au groupe paramilitaire Wagner.

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La Turquie et la Russie ont réussi à imposer dimanche un cessez-le-feu aux belligérants en Libye, dont les modalités devaient être négociées et signées à Moscou par Fayez al-Sarraj et le maréchal Khalifa Haftar. Si finalement l'homme fort de l'est libyen a quitté la réunion sans le signer et en réclamant "deux jours" supplémentaires de réflexion, le ministère russe de la Défense assure qu'un "accord de principe a été trouvé". Malgré ce contretemps, le simple fait que les deux protagonistes du conflit se soient déplacées en personne est notable : "Le fait d'avoir fait venir Haftar et Sarraj et en soi une réussite pour la médiation russo-turc", explique Valérie Collombier sur l'antenne de France 24. "Personne n'y était parvenu."

Des intérêts à défendre dans la région

Il faut dire que les deux alliés de circonstance ont des intérêts économiques dans la région. La Turquie a des visées pétrolières, à la faveur d'un accord controversé avec le gouvernement d'al-Sarraj, qui élargit le plateau continental turc et lui permet de revendiquer l'exploitation de certains gisements en Méditerranée.

La Russie entend également préserver ses intérêts économiques dans ce pays riche en pétrole. Il y voit un débouché pour la vente de son blé et de ses armes. En visite à Moscou en octobre 2018, le ministre de l'Économie libyen Nasser al-Derssi avait par exemple dit vouloir acheter un million de tonnes de blé et évoqué la relance d'un projet de construction de chemins de fer par la Russie pour 2,5 milliards d'euros, interrompu par la guerre civile. Avant 2011, la Russie avait également signé des contrats prometteurs de plusieurs milliards de dollars sur des ventes d'armements et des projets pétroliers en Libye, qui était alors l'un de ses principaux clients arabes.

La Russie à la recherche d'une influence en Afrique

Moscou, fort de ses succès en Syrie, a accru considérablement son influence au Moyen-Orient. Et se tourne désormais vers l'Afrique où la Russie tente de séduire les chefs d'États locaux.

En octobre 2019, le Kremlin a ainsi invité une quarantaine de chefs d’État africains dans la station balnéaire de Sotchi à l'occasion du tout premier sommet Russie-Afrique. Pendant celui-ci, organisé du 22 au 24 octobre, le président russe a promis de doubler dans les cinq ans à venir les échanges commerciaux avec l'Afrique.

"Depuis la crise ukrainienne et la politique des sanctions à la fois européennes et américaines, beaucoup de marchés européens et occidentaux se sont fermés à la Russie, et l’Afrique s’est imposée comme une aire géographique intéressante pour trouver de nouveaux débouchés", note sur RFI Arnaud Kalika, spécialiste de la Russie.

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La Russie et Vladimir Poutine souhaitent se poser en alternative aux puissances coloniales : "Pendant longtemps, le néocolonialisme a surtout été incarné dans la partie francophone par la France. Il faut sortir du tête-à-tête avec les anciennes puissances coloniales. C’est ce que propose la Russie. La Chine a offert un volet économique, la Russie vient avec la coopération militaire", expliquait en octobre Louis Keumayou, spécialiste de l’Afrique et président du Club de l’information africaine, interrogé par France 24.

En finir avec le statut de paria de la Russie

Pour poursuivre les efforts diplomatiques visant à parvenir à une résolution du conflit, une conférence internationale sur la Libye sera organisée dimanche à Berlin sous l'égide de l'ONU, a confirmé le gouvernement allemand mardi.

"Vladimir Poutine a dit que ce cessez-le-feu était un premier pas, mais que le processus de paix devrait être chapeauté par l'ONU. C'était d'ailleurs l'objet de la visite de la chancelière allemande Angela Merkel à Moscou", détaille Elena Volochine, correspondante de France 24 en Russie.

Plusieurs pays seront représentés à la conférence, dont la Russie, la Turquie, les États-Unis, la Chine ou encore l'Italie et la France, mais un doute plane encore sur la participation du maréchal Haftar et de Fayez al-Sarraj, tous deux invités mais dont la présence n'est à ce stade pas confirmée.

La Russie espère, grâce à ce dossier, regagner une frequentabilité mise à mal par l'annexion de la Crimée lors de la guerre d'Ukraine, l'assassinat de l'ex-espion Sergueï Skripal à Londres, ou encore le soutien indefectible à Bachar al-Assad. 

"La Russie veut désormais s'imposer comme un partenaire des Occidentaux pour sortir de son statut de paria", conclut Elena Volochine.
 

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