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Irlande : le Sinn Fein, fort de sa percée aux élections, cherche à gouverner

Mary Lou McDonald, à la tête du Sinn Fein, devant les premiers résultats des élections législatives à Dublin, le dimanche 9 février 2020.
Mary Lou McDonald, à la tête du Sinn Fein, devant les premiers résultats des élections législatives à Dublin, le dimanche 9 février 2020. © REUTERS/Phil Noble

Les élections législatives en Irlande ont propulsé le Sinn Fein en tête des résultats, devant les deux partis centristes historiques. La présidente du Sinn Fein, Mary Lou McDonald, espère à présent pouvoir prendre la tête d'une coalition gouvernementale, et à terme, proposer un référendum sur l'unité de l'île. Les négociations ne font cependant que commencer.

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Le Brexit est à peine entré dans sa phase effective au Royaume-Uni, que les Irlandes ont misé sur le Sinn Fein, lors des élections législatives du dimanche 9 février. Le parti républicain a réalisé une percée historique, et se retrouve en tête de liste, avec 24,5 % des voix, devant les deux grands partis de centre droit qui se partagent habituellement le pouvoir, le Fianna Fail avec 22,2 % et le Fine Gael du Premier ministre sortant avec 20,9 %. Ces élections sont un revers pour le parti du Premier ministre Leo Varadkar, le Fine Gael, qui arrive en troisième position.

"C'est officiel @sinnfeinireland a gagné l'élection" s'est félicitée sur Twitter Mary Lou McDonald, la présidente de ce parti de gauche depuis février 2018. Signe que la question de la réunification, au centre de la campagne électorale et ardemment défendue par le parti républicain longtemps associé à l'IRA [Irish republican army], importe dans l'électorat irlandais, mais aussi les questions de logement et de santé. Selon elle, les Irlandais ont voté "pour le changement". "Ce qui est extraordinaire, c'est qu'il semble que l'establishment politique, et j'entends par là Fianna Fail et Fine Gael, sont dans un état de déni", a-t-elle déclaré. La position des dirigeants des grands partis centristes de "ne pas parler avec nous" n'est "pas durable", a-t-elle aussi annoncé dimanche à la presse dans le principal centre de comptage de Dublin, en périphérie de la capitale. Lundi matin, sur la radio "Morning Ireland", la cheffe du Sinn Fein donnait une préférence à un gouvernement "sans Fianna Fáil ou Fine Gael", disant préférer "un gouvernement du peuple".

Stratégie du Sinn Fein depuis deux ans

Seul parti présent aussi bien en République d'Irlande qu'en Irlande du Nord, le Sinn Fein récolte les fruits de sa stratégie de ces dernières années, notamment le départ de Gerry Adams de la tête du parti en 2018. Seul dirigeant du Sinn Fein entre 1963 et 2018, Gerry Adams était l'incarnation de l'histoire du parti et de ses controverses. Ses liens présumés avec le groupe terroriste de l'IRA – il a toujours farouchement nié en avoir fait partie – ont longtemps constitué un repoussoir pour les électeurs.

L'arrivée de Mary Lou McDonald, devenue membre du Sinn Fein après les accords de paix ayant mis fin aux "Troubles", a permis d'élargir le socle électoral du parti en insistant davantage sur ses autres combats en dehors de la réunification : la justice sociale, l'égalité, le droit des femmes, l'accès au logement… Le Sinn Fein parvient à séduire les jeunes urbains pour qui les "Troubles" représentent un passé lointain.

>> À lire aussi : "Mary Lou McDonald à la tête du Sinn Fein, c'est surtout un numéro d'image"

La question de l'unité irlandaise, devenue concrète depuis la mise en œuvre du Brexit, reste toutefois un cheval de bataille pour le Sinn Fein, qui plaide pour l'organisation d'un référendum dans les cinq ans. "Pour la première fois, je pense que la République d'Irlande pourrait sérieusement exercer une pression en faveur d'une Irlande réunifiée", estime Jon Tonge, professeur de politique à l'université de Liverpool, interrogé par l'AFP. "Ce n'est pas une histoire qui va s'en aller comme ça", poursuit-il.

Or aux législatives britanniques de décembre 2019, l'Irlande du Nord avait élu pour la toute première fois à Westminster plus de députés républicains (9, dont 7 pour le Sinn Fein et 2 pour le SDLP), partisans d'une réunification avec l'Irlande, que d'unionistes du DUP, favorables à un maintien dans la Couronne britannique.

Besoin d'alliances

Le Sinn Fein cherche désormais à faire des alliances, dans l'espoir de pouvoir former un gouvernement de coalition. "Je veux que nous ayons un gouvernement pour le peuple", a déclaré dimanche la présidente du Sinn Fein, Mary Lou McDonald. "Idéalement", ce gouvernement ne compterait aucun des deux partis centristes, a ajouté Mme McDonald, qui a pris contact avec des petits partis comme les Verts ou les Sociaux démocrates.

Reste cependant à voir comment l'arithmétique électorale répartira les 160 sièges de députés que compte le Dail, la chambre basse du Parlement irlandais. En raison du complexe mode de scrutin, sa composition ne sera connue qu'après le décompte total, qui peut prendre plusieurs jours. Les électeurs ne votent pas pour une liste constituée, mais élaborent leur propre liste en classant les candidats par ordre de préférence.

Faiblesses du Fianna Fail

Or le Fianna Fail reste le parti le mieux placé pour emporter le plus de sièges à la chambre basse du Parlement irlandais, car le Sinn Fein n'a présenté que 42 candidats, environ deux fois moins que les deux grands partis centristes. Le grand perdant des trois est le Fine Gael du Premier ministre, qui devrait perdre plusieurs sièges. Jeune (41 ans), métis, homosexuel, incarnant une Irlande autrefois très catholique qui se modernise, Leo Varadkar a toutefois vu après presque trois ans au pouvoir sa popularité s'émousser.

Une semaine après la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, il a axé sa campagne sur le sujet du Brexit, l'Irlande et ses 4,9 millions d'habitants se trouvant en première ligne. Leo Varadkar a mis en avant son rôle dans la mise au point d'une solution évitant le retour à une frontière physique entre les deux Irlandes. Mais sa stratégie n'a pas payé, les électeurs s'intéressant davantage au logement ou à la santé.

Le Fianna Fail comme le Fine Gael avaient jusqu'ici exclu de former une coalition avec le Sinn Fein, en raison de ses liens avec l'IRA, organisation paramilitaire opposée à la présence britannique en Irlande du Nord, dont le parti était la vitrine politique. Leo Varadkar a réaffirmé sa position, mais le chef du Fianna Fail, Micheal Martin, a semblé assouplir la sienne. Tout en soulignant qu'il y avait une "incompatibilité" politique sur certains sujets avec le Sinn Fein, il a refusé devant la presse de répéter son opposition à une alliance. Tous deux ont été réélus dimanche, mais pas au premier tour de décompte, contrairement à Mary Lou McDonald.

Les négociations pour former un gouvernement de coalition pourraient prendre des semaines, voire des mois. Après les dernières élections, en 2016, il avait fallu plus de deux mois pour qu'un gouvernement soit formé.

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