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En images : à Tijuana, la photographe Kelly Dassault montre le quotidien des migrants

Depuis 2014, la photographe française Kelly Dassault se rend à Tijuana, ville-frontière mexicaine, pour rendre compte du quotidien des migrants.
Depuis 2014, la photographe française Kelly Dassault se rend à Tijuana, ville-frontière mexicaine, pour rendre compte du quotidien des migrants. © Omar Martinez

Depuis 2014, la photographe française Kelly Dassault a vu évoluer Tijuana, au Mexique, au gré des politiques migratoires des États-Unis. Dans son livre "Zona Norte", elle met en lumière la vie quotidienne des migrants bloqués dans la ville frontalière et les difficultés que vivent les femmes. France 24 l'a rencontrée.

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"Rien de plus Tijuanse que ne pas être de Tijuana", affirme une fresque peinte à même le mur qui sépare la ville mexicaine de sa jumelle américaine de San Diego. Et, en effet, la métropole de la côte Pacifique s'est développée au gré des différentes vagues de migrations, qui ont contribué à façonner l'identité de la ville. Une ville qui est désormais au centre de l'actualité depuis l'élection de Donald Trump et de sa politique de fermeté migratoire.

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Habituée des lieux, la photographe Kelly Dassault publie "Zona norte", un livre de photographies illustrant le quotidien des exilés de la ville-frontière. Depuis 2014, elle s'y rend chaque année pour photographier et documenter le quotidien des migrants et des migrantes, qui tentent désespérément de rejoindre les États-Unis pour y trouver une nouvelle vie.

France 24 : Pourquoi avoir choisi de photographier les migrants de Tijuana ?

Tijuana est une mine de sujets potentiels, qui peuvent parfois s'avérer dangereux. Mon idée de base était de photographier la prostitution dans la ville mais les filles elles-mêmes m'ont dit que c'était une mauvaise idée.

J'ai alors rencontré le père Chava dont l'association sert des petits-déjeuners et commencé à photographier les gens qui venaient à cette soupe populaire. Pour la plupart, ces gens venaient du reste de l'Amérique latine et tentaient soit de gagner les États-Unis, soit venaient d'en être expulsés.

Tijuana est une ville de migrants.
Tijuana est une ville de migrants. © Kelly Dassault

La situation sur place a-t-elle évolué entre votre premier voyage en 2014 et votre dernier en 2019, notamment avec l'élection de Donald Trump ?

Paradoxalement, les choses ont plutôt évolué dans le bon sens. En 2014, les problèmes étaient gérés uniquement avec des moyens locaux. Depuis l'élection de Donald Trump cependant, des associations américaines se sont penchées sur le sujet à cause notamment de la médiatisation liée à la promesse du président américain d'y construire un mur. Un mur qui existe déjà d'ailleurs à Tijuana et a été construit par un démocrate [en 1994 sous l'administration Clinton, NDLR]. La communication permanente de Donald Trump a créé de l'intérêt pour cette zone.

Le mur qui sépare Tijuana et San Diego a été bâti bien avant l'élection de Donald Trump.
Le mur qui sépare Tijuana et San Diego a été bâti bien avant l'élection de Donald Trump. © Kelly Dassault

Désormais, il y a plein d'ONG américaines qui viennent de la ville frontalière voisine de San Diego, de Los Angeles pour aider les locaux, vacciner les gens, soigner les enfants, donner des conseils juridiques... Et, j'ai aussi l'impression qu'il y a moins de femmes et d'enfants dans la rue.

Quelles histoires vous ont particulièrement marqué ?

Les histoires qui m'ont le plus étonné sont celles des déportés. Ces gens qui ont habité aux États-Unis pendant des années, qui y ont payé leurs impôts, qui y ont fondé une famille, et qui se retrouvent aujourd'hui expulsés et bloqués à Tijuana parce que sans-papiers américains.

