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A la Clef, renaissance d'un cinéma militant

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Paris (AFP)

"Ce qu'on vit en ce moment, c'est l'essence du cinéma!" Un an et demi après sa fermeture, la Clef, la dernière salle de cinéma associatif de Paris, renaît sous l'impulsion d'un groupe d'artistes qui occupent les lieux et font vivre son esprit militant.

Sous la grande clef blanche du 34, rue Daubenton, ce soir-là, quelques dizaines de spectateurs patientent avant la projection du film "Louise-Michel" (2007), partageant une bière avec les artistes et cinéphiles qui ont investi les lieux sans autorisation en septembre.

"C'est aussi une histoire de banquiers et de syndicalisme", plaisante Benoît Delépine, co-réalisateur de ce film racontant la fermeture brutale d'une usine, en référence à la salle de cinéma parisienne que son propriétaire, le Comité social et économique (CSE) de la Caisse d’Épargne Ile-de-France, souhaite vendre.

Derrière la vitre de la cabine de projection, qui surplombe la salle aux murs verts, Félix Imbert prépare le matériel pour la séance. "Je n'avais jamais fait ça avant, ce sont les anciens projectionnistes qui nous ont appris", confie le réalisateur de 31 ans.

"On projette tous les soirs un film différent à prix libre, des œuvres peu distribuées qui retrouvent une vie à la Clef", explique-t-il, haussant le ton pour couvrir le bruit des machines. "On demande aux réalisateurs de nous céder leurs droits pour soutenir l'occupation et on croule sous les propositions !"

- Déclin culturel -

La Clef avait fermé ses portes en avril 2018, afin d'être mis en vente "pour faire une grosse plus-value", accusent les "occupants". Le CSE de la Caisse d'Epargne n'a pas répondu aux sollicitations de l'AFP.

Depuis sa création dans le sillage de Mai 68, en pleine effervescence culturelle dans le Quartier Latin, la Clef demeurait l'unique cinéma associatif de Paris, connu pour diffuser des films engagés et produits hors des circuits traditionnels.

Dans la cuisine, base arrière des bénévoles, le producteur Victor Billet regrette de voir les "espaces de création alternatifs" déserter le coeur de la capitale pour migrer vers le nord: "Si on tue des lieux comme ça, le quartier va continuer de mourir".

Derek Woolfenden, casquette grise sur la tête, s'active dans les couloirs. En septembre, ce réalisateur est allé solliciter artistes et cinéphiles de squats parisiens pour rouvrir la Clef. Une trentaine d'entre eux, tous bénévoles, se sont réunis dans l'association Home Cinema.

"Le tribunal nous juge comme des squatteurs de logement alors qu'il s'agit d'une occupation citoyenne et politique", déplore Félix Imbert. "On nous dit que lieu n'est pas sécurisé alors que nous avons tout fait vérifier par un technicien".

- Avis d'expulsion -

Depuis début janvier, ils sont menacés d'expulsion.

Les "squatteurs", qui ont rebaptisé la salle "la Clef Revival", savent leur utopie en sursis. Les huissiers sont attendus début février malgré un appel.

Les occupants espèrent que la Ville de Paris préemptera le lieu, mais il faut pour cela que la mise en vente devienne effective.

"On voudrait en faire un espace de création pour cinéastes émergents, avec des salles de montage ou d'écriture", poursuit le réalisateur, traversant la grande pièce bardée d'affiches au rez-de-chaussée. "On ne demande pas forcément de continuer à exploiter la salle nous-mêmes, on veut juste la garantie que ça reste associatif".

"C'est très important qu'il y ait des institutions prêtes à ne pas faire de profits pour aider le jeune cinéma", glisse l'adjointe à la Maire de Paris et candidate aux municipales Marie-Christine Lemardeley, passée quelques minutes avant la projection du jour pour soutenir les occupants.

Dans la salle, le réalisateur de "Louise-Michel" présente un court-métrage jamais terminé... Ce choix assez radical ne peut, selon Benoît Delépine, exister que dans un lieu comme la Clef: "C'est une hallucination, un rêve éveillé, et ça devrait rester comme ça jusqu'au bout: sans aucune existence légale!"

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