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Violences sexuelles dans le sport: Sarah Abitbol témoigne et fustige un "silence organisé"

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Paris (AFP)

"J'ai été violée à 15 ans": une nouvelle vague d'accusations contre des entraîneurs, menée par l'ancienne patineuse Sarah Abitbol et publiée mercredi dans L'Equipe et L'Obs, brise un peu plus le silence sur les violences sexuelles dans le sport de haut niveau.

Multimédaillée européenne et médaillée de bronze mondiale de patinage artistique en couples en 2000, Abitbol accuse son ancien entraîneur Gilles Beyer d'agressions sexuelles et de viol entre 1990 et 1992, alors qu'elle était âgée de 15 à 17 ans.

"Il a commencé à faire des choses horribles, jusqu'aux abus sexuels et j'ai été violée à 15 ans. C'était la première fois qu'un homme me touchait", témoigne-t-elle dans une vidéo sur le site de L'Obs, à la veille de la sortie de son livre, "Un si long silence" (Plon).

D'autres anciennes patineuses émettent des accusations similaires contre Beyer, champion de France 1978, et d'autres entraîneurs.

Hélène Godard accuse dans L'Equipe et L'Obs Beyer d'avoir eu des rapports sexuels avec elle, alors qu'elle avait 13 et 14 ans.

Anne Bruneteaux et Béatrice Dumur accusent elles Michel Lotz d'avoir abusé d'elles dans les années 1980 alors qu'elles avaient 13 ans.

Les entraîneurs mis en cause nient les faits ou n'ont pas répondu à L'Equipe et à L'Obs.

- Vague planétaire -

Dans le contexte de la vague planétaire #MeToo de libération de la parole des victimes de violences sexuelles dans de nombreux milieux, d'autres affaires d'abus ont marqué le sport français ces derniers mois.

Vendredi dernier, l'ancien entraîneur de tennis Andrew Geddes a été condamné à 18 ans de prison pour des viols sur quatre de ses anciennes élèves mineures.

Fin 2019, une enquête du collectif de journalistes We Report avait déjà mis au jour des "dysfonctionnements majeurs" à différents échelons -fédérations, clubs, collectivités locales, Etat, justice- dans 77 affaires ayant fait au moins 276 victimes, en majorité des enfants de moins de 15 ans, et dans 28 disciplines sportives différentes.

Cette nouvelle vague de révélations a fait réagir le gouvernement. La secrétaire d'Etat à l'Egalité femmes-hommes Marlène Schiappa, a salué la démarche des sportives qui ont témoigné et leur a adressé son "soutien sans réserve".

La ministre des Sports, Roxana Maracineanu, a salué une initiative "indispensable et salutaire", en rappelant avoir lancé le chantier épineux du contrôle des casiers judiciaires des bénévoles, et l'organisation le 20 février d'une convention nationale sur la prévention des violences sexuelles dans le sport.

- "Silence organisé" -

Dans L'Obs, Sarah Abitbol affirme avoir évoqué après l'arrêt de sa carrière le cas de Beyer avec le ministre des Sports d'alors, Jean-François Lamour, qui lui aurait rétorqué : "Oui, on a un dossier sur lui, mais on va fermer les yeux", selon la vidéo de l'entretien accordée par la patineuse à l'hebdomadaire.

Contacté par L'Obs, l'ancien ministre indique ne pas se souvenir de cette conversation.

"J'ai compris que j'étais face à un silence organisé. Au fond, tout le monde me disait : +Prends tes médocs et tais-toi!+ J'ai obéi : j'ai pris mes médocs et je me suis tue", déclare-t-elle à L'Obs.

Selon L'Equipe, Beyer a fait l'objet d'une enquête judiciaire qui n'a pas abouti, au début des années 2000, puis d'une enquête administrative diligentée par le ministère des Sports, alors qu'il était directeur des équipes de France et entraîneur national.

Cette dernière a conduit le ministère à mettre fin à ses fonctions de conseiller technique sportif le 31 mars 2001, mais Beyer a ensuite continué sa carrière au sein du club parisien des Français volants et a effectué plusieurs mandats au bureau exécutif de la Fédération française des sports de glace (FFSG) jusqu'en 2018.

"C'est très problématique", a estimé Schiappa sur RTL mercredi soir, en annonçant que son ministère et celui des Sports allaient se "rapprocher de la fédération (...) pour voir si toutes les conditions sont vraiment mises en oeuvre pour protéger les jeunes femmes et les nouvelles générations de ces prédateurs."

Le président de la FFSG, Didier Gailhaguet, en place depuis 1998 à l'exception de la période 2004-2007, n'a pas répondu à L'Equipe ni à L'Obs. Il n'a pas non plus donné suite aux sollicitations de l'AFP.

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