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Le parti d'Angela Merkel dans la tourmente après l'alliance avec l'extrême droite

Annegret Kramp-Karrenbauer aux côtés de la Chancelière Angela Merkel, à Berlin, le 10 février 2020.
Annegret Kramp-Karrenbauer aux côtés de la Chancelière Angela Merkel, à Berlin, le 10 février 2020. REUTERS - HANNIBAL HANSCHKE

Le rapprochement de l'extrême droite et de la direction régionale de la CDU dans le Land de Thuringe n'a pas fini d'avoir des conséquences sur le parti de centre-droit et sur l'avenir politique d'Angela Merkel, dont le mandat de chancelière est de plus en plus questionné.

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"Situation extrêmement grave", selon le ministre de l'Économie Peter Altmaier, proche de la chancelière Angela Merkel. Situation "très préoccupante", renchérit le président du parti social-démocrate, membre de la coalition gouvernementale, Norbert Walter-Borjans, pour qui "il en va de notre avenir". Voilà les termes alarmistes employés par les dirigeants politiques de premier plan en Allemagne pour qualifier les conséquences de l'alliance inédite, dans la région de Thuringe, entre la droite modérée et l'extrême-droite de l'AfD (l'Alternative pour l'Allemagne) afin d'élire le dirigeant de région. L'alliance a été de courte durée, Thomas Kemmerich a rapidement démissionné de ses nouvelles fonctions. Pour autant, l'épisode n'est pas prêt d'être oublié. En s'affranchissant des consignes de leur direction nationale, les élus locaux CDU ont brisé un tabou politique dans l'Allemagne d'après-guerre : le refus de toute coopération avec la droite radicale de la part des autres partis traditionnels.

Un mouvement de bascule politique, auquel n'a pas pu résisté la dauphine d'Angela Merkel, Annegret Kramp-Karrenbauer, qui a annoncé lundi 10 février qu'elle ne briguait plus la succession de la chancelière lors des élections législatives prévues au plus tard fin 2021. Et qu'elle quitterait son poste de présidente dans quelques mois, le temps de trouver un successeur, qui sera en même temps candidat à la chancellerie. Le malaise suscite une interrogation croissante : la chancelière elle-même pourra-t-elle aller au terme de son mandat ?

"AKK" - surnom d'Annegret Kramp-Karrenbauer - a justifié son retrait par la tentation d'une frange de son parti de coopérer avec le mouvement anti-migrants et anti-élites Alternative pour l'Allemagne (AfD). "Une partie de la CDU a une relation non clarifiée avec l'AfD", a dit la ministre de la Défense. Le mouvement est de plus en plus tiraillé entre adversaires et partisans d'une coopération avec la droite radicale, notamment dans l'ex-RDA où cette dernière est très forte et complique la formation de majorités. La Thuringe pourrait être ainsi ingouvernable pendant des mois.

>> À lire : Après la Thuringe, l'extrême droite ébranle le jeu démocratique en Allemagne

   
Affaiblissement de Merkel et de la CDU

Le départ annoncé d'AKK constitue un revers majeur pour Angela Merkel, qui avait placé en orbite cette femme partageant peu ou prou, malgré quelques différences de fond, le même cap politique modéré. AKK a en effet reconnu l'échec de la stratégie initiée par la chancelière fin 2018, consistant à rester cheffe de gouvernement tout en renonçant à la tête de son parti. "La séparation des deux affaiblit la CDU", a dit la ministre de la Défense, qui n'a jamais réussi s'imposer. 

"Il est possible que la fin de la chancelière se rapproche", juge le quotidien Süddeutsche Zeitung, alors que le dernier mandat en cours d'Angela Merkel, entamé en 2018, est rythmé par des crises incessantes, dans un contexte de recomposition accélérée du paysage politique sous la pression de l'extrême droite en plein essor. "La question de savoir combien de temps encore elle restera en poste devrait dépendre de qui va être nommé comme président du parti (CDU) et candidat à la chancellerie", dit-il.

 La rivalité avec Merz relancée

Si un rival en interne de la chancelière et de sa politique devait être porté dans les prochains mois à la tête de la CDU, il serait difficile à Angela Merkel de se maintenir jusqu'au bout. Le départ annoncé d'AKK laisse notamment le champ libre à la CDU à l'ennemi juré de la Chancelière : Friedrich Merz. 

Tenant d'un coup de barre à droite pour récupérer une partie des électeurs partis pour l'AfD - en rupture avec le cap centriste mené par Angela Merkel au pouvoir ces dernières années - ce dernier n'avait déjà été battu que d'un cheveu pour la présidence du parti en décembre 2018. Il vient récemment de renoncer à son emploi controversé pour un fonds d'investissement et de se dire disponible. Et il peut compter sur la quasi-rébellion en cours de l'aile la plus à droite de la CDU.

Avec AFP

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