J'ai notamment rencontré une mère de famille, Maria. Ses enfants sont nés aux États-Unis donc citoyens américains grâce au droit du sol. Elle a été déportée et pour subsister elle est obligée de leur demander de l'aider financièrement.

Maria a vécu la majeure partie de sa vie aux États-Unis avant d'être expulsée vers le Mexique.
Maria a vécu la majeure partie de sa vie aux États-Unis avant d'être expulsée vers le Mexique. © Kelly Dassault

Plus globalement, je me suis rendu compte en discutant avec les gens que je photographiais que le simple fait d'être une femme dans la rue était une double peine. Un homme peut toujours uriner dans la rue… Pour une femme, c'est plus compliquée... Une femme a ses règles tous les mois et les migrantes dans des situations précaires ont du mal à se payer des protections hygiéniques. Tout un tas de problèmes quotidiens qu'en tant que jeune femme européenne, j'étais à mille lieues de m'imaginer. Un homme dans la rue, c’est dramatique, une femme c’est encore pire.

Vous avez aussi vécu l'arrivée d'une des caravanes de migrants dans la ville ?

Les jeunes filles de la caravane qui est arrivé à Tijuana en janvier 2019 m'ont également beaucoup marquées. Et pour une fois, la presse était présente en nombre pour s'intéresser à l'évènement. Il y avait une jeune fille que je n'avais pas photographiée car j'essayais de l'aider. Elle avait 19 ans, deux enfants de deux pères différents dont elle n’avait aucune nouvelle. La contraception est difficile dans ces pays, l’avortement interdit et on se retrouve avec ce type de situations.

J’ai encore des nouvelles d’elle. Elle est désormais aux États-Unis avec ses enfants et prise en charge par des associations. J'aimerais pouvoir dire que c'est merveilleux mais on ne sait pas quel futur sera le sien, si elle pourra étudier comme elle le souhaite. En tout cas, au Honduras, elle craignait pour sa vie dans son village. Aujourd'hui, aux États-Unis, elle est saine et sauve, c'est le principal.

Qu’espèrent trouver ces migrants aux États-Unis ?

J’ai rencontré beaucoup d’Africains coincés à Tijuana. Ils étaient âgés d'une trentaine d'années comme moi. Beaucoup ont ce rêve presque insolite de commencer des études aux États-Unis. Ce n’est pas impossible mais je sais d’expérience personnelle qu’il faut avoir les reins solides financièrement pour le faire. Quand je les entends parler de ça, je me demande vraiment si ça va être possible pour eux.

En tant que fille d’immigrés, je sais que l’immigration signifie courir après un rêve. Quand mes parents sont arrivés en France, ils ne pensaient pas devenir ouvrier ou femme de ménage. Aux États-Unis, on voit que pour les gens motivés il y a du travail. Mais ce n'est pas forcément ce à quoi s'attendent ceux qui émigrent. Ce sont souvent des métiers plutôt ingrats et précaires.

À Tijuana, beaucoup de migrants peuvent contempler leur rêve américain inacessible.
À Tijuana, beaucoup de migrants peuvent contempler leur rêve américain inacessible. © Kelly Dassault

Mais, pour ces migrants, ce rêve n’est pas pour eux mais pour leurs enfants. Les parents sont prêts à tout sacrifier, pour que les enfants aient la possibilité d’étudier. Ils ne restent pas pour eux. Ils restent pour leurs enfants.

Qu’il s’agisse de nous, en Europe, ou des Américains, aux États-Unis, il faut que nous accueillions ces gens. S’ils partent avec leurs enfants sous le bras, c’est parce qu’ils subissent des choses inimaginables. Ils ne viennent pas pour profiter de la sécurité sociale ou les allocations. Ils viennent parce leur maison brûle. Personne n’expose ses enfants au danger par gaieté de cœur.

Beaucoup de migrants sont des familles fuyant désespérément le danger.
Beaucoup de migrants sont des familles fuyant désespérément le danger. © Kelly Dassault

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