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Fait rare, le guide suprême iranien Ali Khamenei préside la grande prière du vendredi

L'ayatollah Ali Khamenei présidant la grande prière hebdomadaire musulmane à Téhéran, le 17 janvier 2020.
L'ayatollah Ali Khamenei présidant la grande prière hebdomadaire musulmane à Téhéran, le 17 janvier 2020. © Bureau du guide suprême iranien via AFP

Le guide suprême iranien Ali Khamenei a pris la parole lors de la grande prière, vendredi 17 janvier, ce qui ne s'était pas produit depuis 2012. Les autorités du pays sont bousculées par les derniers événements, depuis l'assassinat du général Soleimani, l'escalade des tensions avec Washington, jusqu'au crash de l'avion ukranien à Téhéran.

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Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, a présidé, le 17 janvier à Téhéran, la grande prière musulmane du vendredi pour la première fois depuis 2012, dans un contexte de forte tension à l'intérieur du pays, et avec les États-Unis.

Le drame "amer" de l'avion abattu près de Téhéran ne doit pas faire oublier le "sacrifice" du général Soleimani, a déclaré la plus haute autorité religieuse et politique du pays. L'ayatollah a également réaffirmé que son pays n'était pas hostile à des négociations sur le nucléaire, mais pas avec les États-Unis.

"L'ayatollah Khamenei intervient seulement à des moments sensibles", rappelle Siavosh Ghazi, correspondant de France 24 et RFI à Téhéran. "Ces dernières semaines, il y a eu d'abord l'assassinat du général Soleimani par les Américains à Bagdad, puis la frappe d'une base américaine par des missiles iraniens, ensuite le crash de l'avion ukrainien, puis trois jours de manifestation contre le pouvoir, avec des slogans très durs. Et il ne faut pas oublier les manifestations de novembre contre le pouvoir. C'est donc une manière pour l'ayatollah Khamenei de reprendre les choses en main pour la suite des événements. C'est souvent dans des situations de crise qu'il intervient pour indiquer le chemin à suivre pour le pouvoir et pour la population."


L'ayatollah Khamenei répète régulièrement sa défiance envers les Occidentaux et interdit tout dialogue avec l'administration du président américain Donald Trump. En début de semaine, le guide suprême iranien relançait, dans un tweet, sa volonté d'être un acteur influent dans la région et la nécessité de renforcer la "coopération" entre les pays alentours, tout en rejetant la faute des derniers troubles sur "la présence corrompue" des Américains et de leurs alliés.

Ali Khamenei a également déploré le comportement des États européens dans le cadre de l'accord de 2015 sur le programme nucléaire iranien, et s'est réjoui que l'Iran ait pu infliger un "revers" aux États-Unis en frappant des bases militaires irakiennes abritant des troupes américaines.

"Le soi-disant 'guide suprême' de l'Iran, qui n'a pas été tellement suprême dernièrement, avait des choses perfides à dire à propos des États-Unis et de l'Europe", a réagi Donald Trump sur Twitter, mettant en garde : "Leur économie s'effondre, et leur peuple souffre. Il devrait être très prudent avec ses mots !"

Rohani plaide la désescalade

De son côté, le président Rohani plaide l'apaisement et l'ouverture internationale, notamment dans un discours jeudi, alors qu'il se trouve sous le feu constant des critiques des ultraconservateurs, particulièrement virulents contre l'accord de Vienne.

"Bien sûr, c'est difficile", a-t-il reconnu, mais "les gens nous ont élus (pour) faire baisser la tension et l'animosité" entre la République islamique et le monde, après que Téhéran et Washington ont paru à deux doigts de l'affrontement militaire direct début janvier, pour la deuxième fois en moins d'un an. À l'approche des élections législatives du 21 février, annoncées comme difficiles pour le camp modéré de Hassan Rohani, et dans un contexte de tensions croissantes entre Téhéran et les Occidentaux sur le programme nucléaire iranien, le président iranien a déclaré également vouloir continuer de dialoguer avec le monde sur cette question. "Le gouvernement travaille quotidiennement à empêcher un affrontement militaire ou la guerre", a-t-il dit.

Le 8 janvier, Téhéran a attaqué des cibles militaires américaines en Irak en représailles à l'élimination par Washington du général iranien Qassem Soleimani cinq jours plus tôt à Bagdad. Selon le président Rohani, avec ces frappes ayant fait d'importants dégâts matériels, l'Iran a obtenu "la compensation militaire" voulue pour la mort de Soleimani, l'architecte de sa stratégie régionale. Après l'attaque, les États-Unis avaient déclaré qu'aucun Américain n'avait été blessé. Mais le commandement central de l'armée américaine a annoncé jeudi que onze soldats américains avaient été blessés dans l'attaque par l'Iran de la base aérienne d'Aïn al-Assad en Irak.

"Bien qu'aucun membre des forces armées américaines n'ait été tué lors de l'attaque iranienne du 8 janvier sur la base aérienne d'Aïn al-Assad, plusieurs d'entre eux ont été traités pour des symptômes de commotion dus à l'explosion et sont toujours en cours d'évaluation", a indiqué le commandant Bill Urban dans un communiqué.
 

 

Colère populaire

La tension entre les deux ennemis semble être retombée à la suite du drame du Boeing de Ukraine International Airlines (UIA), que l'Iran a abattu par erreur quelques heures après ces tirs de missiles, alors que la défense du pays était en alerte maximale par crainte d'une riposte américaine.

En revanche, sur la scène intérieure, la destruction de l'avion ukrainien a suscité l'indignation. Hassan Rohani a reconnu implicitement l'existence d'une crise de confiance envers les autorités. De samedi à mercredi, des rassemblements antipouvoir ont eu lieu chaque jour. Boycotts et démissions se sont multipliés dans le milieu artistique et médiatique iranien pour dénoncer le "mensonge" des autorités, qui ont reconnu être responsables du crash du Boeing ukrainien, abattu par un missile. Le festival culturel de Fajr et la télévision d'État sont particulièrement touchés.

Les forces de sécurité ont été déployées jeudi soir dans la capitale pour faire face à d'éventuelles nouvelles manifestations. Selon un journaliste de l'AFP sur place, quelque 50 membres de la police anti-émeutes, à moto et armés de matraques, ont été postés à un carrefour important dans le nord de Téhéran.

Concentrées surtout dans la capitale, les manifestations des derniers jours sont apparues d'une ampleur nettement inférieure à la vague de contestation nationale de novembre contre la hausse du prix de l'essence, matée au prix d'une répression ayant fait au moins 300 morts, selon Amnesty International.

Tentant apparemment de reprendre la main sur le plan politique, Hassan Rohani a plaidé mercredi pour une meilleure gouvernance et davantage de pluralisme.

Avec AFP

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