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Pédophilie : à son procès, l'ancien prêtre Bernard Preynat évoque la responsabilité de sa hiérarchie

L'ancien prêtre Bernard Preynat est jugé à Lyon pour de très nombreuses agressions sexuelles sur des enfants, le 13 janvier 2020.
L'ancien prêtre Bernard Preynat est jugé à Lyon pour de très nombreuses agressions sexuelles sur des enfants, le 13 janvier 2020. © Philippe Desmazes, AFP
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Vidéo par : Alexandra RENARD
7 mn

Au deuxième jour de son procès pour de multiples agressions sexuelles sur des enfants, l'ancien homme d'église Bernard Preynat a accusé mercredi sa hiérarchie de ne pas avoir pris en compte ses alertes. De nouveaux témoignages accablants ont été livrés par des victimes gravement traumatisées par leurs agressions à répétition.

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L'ancien prêtre Bernard Preynat, jugé à Lyon pour de multiples agressions sexuelles sur de jeunes scouts il y a plus de 30 ans, a pointé mercredi 15 janvier la responsabilité de sa hiérarchie. Il dit l’avoir plusieurs fois alertée de ses pulsions, mais celle-ci n'a pas exigé qu'il se fasse soigner.

"Déjà à 14 ans, au petit séminaire, je savais déjà [que j'étais attiré par les petits garçons]. On m'a dit 'tu es un malade', mais on s'est débarrassé de moi. On m'a envoyé dans un autre séminaire", raconte Bernard Preynat à la barre pour cette deuxième journée d'un procès à l'issue duquel il encourt jusqu'à dix ans de prison.

L'ancien curé de Sainte-Foy-lès-Lyon, dans la banlieue lyonnaise, explique que ses penchants n'ont pas empêché son ordination en 1971. "On aurait dû m'aider... On m'a laissé devenir prêtre", a-t-il expliqué, alors qu'il avait suivi une thérapie à l'hôpital psychiatrique du Vinatier, près de Lyon, en 1967 et 1968.

L'absolution après les confessions

Au fil des années, il a expliqué pendant la confession avoir bien présenté "comme un péché" certains de ses actes et pulsions. Mais "le prêtre me donnait des encouragements pour que je ne recommence pas, et l'absolution". "On m'a parlé plusieurs fois de maladie sans me donner de chemin pour en sortir", résume-t-il, tout en prenant soin de tempérer : "Je n'accuse pas l'Église ; je ne m'en sers pas comme excuse."

Après sa mise en examen en 2016, il dit ne pas avoir "eu l'idée de (s)'engager à nouveau dans une thérapie". Il assure avoir cessé ses abus au début des années 1990, par sa simple volonté, après une promesse faite au cardinal Albert Decourtray.

"Il me touchait comme un sauvage"

Dix parties civiles, sur 35 victimes entendues pendant l'enquête, sont constituées au procès, beaucoup de faits étant notamment frappés de prescription. "Deux des victimes de l'ex-prêtre se sont suicidées" a par ailleurs ajouté Alexandra Renard, l'envoyée spéciale de France 24 présente à Lyon.

En ce second jour de procès se sont également exprimées de nouvelles victimes, qui ont évoqué de graves traumatismes. "Il parle de caresses. Ma femme me caresse. Lui, c'était de la masturbation ; il me touchait comme un sauvage", s'est indigné Stéphane Hoarau, 8 ans à l'époque des faits.

"Il me baissait mon short, me touchait le sexe, me masturbait, m'obligeait à me masturber et m'a demandé parfois de le masturber, de caresser son sexe... Il me retournait pour se frotter contre moi", a expliqué à la barre la victime.

Selon Stéphane Hoarau, les jeunes proies de Bernard Preynat se succédaient parfois dans un même local. Appelé par le prêtre sous le prétexte de l'aider à quelque chose (un mode opératoire fréquent chez lui), Stéphane Hoarau se rappelle avoir croisé en arrivant un petit garçon, regard fuyant, tête basse, qui sortait d'une pièce où se trouvait le prêtre. "J'ai vraiment eu l'impression qu'il lui avait fait subir la même chose", témoigne-t-il.

"Moi, j'avais confiance." Au début. Mais "je ne suis pas né sous une bonne étoile", souligne Stéphane Hoarau, placé à l'âge de 4 ans en famille d'accueil après avoir été déjà victime d'un prédateur sexuel dans son entourage familial. Il avait été inscrit par sa famille d'accueil chez les scouts du groupe de Bernard Preynat pour "le recadrer". Ce qu'il récolte, ce sont des attouchements, des agressions sexuelles répétées. Il portera plainte en avril 2016 après de longues années de silence.

Après les scouts s'ensuivront d'autres galères, familles d'accueil, foyer, foyer de jeunes travailleurs et "mise à la rue" à 18 ans à peine.

"Des visions me reviennent"

Une autre victime témoigne d'horribles "flashes" quand elle change les couches de ses jumeaux, des petits garçons de deux ans.

"Parfois, quand suis amené à les changer, des visions me reviennent. Des craintes me reviennent", raconte, la voix étranglée, Stéphane Sylvestre, qui a déposé plainte en 2015. "Alors que changer un enfant, c'est très loin des caresses sur le sexe" de Bernard Preynat. Mais "j'avais peur de devenir moi-même un agresseur".

Face à ses victimes, Bernard Preynat, comme depuis le début de son procès, reconnaît partiellement les faits et leur demande pardon. "Je regrette de l'avoir rendu malheureux", dit l'ancien prêtre de 74 ans après le témoignage poignant de Stéphane Sylvestre.

La présidente, Anne-Sophie Martinet, a indiqué que seraient entendus dans l'après-midi les experts qui ont tenté de sonder la personnalité de Bernard Preynat, prêtre adulé et pervers sexuel.

Les agressions de l'ex-curé, expulsé de l'Église au terme de son procès canonique l'été dernier, sont à l'origine de la condamnation du cardinal Philippe Barbarin, en mars 2019, à six mois de prison avec sursis pour ses silences autour des actes de Bernard Preynat.

Avec AFP

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