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Violences sexuelles dans le sport : les chantiers à venir

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Paris (AFP)

Quel avenir pour la Fédération française des sports de glace ? Comment élaborer des dispositifs de prévention des violences sexuelles dans le sport ? Au lendemain de la démission du patron du patinage français, Didier Gailhaguet, l'Etat et les fédérations sont face à de lourds défis.

. Une fédération à reconstruire

La démission de Didier Gailhaguet met un terme à plus de deux décennies quasi ininterrompues de règne à la tête de la FFSG. Mais la fédération des sports de glace reste dans le collimateur du ministère : l'enquête administrative demandée par la ministre des Sports, Roxana Maracineanu va débuter lundi et durer plusieurs semaines, au moins. Et le spectre d'un éventuel retrait de délégation continue de planer.

"Il ne faut pas avoir peur" de "déconstruire pour mieux reconstruire", a souligné la ministre.

Dans ce contexte agité, qui pour reprendre les rênes dans un délai réduit à cinq semaines, et pour un mandat écourté jusqu'au lendemain des Jeux olympiques 2022 à Pékin ? "Il faut du renouveau", avance un élu du conseil fédéral.

Depuis que la vague de révélations de violences sexuelles a déferlé il y a une dizaine de jours, ce sont les noms d'anciens champions des années 1990 et 2000 - Gwendal Peizerat, déjà candidat face à Gailhaguet en 2014, Nathalie Péchalat ou encore Philippe Candeloro - qui reviennent le plus souvent.

"Ce n'est pas mon projet actuellement" mais "s'il faut vraiment aller plus loin, je n'ai pas l'habitude de faire les choses à moitié", a répondu Peizerat à l'AFP samedi soir.

Gailhaguet, lui, veut rester "un spectateur attentif".

Au milieu de tout ça, se profilent des échéances sportives majeures à gérer, notamment les Championnats du monde de patinage artistique à Montréal (16-22 mars).

. Le chantier de la prévention

Les cas d'abus sexuels qui ont plongé le patinage et le sport français dans une crise sans précédent sont anciens, mais les lacunes dans la prévention sont toujours d'actualité, selon les spécialistes de ce dossier.

"En 2008, la ministre des sports Roselyne Bachelot a lancé un plan de lutte contre les violences sexuelles, après l'affaire de Camaret (entraîneur accusé de viols par plusieurs joueuses de tennis et condamné, ndlr). A l'époque, les fédérations ont signé une charte. Mais depuis, elles n'ont pas mis grand chose en place, sauf quelques exceptions", jugeait récemment auprès de l'AFP Philippe Liotard, sociologue à l'université Lyon-1 et membre du Laboratoire sur les vulnérabilités et l'innovation dans le sport (L-Vis). "Il faut que les fédérations nous exposent ce qu'elles font déjà", a répondu la ministre samedi.

Dans une tribune, une cinquantaine de sportifs de haut niveau, dont Teddy Riner et Nathalie Péchalat, ont demandé la création d'une cellule d'écoute des victimes, "indépendante des fédérations", pour libérer la parole et saisir la justice, et une autre cellule indépendante pour contrôler "systématiquement" les "casiers et les antécédents judiciaires des bénévoles, des entraîneurs et des dirigeants de clubs et de fédérations". Aujourd'hui, la délivrance d'une carte professionnelle d'éducateur sportif passe en principe automatiquement par ce contrôle. Ce n'est pas le cas pour les bénévoles, estimés à 3 millions. Une expérimentation a été lancée avec la fédération française de football en Centre-Val-de-Loire. "Nous avons l'intention de le démultiplier, de (la) généraliser à toutes les fédérations. C'est un travail colossal", a convenu la ministre des Sports.

Son ministère organise le 21 février une convention sur les violences sexuelles dans le sport. Un plan d'actions doit être annoncé en "mars-avril, début mai peut être", a indiqué Roxana Maracineanu.

. Une ministre renforcée ?

Face à Didier Gailhaguet, réputé omnipotent à la fédération des sports de glace, Roxana Maracineanu n'a pas tremblé et a remporté son bras de fer. Un acte d'autorité bienvenu pour répondre aux critiques récurrentes d'affaiblissement de l'Etat dans le sport. Depuis son arrivée au ministère, l'ancienne championne de natation a dû notamment gérer deux gros dossiers: la naissance difficile de l'Agence nationale du sport et la crise des CTS, les conseillers techniques sportifs, ces 1.600 agents de l'Etat qui interviennent dans les fédérations pour le haut niveau et les pratiques amateur. Après que leur suppression, puis leur prise en charge par les fédérations ont été évoquées, provoquant de fortes inquiétudes dans le monde du sport, le dossier est aujourd'hui toujours en suspens. "Plus que jamais, on a besoin d’une présence de l’Etat au sein des fédérations", a dit Roxana Maracineanu dans un entretien au Monde vendredi.

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