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Violences sexuelles: le sport français au banc des accusés

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Paris (AFP)

Le patron du patinage français sommé de démissionner, le président du SCO d'Angers inculpé: la parole se libère et la justice trace sa voie dans le monde du sport, touché par les cas de violences sexuelles.

Les cas sont bien sûr différents, et les faits datent d'époques différentes, mais les journées de mardi et mercredi pourraient faire date.

Depuis une semaine, le patinage français se trouve dans la tourmente, depuis les révélations de l'ancienne championne Sarah Abitbol, qui a accusé de viol Gilles Beyer, son ancien entraîneur dans les années 90, alors qu'elle était encore mineure, âgée de 15 à 17 ans.

Au centre de l'onde de choc: le président de la fédération française des sports de glace (FFSG) Didier Gailhaguet, en poste depuis 1998 à l'exception des trois années de 2004 à 2007.

Il s'est défendu bec et ongles mercredi, ciblant Roxana Maracineanu, la ministre des Sports traitée de "moralisatrice", qui lui a demandé de démissionner.

Didier Gailhaguet estime n'avoir rien à se reprocher dans sa gestion du cas Gilles Beyer, qui a continué à évoluer dans le microcosme du patinage jusqu'à ces derniers jours, alors que les premières alertes datent du début des années 2000.

Même si les faits dénoncés dans le livre de Sarah Abitbol, "Un si long silence" (Plon), paraissent prescrits car ils remontent aux années 1990 à 1992, le parquet de Paris a annoncé mardi l'ouverture d'une enquête pour viols et agressions sexuelles sur mineurs par personne ayant autorité sur la victime.

- Chantier "colossal" -

Mercredi matin, c'est dans le sport majeur, le football, que la justice a fait son travail, avec dans un premier temps le placement en garde à vue de Saïd Chabane, président du club d'Angers en première division, puis sa mise en examen pour "agressions sexuelles aggravées", à la suite de quatre plaintes de salariées ou ex-salariées du club.

Les quatre plaignantes, parmi lesquelles une hôtesse, une secrétaire et une chargée de clientèle, avaient entre 20 et 25 ans au moment des faits, qui s'étalent de 2014 à 2019. Le procureur de la République d'Angers, Eric Bouillard a évoqué des "caresses très appuyées sur les parties intimes". "On n'a pas affaire à des viols", a-t-il dit.

"La honte est en train de changer de camp (...) mais le chantier est colossal", résumait la semaine passée l'ancien joueur de rugby Sébastien Boueilh, dont l'association, Colosse aux pieds d'argile, agit dans les clubs et les écoles.

"Le déni auquel on était confronté il y a dix ans n'est plus possible", ajoutait Philippe Liotard, sociologue à l'université Lyon-1 et membre du Laboratoire sur les vulnérabilités et l'innovation dans le sport (L-Vis).

La parole, de fait, semble se libérer.

En novembre 2017, les acteurs de terrain étaient restés interloqués devant le tableau positif dressé par Laura Flessel, alors ministre des Sports, qui assurait qu'"il n'y a pas d'omerta dans le sport".

Directeur de la Fédération française des clubs omnisports (FFCO), Denis Lafoux soulignait au contraire la semaine passée que si les sollicitations des clubs sont rares, c'est plutôt le signe que "le tabou est toujours d'actualité".

"Sur le terrain, on se rend compte que la perception de la violence peut être très différente d'une personne à une autre. Ce qui montre qu'il y a un gros travail de sensibilisation à mener", expliquait-il.

Un an après l'interview de Laura Flessel, Roxana Maracineanu, qui lui a succédé au ministère des Sports, avait pris son contre-pied, en utilisant le mot d'omerta à dessein et en reconnaissant les risques spécifiques au sport.

Ces deux affaires, dans le patinage et dans le football, obligent en tout cas le monde du sport à regarder la vérité en face, et à ouvrir ses vestiaires à la justice.

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