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Irlande : de paria à favori, le parti pro-réunification Sinn Fein bientôt incontournable ?

La présidente du Sinn Fein, Mary Lou McDonald (au centre) pourrait permettre au parti pro-réunification de remporter les élections.
La présidente du Sinn Fein, Mary Lou McDonald (au centre) pourrait permettre au parti pro-réunification de remporter les élections. © Paul Faith, AFP

Les Irlandais votent, samedi, pour des élections législatives qui pourraient s'avérer fatales au Premier ministre, Leo Varadkar. Longtemps jugé infréquentable en raison de ses liens passés avec l'IRA, le parti de gauche pro-réunification Sinn Fein devrait arriver en tête sans pour autant pouvoir gouverner.

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Plus de 3,4 millions d'Irlandais sont appelés aux urnes, samedi 8 février, pour des élections législatives anticipées. Le Fine Gael, au pouvoir depuis neuf ans, et le Premier ministre Leo Varadkar, arrivé aux manettes en 2016, peinent à convaincre l'électorat. Un contexte qui profite à l'autre parti de centre-droit, le Fianna Fail, mais surtout au Sinn Fein, le parti de gauche qui milite pour la réunification des deux Irlande.

Sous domination britannique, l'Irlande a obtenu son indépendance en 1921 mais la province du Nord – 17 % de l'île – est restée un territoire britannique. En ont découlé trois décennies sanglantes qui ont marqué la seconde moitié du XXe siècle, appelées les "Troubles" en Irlande du Nord. Les républicains, majoritairement catholiques et partisans de la réunification de l'Irlande, se sont opposés aux loyalistes protestants, défenseurs du maintien sous la couronne britannique, faisant 3 500 morts.

Un changement d'image

À moins d'une semaine du scrutin, le 3 février, un sondage a placé pour la première fois le Sinn Fein en tête. Selon cette étude Ipsos MRBI publié dans le quotidien Irish Times, le parti pro-réunification obtiendrait 25 % des intentions de vote et se placerait ainsi devant les deux grands partis centristes du pays qui gouvernent ensemble au sein d'une coalition, le Fianna Fail (23 %) et le Fine Gael (20 %). La marge d'erreur est estimée à plus ou moins 2,8 %.

Signe du renversement de tendance, la dirigeante du parti, Mary Lou McDonald, a été autorisée à prendre part au débat, mardi 4 février, à la télévision publique RTE. Seul parti présent aussi bien en République d'Irlande qu'en Irlande du Nord, le Sinn Fein récolte les fruits de sa stratégie de ses dernières années, notamment le départ de Gerry Adams de la tête du parti en 2018.

Seul dirigeant du Sinn Fein entre 1963 et 2018, Gerry Adams était l'incarnation de l'histoire du Sinn Fein et de ses controverses. Ses liens présumés avec le groupe terroriste de l'IRA – il a toujours farouchement nié en avoir fait partie – ont longtemps constitué un repoussoir pour les électeurs.

L'arrivée de Mary Lou McDonald, devenue membre du Sinn Fein qu'après les accords de paix ayant mis fin aux "Troubles", a permis d'élargir le socle électoral du parti en insistant davantage sur ses autres combats en dehors de la réunification : la justice sociale, l'égalité; le droit des femmes, l'accès aux logements… Le Sinn Fein parvient à séduire les jeunes urbains pour qui les "Troubles" représentent un passé lointain.

>> À lire aussi : Mary Lou McDonald à la tête du Sinn Fein, c'est surtout un numéro d'image

Des chances réduites d'accéder au pouvoir

Malgré les sondages favorables, les chances du Sinn Fein d'accéder au pouvoir à l'issue des élections restent cependant réduites. Le parti ne présente que 42 candidats, pour 160 sièges à pourvoir au Dail Eireann, la chambre basse du Parlement irlandais.

De plus, Fianna Fail comme Fine Gael excluent toute alliance avec le Sinn Fein, au nom de ses liens passés avec l'IRA.

Comme le rappellent nos confrères de RFI, la tâche du Sinn Fein pourrait être également compliquée par le système de vote particulier adopté par l'Irlande : les électeurs classent les candidats à la députation par ordre de préférence. Pendant le dépouillement, les bulletins sont répartis  en fonction des premiers choix. Puis, est éliminé celui qui a le moins de voix. Ses bulletins sont repris et répartis en fonction de leur deuxième choix et ainsi de suite.

Or, ce mode de vote reste peu favorable à une percée d'un Sinn Fein toujours polarisant. L'Irish Times rappelle que, selon leur sondage, le Fianna Fail reste le parti que les électeurs aimeraient le plus voir dans un gouvernement de coalition tandis que le Sinn Fein est le parti que le plus grand nombre d'électeurs refuse de voir gouverner. Le parti risque donc de ne pas bénéficier de report de voix.

Quel rôle pour le Sinn Fein ?

Si les autres formations dominantes refusent une coalition avec le Sinn Fein, ce dernier se tient tout de même prêt. Il a conditionné son éventuelle participation à l'organisation d'un référendum sur l'unité irlandaise. Un scrutin qu'ils veulent voir arriver dans les cinq ans.

En cas de victoire, samedi, et grâce à ses nombreux représentants dans les instances décentralisées, le Sinn Fein pourrait devenir le plus grand parti politique irlandais, renforçant les arguments en faveur de l'unité.

"Pour la première fois, je pense que la République d'Irlande pourrait sérieusement exercer une pression en faveur d'une Irlande réunifiée", estime Jon Tonge, professeur de politique à l'Université de Liverpool, interrogé par l'AFP. "Ce n'est pas une histoire qui va s'en aller comme ça", dit-il.

La question d'une réunification de la République d'Irlande, membre de l'Union européenne, et de l'Irlande du Nord est revenue avec force dans l'actualité avec le Brexit, qui a uni les Irlandais contre lui. La perspective d'un éventuel retour à une frontière "dure" entre les deux Irlande et le spectre d'un retour des "Troubles" a renforcé la volonté d'un referendum sur la réunification, prévue par les accords de paix.

Selon le sondage de l'Irish Times, au sud de la frontière, quatre Irlandais sur cinq veulent que l'île soit réunie sous la bannière d'une seule nation. En septembre 2019, pour la première fois de l'histoire en Irlande du Nord, une enquête d'opinion donnait une majorité d'opinion favorable à la réunification.

Avec AFP

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