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REPORTAGE

Municipales : cinq Parisiens face au bilan d’Anne Hidalgo

Une affiche de campagne placardée dans un restaurant de Paris, le 13 janvier 2020.
Une affiche de campagne placardée dans un restaurant de Paris, le 13 janvier 2020. © Charles Platiau, Reuters

Têtes de liste, plan de campagne, sondages, la bataille de Paris a bien commencé. L’heure de faire le bilan de la maire sortante, Anne Hidalgo. Que pensent les Parisiens de son action depuis son élection en 2014 ? Les opinions divergent. Portraits.

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Après six ans d'un premier mandat de maire, l’heure du bilan a sonné pour Anne Hidalgo. Créditée de 25 % des intentions de votes dans les sondages, la maire de Paris a-t-elle convaincu ses administrés ? Réponses recueillies au hasard des rencontres.

Nadir, infatigable cycliste

Nadir, 37 ans, ne se déplace à Paris qu'en vélo.
Nadir, 37 ans, ne se déplace à Paris qu'en vélo. © Aude Mazoué

Nadir, 37 ans, s’affaire à trouver un vélo en état de marche à la station Vélib' de la Gare de Lyon. La chaîne de l'un a déraillé, le guidon de l'autre est bloqué. Une seule solution : attendre qu'un cycliste en dépose un autre. Car l’informaticien ne se déplace à Paris qu’en vélo.

Par tout temps, il enfourche chaque matin un deux-roues depuis son quartier des Invalides, dans le 7e arrondissement, pour se rendre au travail. Pas toujours facile de se frayer un chemin au milieu des nombreux travaux de la capitale, reconnaît le trentenaire. Mais une chose est sûre : depuis qu’il est arrivé il y a cinq ans de Villeneuve-Saint-Georges, banlieue sud, pour s’installer à Paris, il a vu le réseau des voies cyclables se développer. Au fil des ans, il a aussi apprécié de nombreux changements dans l’urbanisme, comme l’aménagement des voies sur berges.

Toujours pas de progrès à noter en revanche en ce qui concerne la propreté de la ville, regrette le Parisien. "Il y a toujours des papiers, des déjections canines sur les trottoirs. J’ai eu l’occasion de vivre à Londres, et il y a une grosse différence de ce côté-là." Pas de quoi non plus le faire changer de ville. Nadir aime Paris. Il compte même s’y installer durablement. Il aimerait quitter son studio pour acheter un appartement plus grand. Mais les prix prohibitifs pratiqués dans la capitale le découragent. Il a beau prospecter, il ne trouve pas.

Compte-t-il voter pour Anne Hidalgo aux prochaines élections municipales ? "Non, même si son bilan est globalement satisfaisant." Celui qui a voté blanc en 2014 compte bien cette année donner sa chance à Rachida Dati, plus proche de ses idées. Un cycliste vient enfin de déposer un Vélib' dans la station. Nadir se remet en selle et repart à l’assaut des grandes artères de la ville.

Solveig, inconditionnelle d’Anne Hidalgo

Solveig, mère de trois enfants, est satisfaite du bilan d'Anne Hidalgo.
Solveig, mère de trois enfants, est satisfaite du bilan d'Anne Hidalgo. © Aude Mazoué

Non loin de là, devant la porte cochère de l’école Jean-Bouton (12e arrondissement), Solveig, 40 ans, attend la sortie de son fils, Arsène. Le bilan d’Anne Hidalgo ? "Il est super", s’enthousiasme la mère de famille, qui reconnaît peut-être manquer d'objectivité. "J’ai toujours été socialiste et j’aime beaucoup Anne Hidalgo. Parce qu’elle est restée fidèle au PS quand tant d’autres ont choisi de retourner leur veste. Mais je l’aime aussi pour sa gestion de la ville." Mobilité, dette de la ville, offre culturelle, la jeune quadragénaire ne trouve rien à redire à ses six années de mandat.

Une ombre au tableau tout de même... Seule, la maman de trois enfants âgés de treize, neuf et cinq ans, reconnaît des difficultés question logement. "Je suis locataire et j’ai fait une demande pour obtenir un logement social il y a plusieurs années. Mais mon dossier n’a toujours pas abouti. Toutes les propositions qui m’ont été faites ne correspondent pas à mes critères."

Depuis, elle et ses enfants attendent un appartement plus abordable. "Pourtant, je travaille, se défend-elle, mais les prix sont beaucoup trop élevés."  Elle n’est pas non plus prête à faire de concessions sur son quartier. "Pour plein de raisons, je veux rester à Bastille." Et les travaux d’aménagement qui y sont actuellement réalisés promettent "de rendre la place encore plus agréable qu’avant avec davantage d’espace verts et de voies piétonnes", se réjouit la Parisienne.

Il y a bien quelques efforts à faire du côté de la propreté. "Mais je reviens de Marseille et je me dis qu’il y a bien pire ailleurs. Non, vraiment, je suis trop bien à Paris, je ne veux pour rien au monde la quitter !"

Au milieu des trottinettes et des Airbnb, il y a Viviane

Le bilan d'Anne Hidalgo est plutôt "mais peut mieux faire dans pas mal de domaines", estime Viviane, 78 ans, enseignante à la retraite.
Le bilan d'Anne Hidalgo est plutôt "mais peut mieux faire dans pas mal de domaines", estime Viviane, 78 ans, enseignante à la retraite. © Aude Mazoué

Viviane, 78 ans, coule une paisible retraite sur les hauteurs de la butte Montmartre dans le 18e arrondissement de la capitale. Après avoir délaissé plusieurs années la ville pour Fontenay-sous-Bois, le temps d’élever ses deux filles, elle et son mari sont revenus vers leurs premières amours parisiennes. Contrairement à son mari, elle juge le bilan de la maire sortante plutôt positif. "Des efforts restent toutefois à poursuivre, commente l’ancienne enseignante. S’il y a du mieux concernant le nombre de pistes cyclables, elles ne sont pas toujours pratiques. Notamment celles pensées en sens inverse de la circulation."

