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PORTRAIT

Caucus démocrates : Pete Buttigieg, la surprise venue du Midwest

Pete Buttigieg lors d'un meeting à Laconia, dans le New Hampshire, le 4 février 2020.
Pete Buttigieg lors d'un meeting à Laconia, dans le New Hampshire, le 4 février 2020. © Brendan McDermid, Reuters

Pete Buttigieg a créé la sensation en s'offrant une courte avance en tête des caucus démocrates de l'Iowa, selon les premiers résultats encore partiels. L'ancien maire de South Bend, dans l'Indiana, est devenu un candidat incontournable dans la course à la Maison Blanche. Portrait.

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Jeune, technocrate, ouvertement homosexuel, Pete Buttigieg est passé rapidement de l’ombre à la lumière. À 38 ans, il est, contre toute attente, en pôle position dans la primaire démocrate de l'Iowa, avec une courte avance sur Bernie Sanders, selon des résultats partiels.

Son nom de famille est réputé imprononçable, mais les Américains vont devoir s’y habituer. Pete Buttigieg ("Boud-edgèdge", selon le principal intéressé) est désormais un outsider crédible face à ses rivaux démocrates, parmi lesquels l'ancien vice-président Joe Biden, qui a longtemps caracolé en tête des sondages, et le sénateur Bernie Sanders, grand espoir de l'aile gauche du parti.

En campagne dans le New Hampshire, qui votera le 11 février, il a célébré une "victoire stupéfiante" dans l’Iowa, soulignant qu'il était parti de presque zéro l'an dernier, avec "quatre salariés, aucune notoriété, pas d'argent, seulement une belle idée".

Visiblement ému, ce premier candidat ouvertement gay à se placer ainsi pour l'investiture d'un grand parti américain, a fait référence à son histoire personnelle. Ce résultat "prouve que, pour un enfant quelque part qui se demande s'il ou elle ou 'iel' a bien sa place parmi sa propre famille, si vous croyez en vous-même ou en votre pays, alors votre conviction s'en trouvera renforcée", a-t-il expliqué, utilisant en anglais le pronom neutre "they", qui peut se traduire en français par "iel", contraction de "il" et "elle".


Un polyglotte passé par Harvard et Oxford

Il y a encore un an, celui que beaucoup appellent "Mayor Pete", maire pendant huit ans de la petite ville de South Bend, dans l'Indiana, était encore un inconnu. Son premier coup d'éclat remonte au 10 mars 2019, lors d'une réunion publique organisée par CNN. Chemise blanche, cravate colorée : l'homme avait surpris l'audience par son style décontracté, son côté terre-à-terre, son esprit vif et sa fraîcheur. Sa performance fut tellement convaincante qu'il avait déjà réussi à lever 600 000 dollars de la part de 22 000 donateurs 24 heures seulement après l'émission.

Depuis, il n’a cessé d’intriguer les médias à coups de meetings et d'interventions remarquées. Excellent orateur, il s'est démarqué par son ton calme et confiant et sa bonne connaissance des dossiers, même les plus sensibles.

"Il est partout, il est authentique, intéressant et inattendu dans son message – ce qui en fait à la fois le chouchou des médias et une source de curiosité pour les électeurs", avait ainsi résumé la stratège démocrate Christy Setzer au site politique The Hill.

Son profil érudit plaît beaucoup aux progressistes. Ses deux parents étaient des universitaires. Son père, arrivé de Malte dans les années 1970, était le traducteur du théoricien marxiste italien Antonio Gramsci. Sa mère était linguiste. Lui-même est diplômé de Harvard avec les félicitations du jury. Il est aussi passé par Oxford après avoir remporté la prestigieuse bourse Rhodes, attribué seulement à 32 étudiants chaque année aux États-Unis.

Pete Buttigieg parle sept langues, dont le français, et a appris le norvégien tout seul. Et comme cela ne suffisait pas, il joue aussi du piano et de la guitare. De quoi lui coller une étiquette "d'intello", ce qui ne réussit pas toujours aux candidats à la présidence.

