Tournoi: avec Sinckler, l'Angleterre exorcise ses démons japonais

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Paris (AFP)

Totalement K.O., le pilier anglais Kyle Sinckler avait laissé ses coéquipiers désarmés en finale de la Coupe du monde perdue face à l'Afrique du sud au Japon. Dimanche, il est de retour en France comme titulaire pour porter à nouveau le XV de la Rose dans le Tournoi des six nations.

Sinckler est peut-être le seul Anglais qui ne garde pas un mauvais souvenir du 2 novembre 2019. Pour cause, de ce match largement perdu 32-12 face aux Springboks, il ne se souvient de rien. Sorti, debout mais manifestement sonné, dès la 2e minute, il dira plus tard avoir mis "trois ou quatre semaines" à se remettre de ce "trou noir".

Tous les autres Anglais se rappellent très bien de la suite: sans celui que beaucoup considèrent être le meilleur pilier droit du monde, les hommes du sélectionneur Eddie Jones se désunissent et chutent au pied du mur sud-africain.

Pour instiller la "brutalité absolue" et "s'assurer que (les Français) comprennent bien ce qu'est le rugby", comme il l'a encore rappelé vendredi, l'Australien Jones comptera dimanche sur son dynamiteur en chef Sinckler, de retour d'une autre blessure au dos.

A Twickenham l'an passé lors de la lourde défaite des Bleus (44-8), le pilier droit avait d'ailleurs montré à ses vis-à-vis français qu'il respectait les consignes de son coach à la lettre. Arthur Iturria et son casque arraché s'en rappellent encore.

- "Bombe à retardement" -

Ce geste de nervosité avait valu au joueur des Harlequins le sobriquet de "bombe à retardement" de la part de l'ancien sélectionneur des Gallois Warren Gatland.

Mais il serait forcément réducteur de résumer Sinckler à 1,83 m et 113 kilos de brutalité: c'est surtout un pilier moderne, un avant dynamiteur, capable de dépasser les classiques basses besognes de ce poste par sa vivacité, son explosivité et même par sa qualité de passe.

Arrivé début janvier dans le staff anglais, le nouvel entraîneur des avants Matt Proudfoot, champion du monde comme sélectionneur adjoint des Springboks, a d'entrée placé Sinckler au centre de son projet.

"Je veux qu'il dise ce qu'il attend de moi pour qu'il devienne le meilleur au monde, a récemment confié Proudfoot à la presse anglaise. Comment puis-je faire de lui le meilleur au monde ? Qu'est-ce qu'il attend de moi ? A-t-il besoin d'un coup de pied au cul ? De quoi a-t-il besoin chaque jour ? Je n'arrêterai pas tant qu'il ne sera pas le meilleur du monde".

Au Stade de France, le joueur de 26 ans, qui a d'ores et déjà signé à Bristol pour la saison prochaine, aura une nouvelle occasion de prouver qu'il est le meilleur à son poste. Avec ses 31 sélections, il a en tout cas cumulé plus d'expérience internationale que l'ensemble de la première ligne tricolore (Mohamed Haouas 0 sélection, Julien Marchand 2 sélections, Cyril Baille 17 sélections).

Avec son alter-ego à gauche Joe Marler et Jamie George au talon, les Bleus sont prévenus: il y aura combat.

Un combat, c'est un peu comme cela que Sinckler présentait d'ailleurs l'an passé dans la presse son enfance dans la banlieue sud de Londres: "D'où je viens, beaucoup de choses se passent comme des agressions au couteau, des choses comme ça. (Les jeunes du coin) s'ennuient, ils n'ont rien à faire".

Petit, Sinckler consacrait lui beaucoup de temps au sport: rugby, football, cricket, haltérophilie ou kick-boxing, il était "toujours occupé" par cet exutoire. "Beaucoup d'enfants n'ont pas eu la chance" de s'en sortir grâce au rugby, assurait-il, reconnaissant envers sa mère qui l'a inscrit dans un club.

Sur l'appétence d'Eddie Jones pour le jeu dur ? "Vous pensez qu'Eddie est un sacré client ? Elle (ma mère) m'a remis en place".