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La Bulgarie modifie sa législation pour s'acheminer vers l'euro

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Sofia (AFP)

La Bulgarie s'est mise jeudi en ordre de marche pour adhérer au mécanisme européen de parité, tremplin pour une intégration à la zone euro, encore lointaine mais dont le processus agite déjà le pays le plus pauvre de l'UE.

Le Parlement bulgare a adopté un amendement législatif en vertu duquel le taux de la devise nationale sera désormais décidé avec les pays de la zone euro et la BCE. Il était jusqu'alors fixé par la Banque centrale nationale, inscrit dans la loi et inchangé depuis 1999.

"Ce texte incontournable lève le dernier obstacle formel à l'entrée, espérée fin avril, dans +l'antichambre+ de l'euro", selon l'économiste Petar Ganev, de l'Institut d'économie du marché à Sofia.

La Bulgarie souhaite intégrer l'union bancaire et le mécanisme de taux de change (ERM II), c'est-à-dire le cadre de régulation bancaire de la zone euro et le système de parité fixe dans lequel un Etat doit rester au moins deux ans avant d'adopter la monnaie unique.

Pour le gouvernement conservateur au pouvoir à Sofia, la cause est entendue et l'entrée dans le mécanisme aura lieu en avril puisque l'état des banques et des finances du pays a été évalué par la BCE.

Alors que la Bulgarie a maintenu sa devise, le lev, adossée à l'euro depuis 1999, à un cours fixe, le mécanisme ERM II, dit "l'antichambre de l'euro", prévoit que la monnaie du pays candidat puisse fluctuer dans une fourchette de plus ou moins 15%.

Cette éventuelle fluctuation du lev et des interprétations contradictoires de la nouvelle loi ont alimenté ces derniers jours nombre de rumeurs et des messages de panique sur les réseaux sociaux en Bulgarie.

Les Bulgares restent marqués par le souvenir d'une grave crise économique en 1996-97 accompagnée de la faillite de 14 banques et d'une hyperinflation dépassant 300%.

La Bulgarie a alors établi, sous pression du FMI, un mécanisme d'austérité - le directoire financier (currency board) - introduisant un cours fixe, qui a stoppé l'inflation et maintient une dette publique parmi les plus basses de l'UE (19,9% du PIB à la fin 2019). Même la faillite, en 2015, de la quatrième banque du pays n'a pas ébranlé ce cours fixe, ni le système bancaire.

- Performante mais corrompue -

La banque centrale bulgare a informé la BCE que le directoire financier (currency board) sera maintenu jusqu'à l'adoption de l'euro.

Afin de rassurer, une résolution a été adoptée la semaine dernière stipulant que le taux de change au sein du mécanisme ERM II demeurera au taux actuel, soit 1,95583 lev pour un euro.

Mais l'ex-ministre des Finances Hristina Voutcheva n'exclut pas que certains veuillent "semer la panique au profit de ceux qui ont intérêt à une dévaluation" pour réduire leur dette.

L'actuel ministre des Finances, Vladislav Goranov, a même mis en cause l'action de "forces pro-russes" pour répandre les rumeurs et nourrir la défiance vis-à-vis de l'UE.

"Je n'ai aucune confiance dans le pouvoir. Nous nous réveillerons un jour avec un lev dévalué. Certains auront fait de l'argent alors que nous retrouverons nos économies réduites de moitié", a déclaré à l'AFP Ivan Gueorguiev, un médecin de Pleven (nord). Comme d'autres, il compte convertir son épargne en euros. Une collecte nationale de signatures pour un référendum pour ou contre l'euro a même été lancée.

Les responsables gouvernementaux et bancaires se sont relayés dans les médias pour apaiser les esprits.

"L'antichambre de l'euro est une garantie pour notre système bancaire", a affirmé jeudi le Premier ministre, Boïko Borissov.

Dix-neuvième Etat à avoir rejoint la zone euro le 1er janvier 2015, et le dernier en date, la Lituanie avait passé dix ans dans le mécanisme de taux de change européen. La patronne du Fonds monétaire international (FMI), la Bulgare Kristalina Georgieva, a récemment estimé qu'une adhésion de la Bulgarie à la zone euro dès 2023 était envisageable.

Devenue membre de l'UE en 2007, la Bulgarie, qui compte un peu plus de 7 million d'habitants, affiche des indicateurs macroéconomiques qui la qualifient pour la monnaie unique mais est affligée d'un taux de corruption élevé qui inquiète nombre d'experts, notamment après les déboires de la Grèce.

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