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Présidentielle américaine : l'avortement, enjeu crucial pour Donald Trump

Donald Trump s'exprime via une vidéo à l'occasion de la "March for Life", le 19 janvier 2018.
Donald Trump s'exprime via une vidéo à l'occasion de la "March for Life", le 19 janvier 2018. © Brendan Smialowski, AFP (archives)

Aucun président américain n'avait jusqu’à présent assisté personnellement à la "marche pour la vie". Donald Trump, qui doit s'exprimer vendredi lors du rassemblement à Washington, entend consolider ses liens avec les chrétiens évangéliques, sa base conservatrice, à l'approche des élections américaines. 

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Chaque année, Donald Trump prend soin d'accueillir à la Maison Blanche les représentants de la "March for life" ("Marche pour la vie"). Mais cette fois-ci, le président des États-Unis a annoncé sur Twitter qu'il assisterait au rassemblement anti-avortement. "On se voit vendredi", a tweeté le milliardaire républicain, prédisant une "grande foule".
 


Une première pour un président étatsunien en exercice. L'année dernière, l'hôte de la Maison Blanche ne s'était adressé au groupe que par vidéo, promettant que son administration "défendrait toujours le tout premier droit de la Déclaration d'indépendance, et c'est le droit à la vie".

"Trump veut prouver aux pro-vie sa fidélité"

Si ses détracteurs y voient une "tentative désespérée" de détourner l'attention de son procès en destitution qui s'est ouvert mardi au Sénat, sa présence constitue, selon d'autres, "un tournant décisif pour le mouvement pro-vie". Donald Trump veut profiter de ce rendez-vous pour marquer un peu plus sa proximité avec le mouvement anti-avortement qui attire chaque année des milliers de manifestants à Washington. "Il cherche à réaffirmer sa position pro-life", estime auprès de France 24 Nicole Bacharan, politologue spécialiste de la politique américaine et auteure de "Le Monde selon Trump" (éd. Tallandier).

Aux États-Unis, l'avortement demeure une question hautement controversée depuis des décennies. Selon une étude du Pew Research Center publiée en août 2019, 61 % des Américains estiment que l'interruption volontaire de grossesse devrait être légalisée dans tous les cas, contre 38 % qui pensent qu'elle devrait être interdite en toutes circonstances.

"Donald Trump gouverne pour son électorat : les anti-immigration, mais aussi les pro-life", commente la politologue. Cette dernière catégorie est largement représentée chez les chrétiens évangéliques, dont 81 % a voté pour le candidat républicain en 2016. En s'exprimant à la "March for life", le président entend s'exprimer devant son électorat, pour lui prouver "sa fidélité" mais aussi "lui rappeler ce qu'il a fait et lui dire qu'il va s'engager encore plus".

L'âge d'or du mouvement pro-life

Dès l'arrivée de Donald Trump au pouvoir en janvier 2017, son administration s'est montrée particulièrement offensive en matière de droit à l'avortement : interdiction de financer les ONG internationales qui soutiennent l'avortement, réduction des aides pour les IVG. Sans oublier la nomination de deux nouveaux juges conservateurs pro-life à la Cour suprême, Neil Gorsuch et Brett Kavanaugh. En 2019, plusieurs États conservateurs du sud et du centre des États-Unis (la "Bible Belt") ont durci le droit en la matière.

Conséquence : l'accès à l'avortement recule aux États-Unis, selon une étude du New York Times publiée le 31 mai 2019. Des dizaines de cliniques spécialisées dans le pays ont fermé ces dernières années, plus de 11 millions de femmes aux États-Unis vivent à plus d'une heure de route d'un centre.

Dans un article publié mercredi dans le journal conservateur The Daily Wire, Russell T. Vought, directeur par intérim du Bureau de la gestion et du budget de Donald Trump, a célébré ce qu'il a appelé "l'âge d'or pour notre mouvement". Pourtant, la position de l'ancien magnat de l'immobilier a largement évolué au fil des années. En 1999, alors qu'il n'avait pas encore posé pied en politique, il se déclarait "très pro-choix". Depuis, sa position a évolué jusqu'à se déclarer, en mai 2019, "très profondément pro-vie avec trois exceptions : le viol, l'inceste et la protection de la vie de la mère".

"Aucune conviction idéologique sur le sujet"

Donald Trump "n'a aucune conviction idéologique sur le sujet", assure Nicole Bacharan, qui préfère parler de "position électorale". Le locataire de la Maison Blanche est loin d'épouser les valeurs du puritanisme évangélique, déplorent certains chrétiens évangéliques. Ceux qui s'opposent le plus fermement à l'avortement s'interrogent sur les deux divorces de Donald Trump, tout comme son penchant pour le blasphème et son manque d'intérêt affiché pour la religion avant d'entrer en politique.

Reste qu'il leur a donné ce qu'ils n'ont pas eu depuis des décennies, estime la politologue, qui énumère les avancées légales, sociales et politiques. "Mais surtout, il offre aux évangéliques une légitimité, poursuit-elle, car ils ont longtemps été considérés comme des marginaux, des incultes, voire des déficients mentaux." Résultat : cette semaine, Susan B. Anthony, un groupe d'action politique anti-avortement, annonçait dépenser 52 millions de dollars pour soutenir le président et d'autres candidats républicains dans le cycle électoral de 2020.
 

Attirer de nouveaux évangéliques

Aujourd'hui, Donald Trump est prêt à leur donner tous les gages pour les convaincre. "Son objectif : attirer les évangéliques qui boudent les urnes depuis longtemps", estime Nicole Bacharan. "Entre les 61 % de pro et les 38 % de contre, il y a toute cette frange de la population qui reste malléable en fonction des restrictions apportées dans différents États."

En janvier, l'État de New York a signé un projet de loi protégeant le droit d'interrompre une grossesse après 24 semaines dans certains cas. L'année dernière, les gouverneurs de Géorgie, du Kentucky, du Mississippi et de l'Ohio ont signé des projets de loi interdisant les IVG si un rythme cardiaque embryonnaire pouvait être détecté. "Il existe beaucoup d'ignorance sur les conséquences de ces restrictions, commente-t-elle. C'est sur ces points qu'il va chercher à convaincre, pour engranger de nouveaux électeurs pour 2020."
 

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