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En Espagne, les agriculteurs se rebellent pour des "prix équitables"

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Fuenlabrada (Espagne) (AFP)

Excédé de vendre ses choux 25 centimes d'euro, Mariano Gonzalez a manifesté mercredi à Madrid contre la domination de la distribution. "Les prix ne sont pas équitables", dit-il, à l'unisson des agriculteurs espagnols mobilisés depuis une semaine.

A 20 kilomètres au sud de Madrid, ce maraîcher de 38 ans manie la faucille en plein champ pour récolter des choux, avec l'aide de son père de 73 ans qui porte le même prénom.

Ici, à la lisière de la ville industrielle de Fuenlabrada, on cultive depuis des décennies la bette (ou blette), le chou ou le chou-fleur.

Mais rien ne va plus, dit Mariano "Junior", car la rentabilité est trop faible.

Les agriculteurs "qui restent sont sur le point de partir à la retraite, les rares jeunes comme moi gagnent peu et les prix pratiqués t'enlèvent l'envie de travailler", dit cet affilié à l'Union des petits agriculteurs (UPA).

"Très souvent", renchérit son père, "ça ne vaut même pas la peine de ramasser" les choux, achetés "20-25 centimes le kilo" au producteur alors que "le juste prix serait le double" et que dans un supermarché de Fuenlabrada, un seul petit chou se vend 1,50 euro.

Selon des données de l'UPA, le blé - à 179 euros la tonne - est payé moins cher au producteur qu'il y a 20 ans, et le kilo de pommes de terre, payé 15 centimes à l'agriculteur, passe à 1,20 euro en grande surface.

Alors mardi, devant la mairie de Fuenlabrada et le supermarché adjacent, les agriculteurs ont fait rugir une quinzaine de tracteurs. Angel Gonzalez Romeral, agriculteur de 64 ans à la barbe blanche bien taillée, réclamait un "prix de base" pour chaque produit.

Sinon, argumentait-il, "les exploitations familiales finiront toutes par disparaître, seules resteront les exploitations qui sont en réalité des plateformes industrielles, comme dans la zone d'Almeria", immense étendue de serres en Andalousie dont la production est exportée dans toute l'Europe.

- "Pratiques abusives" -

Les trois principaux syndicats agricoles du pays - UPA, COAG et ASAJA - ont lancé fin janvier une mobilisation unitaire exceptionnelle et les manifestations se sont multipliées, dans différentes régions: Galice, Aragon, Pays basque, Estrémadure, Rioja, Andalousie, Castille-et-Léon...

"Le déséquilibre de la chaîne agroalimentaire fait que la grande distribution et les industriels sont peu nombreux et puissants face à des agriculteurs nombreux et faibles", ont écrit les trois syndicats, dénonçant "des pratiques commerciales abusives et déloyales".

Mercredi, des centaines d'agriculteurs ont sifflé ou agité des cloches sous les fenêtres du ministère de l'Agriculture à Madrid.

A 74 ans, Pedro Lopez avait parcouru 300 km en voiture pour venir de Jaen en Andalousie, où il possède 3.000 oliviers. "Avec les prix de misère, 0,27 euro le kilo, cela coûte plus cher de récolter les olives que de les laisser sur l'arbre", assurait-il.

Un malaise des campagnes que tentait de récupérer le parti d'extrême droite Vox. Mais quand son dirigeant Santiago Abascal a surgi dans la manifestation, de nombreux agriculteurs lui ont crié "dehors".

Le plus grand syndicat agricole, Asaja, classé à droite, a assuré que la nouvelle augmentation du salaire minimum interprofessionnel (SMI) annoncée par le gouvernement du socialiste Pedro Sanchez pour 2020, après le bond de 22% de 2019, était "la goutte qui fait déborder le vase".

Un argument rejeté notamment par le syndicat UPA, classé à gauche. "Nous ne blâmons pas le SMI mais les prix bas", dit à l'AFP son secrétaire général, Lorenzo Ramos, qui tempête contre les distributeurs qui, sans même voir le produit, "contrôlent le marché" des fruits et légumes, "avec un simple téléphone portable".

Le gouvernement espagnol s'est empressé de lancer dès lundi un dialogue avec les agriculteurs.

"L'immense classe moyenne de l'agriculture et de l'élevage espagnol a besoin du soutien des prix et de la PAC (politique agricole commune de l'Union européenne, ndlr) pour survivre", a dit mercredi le ministre de l'Agriculture Luis Planas.

Son ministère promet des "actions de soutien aux secteurs les plus affectés", comme ceux des fruits et légumes et de l'huile d'olive, dont l'Espagne est le premier producteur mondial.

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