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SOS Chrétiens d’Orient face à la disparition de quatre collaborateurs en Irak

Trois Français et un Irakien, collaborateurs de l'ONG SOS Chrétiens d'Orient, ont disparu à Bagdad le 20 janvier 2020.
Trois Français et un Irakien, collaborateurs de l'ONG SOS Chrétiens d'Orient, ont disparu à Bagdad le 20 janvier 2020. © Capture d'écran France 24

Trois ressortissants français et un Irakien, tous salariés de l’ONG française SOS Chrétiens d’Orient, sont portés disparus depuis lundi à Bagdad. Créée en 2013, l’association, qui revendique près de 2 000 volontaires dans plusieurs pays du Moyen-Orient, n’avait jusqu’ici connu aucun incident sécuritaire.

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SOS Chrétiens d’Orient, sans nouvelles depuis six jours de ses quatre collaborateurs, disparus en Irak. Trois Français et un Irakien, qui œuvrent pour aider les communautés chrétiennes d’Orient persécutées dans plusieurs pays, ont disparu le lundi 20 janvier.

Aperçus pour la toute dernière fois aux abords de l’ambassade de France à Bagdad, ceux-ci étaient dans la capitale irakienne pour des raisons administratives, a expliqué à France 24, Jeanne der Agopian, responsable des relations presse de l’association. "Nous n’avons pas de volontaires à Bagdad pour des raisons de sécurité évidentes", détaille-t-elle. "Nous avons des actions à Bagdad, notamment pour contribuer à la reconstruction d’une école  dans le quartier chrétien, mais même si ces quatre collaborateurs devaient s’y rendre pour suivre l’avancée du projet, ce n’était pas le but principal de leur visite à Bagdad", précise-t-elle, insistant sur la volonté de l’ONG de préserver l’identité des salariés disparus et d’éviter tout détail permettant de les identifier.

Les collaborateurs se rendaient à l’ambassade pour renouveler leur visa, mais aussi pour poursuivre les procédures d’enregistrement de l’association en Irak, dont les antennes sont situées uniquement dans le Kurdistan irakien. "Vu la situation en Irak, nous avions rapatrié, depuis quelques semaines déjà, tous nos volontaires à Erbil pour des raisons de sécurité", explique Jeanne der Agopian.

Alors que SOS Chrétiens d'Orient se targuait, en novembre 2017, de ne déplorer "aucun problème significatif" en quatre ans d’existence, celle-ci fait face, aujourd’hui, à son tout premier incident sécuritaire majeur.

"Nous avons des procédures de sécurité extrêmement complètes", explique la responsable, évoquant un manuel de près de 200 pages consacré à la sécurité et élaboré "en bonne intelligence" avec les autorités françaises et le ministère des Affaires étrangères.

"Nous avons toujours fait le maximum en matière de sécurité", poursuit-elle, "mais évidemment, nous allons devoir revoir tout cela et y réfléchir à nouveau, parce que quelque chose est arrivé."

Secours d'urgence et "maintien d'une vie spirituelle active"

Créée en 2013, l’association, qui fournit une aide humanitaire aux populations chrétiennes vivant au Moyen-Orient agit notamment en Irak, en Syrie, en Égypte et au Liban.

C'est à la suite de la prise du village chrétien de Maaloula (Syrie) par le groupe rebelle d’idéologie salafiste jihadiste, Front al-Nosra, que Charles Meyer et Benjamin Blanchard ont fondé SOS Chrétiens d'Orient. Ces derniers se sont alors rendus sur place pour "apporter vivres, médicaments et jouets dans le pays".

Depuis, l’ONG, qui dispose aussi d’une antenne en Jordanie, multiplie les envois de vivres et de volontaires, principalement en Irak et en Syrie, pour venir en aide aux minorités chrétiennes de la région.

Des secours d’urgence sont fournis aux réfugiés qui vivent entassés dans des camps. SOS Chrétiens d’Orient explique, sur son site Internet, apporter eau, nourriture, logements, équipements de première nécessité, produits d’hygiènes et couverture à ces communautés, dont certaines sont victimes de persécutions.

L’association finance aussi pharmacies, infirmeries mobiles, matériel sanitaire et médicaments, et met en place divers projets permettant le "maintien d’une vie spirituelle active" (sécurisation et restauration d’églises détruites par les islamistes) et l’éducation des jeunes chrétiens d’Orient (construction d’écoles, organisation de spectacles).

En février 2017, l'ONG obtient, par un arrêté signé de la main du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, le statut de "partenaire de la défense nationale". Parmi la cinquantaine d'institutions, sociétés et associations concernées par le décret, SOS Chrétiens d'Orient s'est vue récompensée pour son "engagement" au service de la promotion de la défense nationale.

En effet, "beaucoup de nos volontaires sont membres de l’armée en tant que réservistes", explique Jeanne der Agopian, ajoutant que l'ONG travaille étroitement, et ce depuis toujours, avec le ministère de la Défense.

En septembre dernier, la subvention de 22 000 euros que souhaitait accorder Laurent Wauquiez, président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, à l'ONG SOS Chrétiens d'Orient a provoqué une telle polémique que la Région s'est résolue à démentir et d'indiquer qu'aucune suite ne serait donnée à la demande de subvention de l'association.

Cette décision, qui devait initialement être soumise à un vote en commission, a notamment provoqué l'ire du groupe d'opposition (socialiste) qui, dans un tweet, avait dénoncé la volonté de Laurent Wauquiez à "vouloir soutenir une association dont les dirigerants sont connus pour leur appartenance à l'extrême droite".

Polémique sur ses liens avec l’extrême droite

Si elle se présente comme "apolitique", l’ONG est régulièrement pointée du doigt pour ses liens, présents ou passés, avec l’extrême droite, ou des mouvements identitaires et nationalistes.

Charles Meyer, son cofondateur, est actuellement l’attaché parlementaire de Thierry Mariani, aujourd’hui eurodéputé sous l’étiquette du Rassemblement national (RN). Benjamin Blanchard, l’autre personnalité à l’origine de l’association a été l’assistant parlementaire de la députée européenne Marie-Christine Arnautu, vice-présidente de l’ex-Front national (FN) de 2011 à 2018.

D'autres membres, ou ex-membres, sont liés à des mouvances plus radicales. Maxime Gaucher et Damien Rieu sont connus pour avoir été respectivement cadre et porte-parole du mouvement politique identitaire d’extrême droite "Génération identitaire" ; François-Xavier Gicquel, nommé directeur des opérations à SOS Chrétiens d’Orient a, quant à lui, été exclu du FN en 2011, après avoir été photographié en faisant le salut nazi.

"Sur les 2 000 volontaires qui sont partis, il n’y a absolument aucune couleur politique", défend pourtant Jeanne der Agopian. "Nous avons des volontaires de tous pays, de toutes origines, et je mets au défi quiconque de nous expliquer que tous sont affiliés à la droite radicale. Ce n’est absolument pas le cas."

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