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Jazz: le prestigieux label ECM a fêté ses 50 ans

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Paris (AFP)

En janvier 1970, ECM publie son premier disque: "Free at last" du pianiste américain de free jazz Mal Waldron. Cinq décennies plus tard, Manfred Eicher, son créateur, a fait du label munichois un acteur majeur du jazz contemporain.

"C'est un label assez prestigieux mais surtout, c'est un label avec un vrai producteur", souligne Louis Sclavis (clarinette basse), l'un des musiciens français de jazz et musiques improvisées ayant le plus enregistré chez ECM.

"Manfred Eicher n'est pas là que pour financer un disque, mais aussi pour en faire la production artistique", poursuit le Lyonnais, qui a publié en septembre "Characters on a wall", son treizième disque maison.

"Il est présent aux enregistrements, on discute sur la musique qu'on va faire, il intervient, donne des directions possibles pour les morceaux, la construction du disque. C'est vraiment un partenaire, un musicien à part entière dans le projet", décrit-il.

En jazz, rarement un label ne s'est autant identifié à son créateur, qui en est l'âme pensante.

"Je trouve que Manfred Eicher est un génie, un très très grand créateur", affirme sans hésiter Frédéric Goaty, directeur de la rédaction du mensuel français Jazz Magazine. "On peut créer de la musique en en jouant soi-même, mais aussi en mettant les bonnes personnes au bon moment ensemble dans le bon studio", poursuit-il.

- Près de 1300 disques studio -

Ce Munichois, contrebassiste et violoniste, a 26 ans lorsqu'il lance ECM (Editions of Contemporary Music).

"J'étais encore musicien, mais j'avais le sentiment que je pouvais faire plus pour la musique en tant que producteur, donc j'ai changé de côté", se souvient Manfred Eicher.

Avec un bel entêtement, il va construire un catalogue imposant, fort aujourd'hui de plus de 1.264 références studio, et faire d'ECM le label de jazz "le plus marquant de l'après-guerre avec Blue Note", selon Frédéric Goaty.

L'avant-garde du jazz européen y est abondamment représentée, avec les Norvégiens Jan Garbarek et Terje Rypdal, les Britanniques John Surman ou Andy Sheppard, les Italiens Enrico Rava et Gianluca Trovesi, le Polonais Tomasz Stanko, le Suisse Nik Bärtsch, l'Allemand Eberhard Weber, le Français François Couturier...

Manfred Eicher tend aussi l'oreille vers les nouvelles tendances du jazz outre-Atlantique, en signant des musiciens comme Keith Jarrett, Paul Bley, Charlie Haden, Path Metheny ou ceux de l'Art Ensemble of Chicago.

Il convainc également des musiciens d'autres horizons, comme le Tunisien Anouar Brahem, le Brésilien Egberto Gismonti ou l'Argentin Dino Saluzzi, suscite des rencontres, créé en 1984 le label satellite ECM New Series spécialisé dans la musique contemporaine...

- "le plus beau son après le silence" -

Manfred Eicher a aussi façonné un son, "le plus beau après le silence" selon sa formule devenue un slogan, et imposé une esthétique. "La recherche de la clarté et de la transparence en musique représente un aspect de mon travail depuis le début", confirme-t-il.

"Il essaie avec ce qu'on lui propose de faire ressortir SA vision", explique Louis Sclavis. "Il arrive à faire aller les musiciens vers une certaine esthétique", note Frédéric Goaty.

Cette fameuse esthétique ECM qu'elle est-elle ? Des musiques épurées, sans scories, un son assez lisse sans beaucoup de réverbération, pour une sorte de jazz de chambre. Au risque de la froideur disent ses détracteurs.

"J'essaye de créer une atmosphère cohérente", résume Manfred Eicher, qui a eu aussi l'idée de faire d'un disque ECM un objet immédiatement identifiable, grâce à une charte graphique bien précise.

Cinquante ans après l'apparition du label, le patron - même s'il lui arrive de déléguer - continue à 76 ans de produire et de diriger en studio. Dernier exemple: le jeune saxophoniste new-yorkais Oded Tzur, dont il publie le nouvel album.

"ECM restera pour toujours le label et l'aventure d'un homme", estime Frédéric Goaty. "ECM, c'est la personnalité de Manfred Eicher, point-barre", dit Louis Sclavis.

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