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Au procès Mediator, les "souffrances" et la "haine" de victimes

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Paris (AFP)

Elles ont subi de lourdes opérations ou vivent avec "l'angoisse" de tomber malades: des victimes du Mediator ont raconté lundi, au procès à Paris, de ce scandale sanitaire leurs "souffrances" mais aussi leur "haine" des laboratoires Servier.

Après plus de quatre mois de débats, c'est l'une des dernières fois que le tribunal correctionnel entend les victimes de ce médicament accusé d'avoir causé de graves lésions cardiaques.

Présenté comme un antidiabétique mais largement prescrit comme coupe-faim pendant les 33 ans de sa commercialisation, il est tenu pour responsable de centaines de décès.

Isabelle a pris du Mediator pendant "onze longues années", jusqu'à son retrait du marché en novembre 2009. Son médecin le lui avait présenté comme le "produit miracle" pour sa surcharge pondérale. "Je n'ai perdu aucun kilo", dit cette ex-guichetière de La Poste, très émue à la barre.

Elle qui avait un "coeur de sportif" sera opérée en 2007 pour un "double remplacement" des valves cardiaques, mais se verra encore prescrire du Mediator pendant deux ans.

A sa maladie se sont ajoutés un divorce, plusieurs dépressions, une cinquantaine d'arrêts de travail et un temps partiel aménagé avec perte de salaire. "C'est toute votre vie qui est foutue", lâche Isabelle.

Sophie est venue témoigner pour sa mère Danielle, décédée à 63 ans des suites d'une "double valvulopathie", après un "calvaire" de quatre ans. Elle ne mâche pas ses mots contre les laboratoires Servier, à qui elle reproche une "attitude vénale".

Et déplore les "propos indécents, injurieux" de l'ancien numéro deux du groupe pharmaceutique Jean-Philippe Seta, qui a évoqué devant le tribunal des "erreurs d'évaluation et d'appréciation". "Une marque de mépris supplémentaire", estime Sophie.

"Il y a tellement de haine et de souffrance", assure à sa suite Chantal, qui a pris du Mediator pendant deux ans "pour maigrir".

Comme elle, d'autres expriment leur "angoisse" de tomber gravement malades ou de mourir, ainsi que leur "méfiance" envers les médicaments et le corps médical.

- "Cobaye" des laboratoires Servier -

Le témoignage de Chantal Audu, 59 ans, est plus "atypique". Elle fait partie des quelque 400 participants à un essai clinique des laboratoires Servier demandé par les autorités sanitaires pour évaluer l'état cardiaque de patients ayant pris du Mediator.

Les résultats à l'automne 2009 de cette étude, baptisée Regulate, contribueront largement au retrait du médicament.

Quand éclate le scandale du Mediator, cette Landaise ne se sent pas "concernée", malgré l'inquiétude de son cardiologue.

En 2006, elle avait bien donné son consentement pour un "protocole à l'aveugle" pour traiter son diabète, sur les conseils de son généraliste, "un ami" avec qui elle partageait souvent "des plateaux de fruits de mer".

"Pour lui, cet essai c'était tout super", se remémore-t-elle. Jamais le nom du "Mediator" n'est évoqué, ni les risques encourus. Quand on lui diagnostique une insuffisance cardiaque en 2011, elle se bat "six mois" pour récupérer son dossier médical et constate, "surprise", que sa dernière échographie du coeur a tout simplement "disparu".

"Victime sans le savoir" du Mediator, Chantal Audu a "le sentiment d'avoir été un cobaye" des laboratoires Servier. Qui, affirme-t-elle, ne lui ont proposé "aucun suivi" après l'essai clinique.

Pour cette "tromperie", son avocat Jean-Christophe Coubris réclamera, comme pour les centaines d'autres victimes qu'il représente, un montant de 100.000 euros de dommages et intérêts.

Les laboratoires Servier comparaissent notamment pour "tromperie aggravée" et "homicides et blessures involontaires", une dernière qualification également retenue contre l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM, ex-Afssaps), poursuivie pour avoir tardé à suspendre le Mediator.

Quelque 2.600 personnes s'étaient constituées parties civiles avant l'ouverture du procès le 23 septembre. Un nombre susceptible d'évoluer jusqu'au réquisitoire du parquet, prévu le 22 avril.

Le tribunal entendra jeudi après-midi l'ancien ministre de la Santé Xavier Bertrand.

Il se penchera à partir de la mi-février sur les soupçons de conflits d'intérêts reprochés à d'anciens experts des autorités de santé.

Le procès doit s'achever le 30 avril.

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