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Macron et le pouvoir à l'épreuve de la détestation

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Paris (AFP)

De la tentative d'intrusion dans un théâtre parisien où Emmanuel Macron assistait à une pièce à la prise à partie de Marlène Schiappa lors d'une réunion publique, la contestation du pouvoir a pris un tournant radical ces derniers jours, dans une forme d'écho à la crise des "gilets jaunes".

"Nous assistons à des actes des mouvements sociaux totalement inédits", constate l'historien Jean Garrigues, professeur à l'université d'Orléans qui évoque "une +gilet-jaunisation+ du mouvement contre les retraites" et une "hystérisation du débat dans l'espace public" autant qu'une "radicalisation inédite sous la Vème République".

Plusieurs dizaines d'opposants à Emmanuel Macron se sont rassemblés vendredi soir devant le théâtre des Bouffes du Nord où il passait la soirée. Ils ont tenté d'entrer avant d'être repoussés par les forces de l'ordre.

La veille, la secrétaire d'Etat Marlène Schiappa avait dû faire face à des opposants lors d'une réunion publique - elle avait dénoncé des tentatives d'intimidation -, alors que plusieurs cérémonies de vœux de députés LREM ou de membres du gouvernement ont été annulées. Le ministre de la Culture, Franck Riester, y a notamment renoncé après l'annonce d'une action syndicale.

"On considère par ailleurs que ce qui nourrit la violence, c'est que les concessions de l'année dernière lors de la crise des +gilets jaunes+ ont été faites sous la pression de la violence", poursuit-il.

Au plus fort de la crise, en décembre, le chef de l'Etat est apparu sonné par la violence du rejet de sa personne, symbolisé par les "Macron démission" repris en choeur dans les rassemblements ou par les huées et insultes de manifestants furieux coursant son convoi lors d'une visite au Puy-en-Velay.

"C'est le pouvoir en lui-même qui est contesté, y compris dans son incarnation de la démocratie représentative", souligne Jean Garrigues.

Dans la majorité, on entend relativiser et on conteste "tout climat insurrectionnel": "Une petite minorité qui se radicalise", selon le patron de La République en marche, Stanislas Guerini. "Des noyaux très restreints qui décident de créer un incident", pour le sénateur Alain Richard.

- La cocotte-minute -

En leur temps, les présidents Nicolas Sarkozy ou François Hollande avaient dû essuyer des manifestations de défiance déjà jugées à l'époque inédites.

Les deux avaient connu portraits brûlés, effigies pendues et insultes lors de nombreux déplacements, devant des marins-pêcheurs, au Salon de l'agriculture ou lors d'une cérémonie du 11-Novembre. Lundi, Daniel Cohn-Bendit, un proche d'Emmanuel Macron, a également rappelé que le général de Gaulle avait été visé par de nombreuses tentatives d'attentat.

Mais la personnalité du chef de l'État, cible numéro un dans toutes les manifestations, et surtout les conditions de son accession au pouvoir, donnent à la contestation actuelle une acuité nouvelle, selon le politologue Stéphane Rozès: si la "dépression française dure depuis environ trois décennies", Emmanuel Macron ne tient, selon lui, "pas sa promesse initiale de remettre le pays en place" et "de rompre radicalement avec l'ancien monde", poursuit l'enseignant à Sciences Po et HEC, également président de Conseils, analyses et perspectives (CAP).

Jean Garrigues abonde: "C'est une sorte de cocotte-minute mais, quelque part, Emmanuel Macron a soulevé lui-même le couvercle en faisant exploser le système binaire gauche-droite en 2017. Il en est le premier symptôme: c'est là tout le paradoxe", note le chercheur, qui pointe la posture jupitérienne des débuts du quinquennat, selon lui restée - négativement - dans l'opinion.

Certains proches du chef de l'État ne cachent plus leur inquiétude: "Il faut admettre que le rassemblement prôné en 2017 est un échec", désespère un marcheur de la première heure, qui déplore "un manque d'ambition du quinquennat" et "la promesse de renverser la table" non-tenue.

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