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Hôpital: à leur tour, 80 médecins-chefs de Seine-Saint-Denis démissionnent

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Saint-Denis (AFP)

Ils disent "ne plus vouloir être complices de la gestion de la misère": 80 médecins-chefs hospitaliers de Seine-Saint-Denis ont démissionné jeudi, portant à plus de 600 en France le nombre de praticiens ayant renoncé à leurs fonctions administratives et d'encadrement.

Manque de tout, soignants sous-payés et à bout, patients mal voire pas pris en charge: lors d'une conférence de presse à Saint-Denis, cinq chefs de service membres du Collectif Inter-Hôpitaux (CIH) ont brossé un tableau apocalyptique de la situation dans ce département, le plus pauvre de métropole, qui devrait à leur yeux "constituer une zone sanitaire prioritaire".

En pleine vague de démissions, la ministre de la Santé Agnès Buzyn a indiqué mercredi qu'elle recevrait leurs représentants "mi-mars", après le versement de nouvelles primes, pour "voir s'il y a d'autres mesures nécessaires". Mais pour les médecins de Seine-Saint-Denis, qui réclament désormais d'être reçus par le Premier ministre ou le président, il s'agit de "mesurettes totalement déconnectées des besoins".

"Les soignants ne sont pas assez nombreux car les métiers ne sont plus attractifs. Comment une infirmière qui a Bac+3, travaille un week-end sur deux et en horaires décalés, passe son temps à absorber une misère sociale peut-elle être payée seulement 1,2 Smic? Même en Pologne et en Slovaquie elles sont mieux payées!", s'est indigné le Dr Yacine Tandjaoui-Lambiotte, praticien en réanimation à l'hôpital Avicenne à Bobigny.

"On tient nos patients à bout de bras mais nos bras vont flancher. Il faut perfuser de l'argent à l'hôpital public. Beaucoup d'argent", a-t-il dit.

"Plus rien ne tient, ça n'a plus aucun sens ce qu'on fait. C'est comme si on avait un torchon qui craquait et qu'on raccommodait dans tous les sens", a de son côté estimé le Dr Noël Pommepuy, pédopsychiatre à l'hôpital psychiatrique Ville-Evrard à Neuilly-sur-Marne, le deuxième plus important de France.

Il a ainsi expliqué comment le manque de personnel conduisait à avoir recours à la contention et à l'isolement des malades, "une honte pour les équipes". Et a prioriser les patients : "Quand on reçoit trois enfants, on n'a le traitement que pour un seul."

"Nous sommes physiquement et psychologiquement épuisés, nous avons l'impression de faire mal, trop vite, il y a une perte de sens de notre travail. On va dans le mur", a enchaîné le Dr Joëlle Laugier, de l'hôpital Delafontaine à Saint-Denis.

Une nouvelle journée de grève et de manifestation est pourtant prévue le 14 février, à l'appel CIH, du Collectif Inter-Urgences et de tous les syndicats de la fonction publique hospitalière.

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