Elle trouve également beaucoup à redire au sujet des trottinettes. "La cohabitation avec les piétons est parfois difficile car les détenteurs de ces nouvelles arrivées sur le macadam parisien empruntent bien souvent les trottoirs. Et puis elles sont trop souvent abandonnées n’importe où."

Mais le plus gros point noir est ailleurs : les prix du logement. "Nous sommes actuellement locataires et recherchons un appartement de 80 mètres carrés dans le 18e arrondissement. Et il faut compter entre 14 000 et 15 000 euros le mètre carré pour avoir un beau logement dans le très touristique quartier montmartrois. Et même avec un budget de 1,2 million, nous ne trouvons pas." La faute au tourisme, incrimine la septuagénaire. Et plus précisément celle des Airbnb. La municipalité n’a pas été suffisamment offensive à leur encontre, déplore la dame. "En face de chez moi, un immeuble entier a été acheté pour y établir des locations touristiques Airbnb. Cela fait considérablement monter les prix du marché pour les Parisiens qui cherchent à se loger."

Viviane se console dans ses balades quotidiennes et dans les nombreuses activités culturelles que la ville propose. "La culture est partout à Paris. Les musées sont très chers, regrette la fringante retraitée. Lorsque l’on se rend à Washington pour voir ma fille, tous les musées ou presque sont gratuits."

L’appel de la nature d’Alix

Alix, 28 ans, a connu bien des "galères" pour trouver un logement étudiant à Paris.
Alix, 28 ans, a connu bien des "galères" pour trouver un logement étudiant à Paris. © Aude Mazoué

Les yeux rivés sur son ordinateur, au milieu de ses fiches et feutres de toutes les couleurs, Alix, étudiante en troisième année d'ergothérapie, révise. De la salle de pause de l’université de médecine de la Sorbonne, rue du Faubourg Saint-Antoine, où l’on rédige des mémoires de fin d’études, le bilan d’Anne Hidalgo est bien loin des esprits. Pourtant, à bien y réfléchir, on a un avis sur la question.

À commencer par les transports. Il est facile de se déplacer dans Paris. La culture est également accessible. À plus de 26 ans – âge auquel s’arrêtent les réductions étudiantes –, la jeune femme connaît les bons plans pour des visites pas chères. Notamment dans les collections permanentes des 14 musées de la Ville de Paris ouvertes à tous gratuitement.

Restent les "galères" du logement. Pour qui ne bénéficie pas des logements sociaux proposés par le Crous. "La première année a été compliquée pour tout le monde. J’ai dû déménager deux fois, quitter un logement insalubre du 14e arrondissement puis une colocation dans le 10e, avant de trouver un petit deux-pièces dans le quartier." Une chance. Car les copines installées aux tables voisines ont dû se résoudre à vivre en banlieue.

La capitale manque également cruellement de verdure pour cette originaire du Sud-Ouest en mal de paysages bucoliques. Trop de béton. "Je ne me vois pas rester ici plus de deux ou trois ans. J’ai trop besoin de la nature."

Erai, cordonnier entre deux grèves

Erai, 28 ans, qui travaille dans une petite cordonnerie familiale du 12e est excédé par la saleté de Paris.
Erai, 28 ans, qui travaille dans une petite cordonnerie familiale du 12e est excédé par la saleté de Paris. © Aude Mazoué

Dans la petite cordonnerie familiale du 27 ter, boulevard Diderot, père et fils s’activent. On cloue, on colle, on grave des talons, des plaques, des clés. Le travail ne manque pas pour Erai, 28 ans, qui tient avec son père le petit commerce. Cela n’a pas toujours été le cas. "Les manifestations des Gilets jaunes et maintenant les grèves contre la réforme des retraites nous ont fait beaucoup de mal", explique le jeune cordonnier. Si certains commerçants ont bénéficié d’aides financières de la mairie de Paris, "nous, nous n’avons rien vu passer. Nous n’avons pas subi de casse mais nous avons divisé notre chiffre d’affaires par deux. Pourtant, tous les mois, nous avons toujours un loyer de 1 300 euros et d’autres charges à régler", abonde son papa.

Et puis, il y a aussi le problème des nombreux travaux dans la ville. "C’est abominable. Avant, pour me rendre en voiture chez mes fournisseurs à République, je mettais un quart d’heure aller-retour. Aujourd’hui, à cause des travaux, je mets plus de 40 minutes", tempête le jeune homme d’origine turque.

Autre sujet sensible : la propreté. Depuis cet été, les camions de nettoyage de la ville ne passent plus, a constaté le jeune homme. "J’ai appelé la mairie, on m’a assuré que les services passaient toujours, mais je vois bien que ce n’est plus le cas." Résultat : tous les matins, Erai commence sa journée par nettoyer sa devanture souillée par les urines des clochards. "Quand il fait froid, ça va encore, mais l’été, ça pue, c’est insupportable." Car il y a beaucoup de mendicité dans le quartier, note le commerçant en désignant deux SDF assis sur le trottoir d’en face. "La mairie fait pourtant le nécessaire dans ce domaine, mais elle ne peut pas non plus aller contre leur volonté."

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