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Le cinéma brésilien, flamboyant mais vulnérable sous Bolsonaro

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Rio de Janeiro (AFP)

Des films primés à Cannes, d'autres nominés aux Oscars ou à la Berlinale... Le cinéma brésilien jouit d'une belle reconnaissance à l'international, malgré les obstacles dressés par le gouvernement ultraconservateur de Jair Bolsonaro.

Réalisateurs, producteurs et autres professionnels de l'audiovisuel ont une crainte: que les entraves que souhaite imposer le président d'extrême droite aux subventions ne menacent un secteur essentiel pour l'image du pays, et qui emploie environ 300.000 personnes.

"Nous vivons une période faste, avec des productions plus commerciales qui cartonnent et des films d'auteur qui remportent un grand succès dans les festivals", explique à l'AFP Caetano Gotardo, coréalisateur de "Tous les morts", long-métrage qui fait partie de la sélection officielle du Festival de Berlin.

"Mais c'est également un moment de doute sur la continuité de notre production nationale", poursuit-il.

Cette coproduction franco-brésilienne, qui relate les relations entre une famille blanche et une autre noire juste après l'abolition de l'esclavage à la fin du XIXe siècle, est en lice pour l'Ours d'or à la Berlinale.

"Bacurau", de Kleber Mendonça Filho, prix du Jury au dernier festival de Cannes, et "La Vie invisible d'Euridice Gusmao", de Karim Ainouz, lauréat du prix Un certain regard, ont également montré toute la vitalité du cinéma brésilien.

- "Autres priorités" -

Mais aucun de ces succès internationaux n'a été célébré par le président Bolsonaro, arrivé au pouvoir en janvier 2019 en promettant de mener une "guerre culturelle" contre les "arts de gauche".

Lundi, le secrétariat à la Communication de la présidence a fustigé sur les réseaux sociaux "Une démocratie en danger", en lice pour l'Oscar du meilleur documentaire. Il a accusé sa réalisatrice Petra Costa de "diffamer" son pays.

Son film relate d'un point de vue personnel la destitution en 2016 de la présidente de gauche Dilma Rousseff, montrant comment cet événement a favorisé selon elle l'ascension de l'extrême droite au Brésil.

Jair Bolsonaro avait déjà qualifié le documentaire de "fiction" et de "travail de cochon".

Peu après son élection, l'ancien parachutiste avait annoncé la couleur en supprimant tout bonnement le ministère de la Culture, relégué au simple rang de secrétariat, sous la tutelle du ministère de la Citoyenneté, puis du Tourisme.

L'effet Bolsonaro, c'est aussi de fortes réductions des contrats de parrainage d'entreprises publiques comme Petrobras aux activités culturelles, qui ont notamment affecté de nombreux festivals de cinéma.

Le président brésilien a affirmé que l'Etat avait "d'autres priorités" que de subventionner la culture.

Jair Bolsonaro a même menacé de fermer l'Agence nationale du cinéma (Ancine), à laquelle il a demandé de mettre en place des "filtres" pour évaluer le type de production qui auraient droit à des financements publics.

Le Fonds sectoriel de l'audiovisuel (FSA) géré par l'Ancine a vu son budget 2020 amputé de 40%.

- "Censure au préalable" -

"La culture au Brésil vit sans doute son moment le plus agité", déclare à l'AFP Luiz Carlos Barreto, producteur historique du "Cinema novo", la nouvelle vague brésilienne.

Pendant la dictature militaire (1964-1985), ses productions avaient été touchées de plein fouet par la censure.

À 91 ans, il estime que le gouvernement actuel utilise une "nouvelle stratégie", avec une "censure au préalable" qui étouffe les projets dans l'oeuf en les privant de financement public.

C'est notamment le cas d'oeuvres sur la thématique LGBT.

Luiz Carlos Barreto s'insurge également contre le fait que le gouvernement Bolsonaro considère la culture comme un simple élément "décoratif" et non une industrie lucrative et créatrice d'emplois.

"Il faut lutter pour que la culture soit considérée comme un pilier de notre économie", renchérit Ilda Santiago, directrice du Festival de cinéma de Rio, qui a failli annuler sa dernière édition en raison d'une réduction drastique du financement de Petrobras.

Autre source de préoccupation et d'incertitudes: la valse des secrétaires à la Culture, la plus haute fonction du secteur en l'absence d'un ministère. Quatre sont déjà passés à la trappe en un peu plus d'un an.

Le dernier en date, Roberto Alvim, avait causé un énorme scandale avec un discours directement inspiré de propos de Joseph Goebbels, paraphrasant notamment des passages sur l'art "héroïque et national".

Il sera remplacé par Regina Duarte, célèbre actrice de telenovelas qui a promis de "pacifier" la relation entre milieux culturels et gouvernement.

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