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Les Bleus du futsal, des amateurs pros de la débrouille

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Clairefontaine-en-Yvelines (France) (AFP)

Deux salles, deux ambiances. Amateurs en club, mais cajolés "comme des pros" en sélection, les joueurs de l'équipe de France de futsal s'invitent dans le gotha mondial malgré un quotidien précaire où ils jonglent, pour la plupart, entre pratique sportive et métier d'appoint.

Du 1er au 4 février à Nis (Serbie), une joyeuse bande composée d'un électricien, d'un éducateur ou encore de gardiens de gymnase enfilera la tunique bleue pour défier l'Espagne, l'Ukraine et le pays hôte lors du dernier tour qualificatif à la Coupe du monde 2020, un tournoi jamais atteint dans la jeune histoire des Tricolores.

Face à ces équipes professionnelles, la France rejouera la fable bien connue du Petit Poucet, avec à sa tête le gardien Djamel Haroun, au parcours emblématique d'une discipline restée confidentielle dans l'Hexagone.

Chargé de missions à la mairie de Roubaix, le capitaine (36 ans) "se tape 250 km en voiture" trois à quatre fois par semaine pour rallier son club de Garges-lès-Gonesse, en région parisienne, où il évolue en première division.

"La différence entre le professionnalisme et l'amateurisme, c'est qu'on s'entraîne de 20h à 22h" et pas en journée, raconte le Nordiste, défrayé en indemnités kilométriques par le club. "On bosse quasiment tous à côté, en dehors de trois ou quatre joueurs" qui vivent de leur sport, dit-il.

Pour le sélectionneur Pierre Jacky, c'est justement ce qui les rend "attachants". "Les mecs prennent des congés pour venir ici, c'est assez fabuleux. Ils ont un coeur gros comme ça, ils se battent comme des lions".

Vingtième mondiale, la France est devenue en 2018 la première nation amateure à se qualifier pour un Euro. Rebelote en 2020 pour le "tour Élite" qualificatif au Mondial, où elle espère titiller les gros. "Comme en Coupe de France: c'est un club de National 3 qui va rencontrer le PSG", résume le technicien.

- Joueurs encore "marginalisés" -

Le parallèle s'arrête cependant aux portes de Clairefontaine, le centre d'entraînement des équipes de France où les "futsaleurs" bénéficient des équipements haut de gamme pour leur stage de préparation. Avec, en prime, une installation surprise dans le célèbre "Château" des champions du monde de Didier Deschamps.

"Pour des joueurs encore marginalisés, dans leur statut notamment, c'est énorme", savoure le sélectionneur. "Quand le taxi nous a déposés, on lui a dit qu'il s'était trompé!", rigole Samir Alla, le seul Bleu évoluant en deuxième division.

Joueur à Hérouville-Saint-Clair, dans le Calvados, le Normand bascule à chaque rassemblement dans un autre monde. Gardien de gymnase, homme à tout faire dans son club ("je gère le club avec deux, trois personnes au quotidien"), chauffeur de car l'été, il retrouve dans les Yvelines un staff XXL: entraîneurs, kinés, médecin, analyste vidéo, responsable médias.

"Quand on arrive ici, on se sent comme des pros. C'est ce qui nous donne envie de continuer et c'est un kiff", apprécie l'international de 35 ans, premier témoin de la structuration de l'équipe de France.

- "Petits patelins" -

Depuis sa création en 1997, la sélection tricolore s'est affranchie d'une pratique balbutiante où des footballeurs sur herbe fournissaient le gros des troupes, du moins quand ils pouvaient venir.

"Il y avait à la fois la réticence du patron et celle de l'entraîneur de foot", se remémore Pierre Jacky, un sélectionneur qui parvenait "très rarement à avoir le même effectif".

International depuis près de 15 ans, Djamel Haroun pose un regard amusé sur ses premiers rassemblements. "On venait le lundi pour jouer le mardi!", après un voyage en avion suivi d'un trajet en car pour rejoindre "des petits patelins" le plus souvent.

Ceux qui ont essuyé les plâtres d'une sélection longtemps artisanale, en retirent maintenant une force et un état d'esprit qui, espèrent-ils, perdureront.

"Ces mecs-là viennent vraiment pour l'amour du maillot. Il n'y a rien derrière tout ça, en dehors de jouer pour le pays, la nation, les valeurs qu'incarne la France. C'est vraiment un honneur et une fierté", lâche le capitaine.

Samedi en ouverture du tour Élite (20h30), le gardien de Garges attendra l'Espagne, nation la plus titrée d'Europe, de pied ferme: "Ce groupe a tellement faim qu'on se met à rêver. Pas pour rêver, mais pour réaliser nos rêves, en toute modestie et humilité".

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