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Inexorablement, l’armée syrienne poursuit sa reconquête de la province d'Idleb

L'armée syrienne dans la ville de Maaret al-Noomane, dans la province d'Idleb, le 30 janvier 2020.
L'armée syrienne dans la ville de Maaret al-Noomane, dans la province d'Idleb, le 30 janvier 2020. © Louai Beshara, AFP

Ces derniers jours, l’armée du président Bachar al-Assad a progressé en vue de reprendre le contrôle de la province d’Idleb. Ce dernier grand bastion du pays, dont le régime a fait de sa reconquête un enjeu essentiel, est dominé par des jihadistes et des factions rebelles.

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Inexorablement, depuis décembre, les troupes du président syrien Bachar al-Assad, appuyées par l'aviation de l’allié russe, ne cessent de progresser dans la province d'Idleb (nord-ouest). Malgré des trêves restées au final lettre morte, elles grignotent peu à peu cette portion du territoire qui échappe encore au contrôle de Damas depuis 2012, et dominé par les jihadistes de Hayat Tahrir al-Cham (HTS) – l'ex-branche syrienne d'Al-Qaïda.

Le prochain objectif de Damas est la localité de Saraqeb, située dans l’est de la province, et qui est presque entièrement désertée à la suite d’une violente campagne de bombardements. Hautement stratégique, Saraqeb est située à la jonction de deux grands axes routiers, dont l'autoroute M5, reliant Damas à Alep, grande métropole du nord, que le régime cherche à sécuriser, et une autre autoroute clé, la M4, reliant Alep à la ville côtière de Lattaquié, située en plein fief de la famille Assad.

Samedi 1er février, les troupes gouvernementales se trouvaient à moins de cinq kilomètres au sud de la ville, après avoir reculé en raison de combats nocturnes avec les rebelles, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

"Étouffer Idleb"

"Le régime syrien avance à pas de fourmis dans cette province, avec une stratégie qui consiste à étouffer Idleb par le sud, indique Wassim Nasr, journaliste à France 24 et spécialiste des mouvements jihadistes. Il ne s’agit pas d’une phase d’encerclement, puisque l’enclave est totalement ouverte sur la Turquie".

Au total, depuis le 24 janvier, l’armée syrienne a repris 30 localités dans le sud d'Idleb, selon l’OSDH. Le 29 janvier, les forces du régime ont notamment repris Maaret al-Noomane, la deuxième plus grande ville de cette province dont ils contrôlent désormais plus de 40 % de la surface.

L’armée syrienne poursuit sa reconquête de la province stratégique d'Idleb
L’armée syrienne poursuit sa reconquête de la province stratégique d'Idleb © France 24

 

"La prise de Maaret al-Noomane est d’une importance majeure pour le régime syrien, vu la situation géographique de cette ville par rapport à l’autoroute M5, stratégique elle aussi, souligne Wassim Nasr. En plus d’être l'un des poumons économiques de la province d'Idleb, elle a aussi une valeur symbolique très importante car elle fût l’une des premières villes à se soulever contre le régime syrien, mais également une des rares à tenir tête au HTS".

Sur le plan humanitaire, depuis début décembre, plus de 260 civils ont péri dans les bombardements dans la région, selon l’OSDH, tandis que 388 000 personnes ont été déplacées par les violences, d’après l'ONU, et dont la majorité a fui en direction du nord-ouest du pays.

La province, qui abrite également d'autres groupuscules jihadistes et diverses factions rebelles, compte près de trois millions d'habitants, dont la moitié sont des déplacés venus, avec l’accord de Damas, d'autres anciens bastions insurgés. "La situation dans le nord-ouest de la Syrie est désormais intenable pour les civils", a déploré vendredi Lorenzo Redalié, du Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

Un double discours turc ?

De leur côté, les insurgés ne contrôlent plus que le vaste secteur nord de la province, accolé directement à la frontière avec la Turquie voisine. Cette dernière, qui soutient et finance certains groupes rebelles, voit d'un mauvais œil la campagne de reconquête du régime alors que des postes d'observation militaires turcs se trouvent désormais dans des zones contrôlées par Damas. Le président turc Recep Tayyip Erdogan a dénoncé vendredi la "cruauté" du régime syrien envers son peuple, menaçant de recourir de nouveau "à la force militaire" en Syrie.

"Le but de Damas est de reprendre in fine le contrôle de la province, petit à petit, et malgré les discours officiels et les menaces, tout semble se faire en bonne intelligence entre Russes, Iraniens, Turcs et Syriens", indique Wassim Nasr.

Et d’ajouter : "On remarque d’ailleurs que les points d’observation turcs, qui se retrouvent depuis plusieurs mois dans des zones reprises par l’armée syrienne, sont toujours en place, c’est un indicateur de cette bonne intelligence. On peut également noter que l’armée turque a bloqué tous les accès depuis l’intérieur de la province vers Saraqeb".

Outre les jihadistes d’al-Qaïda, HTS est "le seul électron libre" dans la région, et "l’objectif commun des puissances impliquées dans le conflit syrien est de le contenir", rappelle Wassim Nasr.

"On voit d’ailleurs des factions pro-turques financées par Ankara revenir dans l’enclave d’Idleb, sous prétexte de la défendre face à l’avancée du régime. En réalité, cela va permettre aux Turcs de peser dans l’équation au sein même de l’enclave face à la toute-puissance de HTS, en évitant un conflit direct avec Damas", conclut-il.

 

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