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Réforme des retraites : le dialogue social à l'épreuve d'Emmanuel Macron

Les syndicats ont défilé derrière des slogans appelant au retrait de la réforme des retraites, dans plusieurs villes de France, mardi 17 décembre.
Les syndicats ont défilé derrière des slogans appelant au retrait de la réforme des retraites, dans plusieurs villes de France, mardi 17 décembre. REUTERS - Jean-Paul Pelissier

Les syndicats opposés à la réforme des retraites appellent jeudi à une nouvelle journée de manifestations. Depuis six semaines, ils signent leur grand retour sur le devant de la scène sociale après leur mise à l'écart lors de la crise des Gilets jaunes. Qu'ils soient "réformistes" ou "radicaux", ils se heurtent à Emmanuel Macron, décidé à ne rien céder, et risquent de perdre le bras de fer. Certains y voient une menace pour le dialogue social. 

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On les disait absents du jeu politique, presque morts. La réforme des retraites a montré au contraire que les syndicats français étaient bien vivants. Voire très vivaces.

“Invisibles pendant la crise des Gilets jaunes, le conflit social autour de la réforme des retraites a permis de remettre l’ensemble des syndicats en selle, observe Bernard Vivier, directeur de l’Institut supérieur du travail (IST), interrogé par France 24. Ce retour permet ainsi à la France de renouer avec la culture de l’affrontement, qui la distingue de ses voisins européens.” 

Rare intansigeance, voire surenchère

Un retour à la tradition et une radicalisation lors de ce conflit qui dure depuis quarante jours. “Le ton s’est considérablement durci, en grande partie sous l’influence des Gilets jaunes, observe Rémi Bourguignon, professeur à l’université Paris Créteil et spécialiste du syndicalisme, dans un entretien accordé à France 24.  

À en croire les observateurs, jamais les syndicats n’avaient fait montre d’autant de véhémence. Poussées et contraintes par leur base, “les centrales ont d’emblée affiché une rare intransigeance au risque de tomber parfois dans la surenchère, poursuit Rémi Bourguignon. Certains syndicats, à l’instar de la CGT, n’ont offert aucun espace de discussion à leur interlocuteur”.

>> À lire : Dix choses à savoir sur le projet de réforme des retraites

Il faut dire qu’ils ont été jusque-là ignorés par le gouvernement. Car Emmanuel Macron a un rapport bien particulier aux acteurs syndicaux, estime Rémi Bourguignon. “Le président considère que le champ d’action des syndicats doit être circonscrit au monde professionnel. Par le passé, les prédécesseurs d’Emmanuel Macron ont toujours cherché à montrer, – tout au moins au début des conflits sociaux – une volonté d’ouverture au dialogue social. Mais pour l'actuel président, ils ne sont pas légitimes pour ce qui relève de l’intérêt général et des affaires du pays. Puisqu’il tire sa légitimité des urnes, il applique son programme sans se préoccuper de leurs désaccords”.

La lente érosion du syndicalisme en France

Cette vision du chef de l'État explique également la radicalisation des syndicats contestataires, en grève depuis plus de quarante jours. Il n'a d'ailleurs pas été possible d'immortaliser la traditionnelle tête de cortège, tant les syndicats sont apparus plus divisés que jamais lors des défilés. D’un côté, les réformistes avec en tête de proue la CFDT, la CFTC et l’UNSA qui demandent des concessions à l’exécutif et de l'autre les contestataires, emmenés par la CGT, FO, CFE-CGC, FSU, Solidaires, qui réclament le retrait pur et simple du texte. “De telles dissensions sont toujours du pain béni” pour un gouvernement soucieux de sortir rapidement du conflit social, poursuit Dominique Andolfatto.  

Dessin de Kak, paru le 17 décembre 2019, dans l'Opinion.fr
Dessin de Kak, paru le 17 décembre 2019, dans l'Opinion.fr © Kak

La division s’est également fait ressentir au sein même de chaque famille syndicale entre la base et les directions. Déçus par la tournure du conflit, de nombreux adhérents ont récemment annoncé sur les réseaux sociaux leur intention de quitter leur syndicat. Certains adhérents de syndicat contestataires ont regretté que leur direction ne soit pas plus conciliante. D’autres salariés de syndicats réformistes ont été déçus de voir que leur patron ne soit pas plus combatif. Des défections qui reflètent la lente érosion du syndicalisme en France. “Depuis la fin des années 1970, les syndicats ont perdu plus de 30 % de leurs adhérents, souligne Dominique Andolfatto, professeur en sciences politiques à l’université de Bourgogne. Ils ne sont plus qu’entre 7 à 10 % aujourd’hui”. 

Pas étonnant dans ces conditions de voir une mobilisation générale en baisse dans les cortèges. Au plus fort de la mobilisation, les manifestations ont rassemblé plus de 800 000 personnes dans les rues françaises le 5 décembre. “Un chiffre honorable mais en deçà des grandes mobilisations précédentes, constate Dominique Andolfatto qui rappelle que les conflits sociaux de 1995, 2003, 2006 ou 2009 ont toujours réuni au moins un million de personnes. “En toute logique, les syndicats ont peiné à mobiliser dans la rue parce qu’ils ont moins d’adhérents, ajoute l’auteur du livre “La démocratie sociale en tension” aux éditions du Septentrion. 

Divisions, insatisfactions, méfiance dans l'ensemble du paysage syndical français... À plus long terme, la réforme des retraites a montré "des signes inquiétants pour le dialogue social en France, estime Rémi Bourguignon. "Entre le discours disproportionné porté par certains syndicats et le passage en force du gouvernement qui prône une démocratie libérale, en prise directe avec le citoyen sans passer par les partenaires sociaux, le dialogue social est bien mal en point en France.” Pourtant, 60% des Français soutiennent toujours la grève.

 

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