USA: Mike Pompeo sur la défensive face à ses diplomates et aux médias

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Washington (AFP)

Il était déjà accusé d'avoir laissé tomber ses diplomates exposés dans l'affaire ukrainienne. Voilà que Mike Pompeo s'est engagé dans une confrontation acrimonieuse avec les médias, alors même que le secrétaire d'Etat américain est censé promouvoir la liberté de la presse dans le monde.

Pilier de l'administration de Donald Trump, ce ténor conservateur ne cache pas son dédain pour une partie des médias, ceux que le président des Etats-Unis attaque à longueur de tweets pour leur hostilité supposée.

Mais vendredi, le chef de la diplomatie américaine a perdu son sang-froid après avoir été pressé de questions lors d'un entretien par une journaliste de la National Public Radio (NPR), Mary Louise Kelly, sur l'affaire ukrainienne au coeur du procès en destitution du milliardaire républicain.

Selon le récit de cette journaliste chevronnée, après l'interview, hors micro, le chef de la diplomatie américaine lui a "crié dessus" durant une dizaine de minutes, à grand renfort d'insultes.

Furieux d'avoir été interrogé sur l'Ukraine alors qu'il s'attendait uniquement à des questions sur l'Iran, a-t-elle rapporté, il lui a lancé: "Vous pensez que les Américains s'intéressent à l'Ukraine?". Avant de lui demander de montrer où se trouvait ce pays sur une carte du monde sans frontières ni noms.

Sans jamais démentir la teneur de l'échange, le secrétaire d'Etat a accusé, dans un communiqué à la tonalité particulièrement agressive, les médias d'"hystérie dans leur volonté de nuire au président Trump et à son équipe". Une réaction saluée par le locataire de la Maison Blanche qui l'a félicité en public d'un sonore "tu l'as bien remise à sa place".

Dans la foulée, le département d'Etat a exclu une autre journaliste de NPR, Michele Kelemen, correspondante diplomatique depuis près de vingt ans, de l'avion ministériel qui s'est envolé mercredi pour une nouvelle tournée de Mike Pompeo -- qui, ironie du calendrier, doit notamment le mener à Kiev.

- "Ne faites pas le bébé" -

L'Association des correspondants au département d'Etat a protesté contre cette "mesure de rétorsion" jugée "inacceptable". Son président Shaun Tandon, par ailleurs correspondant de l'Agence France-Presse, a souligné que la diplomatie américaine défendait d'ordinaire "courageusement les journalistes autour du monde".

Plus gênant pour Mike Pompeo, un des commentateurs vedettes de la chaîne conservatrice Fox News, Steve Hilton, "grand fan" du secrétaire d'Etat, a étrillé son "communiqué ridicule" au ton "pleurnicheur". "Pour l'amour du ciel, Monsieur le secrétaire, ne faites pas le bébé! Vous devriez être en mesure de gérer les questions difficiles, ne soyez pas une brute", a-t-il lancé à l'antenne.

Par le passé, le chef de la diplomatie a déjà laissé exploser son agacement face à certaines questions, surtout lorsqu'elles portent sur des positions controversées de Donald Trump.

L'AFP a été l'une des premières à en faire l'expérience, au lendemain du premier sommet entre le président américain et le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un, en 2018. "Vous avez tort", "vous jouez sur les mots", "je trouve la question insultante et ridicule", "ce n'est pas utile pour vous lecteurs et pour le monde" de "dire des choses stupides", s'était-il emporté, lors d'un esclandre qui sera suivi d'autres avec la presse.

Le dernier épisode est donc venu envenimer des relations déjà tendues.

Surtout, il intervient à un moment où le secrétaire d'Etat est en porte-à-faux avec grand nombre d'employés... du département d'Etat.

La question de NPR qui l'a fait sortir de ses gonds portait sur l'ex-ambassadrice des Etats-Unis à Kiev, Marie Yovanovitch, abruptement relevée de ses fonctions au printemps après avoir fait l'objet d'une campagne de dénigrement menée par Rudy Giuliani, l'avocat personnel de Donald Trump.

Mike Pompeo n'a jamais prononcé un mot en public pour défendre cette ambassadrice respectée, ni les autres diplomates attaqués par certains cercles trumpistes pour avoir témoigné dans l'enquête en destitution sur le président. De nombreux employés du "State Department" lui en tiennent rigueur -- un de ses plus proches conseillers a même démissionné.

"Devez-vous des excuses à l'ambassadrice Marie Yovanovitch?", lui a ainsi demandé Mary Louise Kelly.

Une fois de plus, Mike Pompeo a refusé de répondre.