Son programme est plutôt progressiste : il soutient une réforme sur les armes à feu, veut agir contre le changement climatique et pour les droits des personnes transgenres. Il soutient aussi l'idée d'une assurance santé publique universelle, souhaite abolir le collège électoral et réformer la Cour suprême. Sa grande idée est la "justice entre générations" : selon lui, la jeune génération est victime de la vision à court terme des anciens sur le climat et l'économie.

La carte du Midwest

Pourtant, "ses racines du Midwest peuvent l'aider" à convaincre au-delà du champ démocrate, parie Constance Mixon, politologue à l'Elmhurst College de Chicago et spécialiste de la polarisation de la vie politique américaine, interrogée par France 24 en avril 2019. "Pete Buttigieg [était, jusqu’au 1er janvier 2020, NDLR] le maire d'une ville post-industrielle dans un État [l'Indiana] remporté par Barack Obama en 2008 et Donald Trump en 2016. Il peut attirer les électeurs qui se sentent délaissés par les politiciens nationaux et par une économie mondialisée", ajoute la chercheuse, qui le considère comme un potentiel "antidote à Trump".

Pete Buttigieg est aussi un vétéran de la Navy respecté, qui a servi sept mois en Afghanistan. Peut-être est-ce ce qui lui vaut la sympathie inattendue d'une partie des républicains. Le commentateur conservateur Ben Shapiro l'a ainsi qualifié de "sympa et rafraîchissant", saluant auprès du site Politico sa volonté de s'adresser à ceux qui ne sont pas de son bord politique. Le républicain Newt Gingrich, lui, a mis en garde contre "l'outsider inconnu qui monte grâce à son authenticité".

Un démocrate qui prend la religion au sérieux

Sur la religion, dont il parle sans complexe, la relation avec les conservateurs est plus compliquée. Pete Buttigieg accuse les évangéliques d'être des moralisateurs "hypocrites", puisqu'ils utilisent leur foi pour justifier leur vote pour Donald Trump et sa politique anti-immigration. Pour Pete Buttigieg, les Évangiles incitent au contraire à "protéger l'étranger, le prisonnier, le pauvre". "En résumé, Buttigieg dit aux démocrates qu'ils ne devraient rien lâcher aux républicains sur le thème de la foi et des valeurs", écrit l'éditorialiste Jennifer Rubin dans le Washington Post.

Le fait qu'il soit d'obédience épiscopale, une branche modérée du protestantisme, gène certains commentateurs évangéliques. "Si Buttigieg pense que les évangéliques devraient le soutenir lui plutôt que Trump, il ne comprend fondamentalement pas les racines de la chrétienté", a ainsi tweeté le commentateur conservateur Erick Erickson.

Pour finir de repousser les plus intolérants, Pete Buttigieg est ouvertement homosexuel. Il a fait son coming-out dans une tribune publiée en 2015. "J'aimerais que tous les Mike Pence du monde puissent comprendre que si vous avez un problème avec ce que je suis, votre problème n'est pas avec moi. Votre querelle, monsieur, est avec mon créateur", avait-il lancé en avril 2019, en référence à l'homophobie notoire du vice-président américain.

"Il y a dix ans, un maire ouvertement gay d'une petite ville du Midwest n'aurait pas été pris au sérieux s'il avait annoncé sa candidature à la Maison Blanche, relève Constance Mixon. Le fait qu'il fasse partie des concurrents aujourd'hui est la preuve d'un changement d'époque et de démographie aux États-Unis."

L'orientation sexuelle de Pete Buttigieg, qui s'est affiché dès le début de la compétition aux côtés de son mari Chasten Glezman, semble ainsi avoir relativement peu d'impact sur le choix des électeurs. Même si dans une vidéo diffusée sur Twitter, une électrice de l’Iowa a demandé à changer son vote en faveur de Pete Buttigieg après avoir appris que le candidat démocrate était homosexuel.

Le jeune politicien va devoir maintenant transformer l’essai. Traduire sa victoire dans l'Iowa en un succès électoral plus large n’est pas une mince tâche.  Malgré sa capacité impressionnante à lever des fonds, les sondages nationaux ne le placent en effet qu'en cinquième position. La faute à un déficit de notoriété comparé à des candidats plus établis. "Mayor Pete" souffre, par ailleurs, d'un soutien très faible chez les électeurs noirs, un électorat clé pour les démocrates.
 

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