Didier Migaud, le sérieux budgétaire en bandoulière

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Paris (AFP)

Nommé par la droite mais n'épargnant aucune majorité: en près de dix ans à la tête de la Cour des comptes, l'ex-député socialiste Didier Migaud s'est fait le chantre de la rigueur budgétaire tout en rendant plus visibles les travaux de l'institution.

Proposé par l'Elysée pour prendre la tête de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), Didier Migaud va quitter les "Sages" de la rue Cambon un peu plus d'un an avant d'avoir atteint la limite d'âge de 69 ans qui l'aurait contraint de toute façon à céder ses fonctions en juin 2021.

Installé en 2010 par Nicolas Sarkozy comme premier président de la Cour des Comptes, il a succédé à l'emblématique Philippe Séguin. Bien plus mesuré que son flamboyant prédécesseur, il n'a cependant pas mâché ses mots pour critiquer le laxisme budgétaire des différents gouvernements et des collectivités locales.

"Notre pays doit cesser de s'abandonner à l'un de ses travers: celui de toujours reporter à plus tard les efforts à fournir" sur la dette et le déficit, soulignait-il pour la énième fois devant la presse en juin dernier.

Présidant également le Haut conseil pour les finances publiques, qui évalue les lois de finances, "il a bien manoeuvré pour faire en sorte que l'autorité et la crédibilité de la Cour soient renforcées sur ces sujets", note un conseiller maître au sein de l'institution, souhaitant garder l'anonymat.

Didier Migaud a aussi "très bien compris l'esprit de la maison", notamment l'importance de la collégialité, ajoute ce même conseiller maître. Ce qui ne l'a pas empêché de poursuivre la politique de modernisation de l'institution, notamment la suppression de plusieurs chambres régionales des comptes.

Surtout, il a impulsé un mouvement de transparence, en augmentant considérablement le nombre de rapports et référés rendus publics. Nucléaire, gestion de la SNCF ou d'EDF, sécurité sociale...: nombreux sont les rapports de la Cour ayant suscité le débat dans la classe politique et le monde économique.

- "Du mal à décrocher" -

Avant cette carrière nationale, le parcours politique de Didier Migaud débute dans l'Isère dans les années 1980. Il y est élu député en 1988, un mandat qu'il conservera sans interruption jusqu'en 2010, mais aussi maire de Seyssins et président de la communauté d'agglomération de Grenoble.

Proche de Laurent Fabius, spécialiste des arcanes budgétaires et figure respectée de l'Assemblée nationale, il change de dimension en présidant à partir de 2007 la prestigieuse commission des Finances, en vertu d'une promesse de campagne de Nicolas Sarkozy d'attribuer cette fonction à un élu de l'opposition.

L'homme, tout en mesure, a su tenir l'équilibre entre son rôle institutionnel et ses critiques constantes contre la politique économique de Nicolas Sarkozy, le tout dans un style austère, teinté d'ironie, qu'il a conservé rue Cambon.

"Il a été un président de commission au sens anglais de +chairman+, capable de bien organiser les débats. Il n'a jamais trahi ses idées et ses convictions. Il a su concilier les deux", témoignait lors de sa nomination à la Cour le rapporteur général du Budget d'alors Gilles Carrez (Les Républicains).

Manque toutefois dans son parcours un poste de ministre. En 1997, Lionel Jospin ne le nomme pas au Budget, mais il sera finalement rapporteur général du Budget à l'Assemblée et "père" de la Lolf (loi organique, nouvelle architecture des lois de finances) avec le sénateur de droite Alain Lambert.

Avant sa nomination à la HATVP, son nom avait déjà circulé début 2019 pour siéger au Conseil constitutionnel. Finalement c'est Alain Juppé qui avait été choisi sur proposition du président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand.

A la HATVP, il pourra encore distribuer bons et mauvais points, cette fois sur la probité des responsables publics.