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Le pape François dénonce la "destruction" de l'Amazonie, mais écarte l'idée de prêtres mariés

Le pape François, lors de la messe de Noël à la Basilique de saint Pierre, au Vatican le 24 décembre 2019.
Le pape François, lors de la messe de Noël à la Basilique de saint Pierre, au Vatican le 24 décembre 2019. © Guglielmo Mangiapane, Reuters

Le pape François a publié mercredi un plaidoyer très attendu sur l'Amazonie, dans lequel il dénonce "l'injustice" et le "crime" semés par les entreprises qui "détruisent" ce territoire. Dans ce texte, il n'a toutefois pas retenu la demande controversée d'autoriser des autochtones mariés à devenir prêtre.

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Après des longues discussions, le pape François a publié mercredi 12 février un plaidoyer sur l'Amazonie, dans lequel il dénonce "l'injustice" et le "crime" semé par les entreprises, qu'il accuse de dévaster ce territoire. Dans ce  texte très attendu, il a cependant écarté la proposition controversée d'autoriser l'ordination d'autochtones mariés, avancée par des évêques latino-américains pour lutter contre la pénurie de prêtres dans la région.

Dans cette "exhortation apostolique" intitulée "Querida Amazonia" (Chère Amazonie), le pape livre un message qui se veut universel sous la forme de quatre "rêves". Au risque de décevoir, il ne mentionne aucune des propositions les plus concrètes et audacieuses formulées en octobre par une assemblée d'évêques venus des neufs pays d'Amazonie.

Après trois semaines de débats au Vatican, ils avaient demandé au pape d'envisager d'ouvrir la prêtrise aux hommes mariés, de relancer le débat pour des femmes diacres ou encore de définir la notion de "péché écologique".

Manque de prêtres

Sur la question la plus controversée pour l'Église - permettre à des hommes pieux ayant une vie maritale stable de devenir prêtres -, le pape de 83 ans n'a pas modifié sa conviction profonde selon laquelle la prêtrise doit être un appel de Dieu, un "don".

Nommer des laïcs pour combler des problèmes d'effectifs ne rentrant pas dans sa logique, même s'il a encouragé un débat, le premier pape jésuite de l'histoire a préféré "exhorter tous les évêques, en particulier ceux de l'Amérique latine", à envoyer plus de missionnaires en Amazonie.

L'Église y est confrontée à un manque criant de prêtres itinérants, les seuls en mesure de donner la communion, sacrement essentiel de la doctrine chrétienne.

François encourage néanmoins les laïcs, hommes et femmes, à travers des formations, à continuer à accomplir des services ecclésiaux cruciaux. Il a rendu hommage au rôle essentiel des femmes laïques pour transmettre la foi dans les communautés d'Amazonie. "Elles devraient pouvoir accéder à des fonctions, y compris des services ecclésiaux", écrit François, sans être plus spécifique.

Pression de Benoït XVI sur le pontife ?

Mi-janvier, un livre fustigeant les conclusions du synode et défendant avec passion le célibat des prêtres est sorti en France. Co-signé par le pape émérite Benoît XVI et le cardinal guinéen ultra-traditionaliste Robert Sarah, il avait fait sensation, donnant l'impression d'une pression exercée sur le pape François.

Le Vatican a pris toutefois le soin de préciser que le texte papal sur l'Amazonie, publié mercredi, a été finalisé fin décembre par le pape, avant donc la sortie du livre polémique.

Dans son texte, le pape insiste sur la beauté des rites amazoniens avec leur "mystique d'admiration sacrée devant la nature" et demande à ne pas se "précipiter" pour les "qualifier de superstition ou de paganisme". Ces rites sont parfois raillés durant le synode par certains traditionalistes catholiques - un groupuscule avait même volé dans une église des statues amazoniennes sacrées pour les jeter dans le Tibre.

"Injustice et crime"

Dans son document, François a des accents bien plus passionnés pour dénoncer "les entreprises, nationales et internationales, qui détruisent l'Amazonie et ne respectent pas le droit des peuples autochtones". "Les noms qui leur correspondent : injustice et crime", a-t-il ajouté.

"Le recours à des moyens éloignés de toute éthique est fréquent, comme le fait de sanctionner des protestations, y compris en ôtant la vie aux autochtones qui s'opposent aux projets", a-t-il déploré.

Les relations économiques deviennent "un instrument qui tue" lorsque "les autorités donnent un accès libre aux industries du bois, aux projets miniers et pétroliers, et à d'autres activités qui dévastent les forêts et polluent l'environnement", selon lui.

Le pape a rappelé que "la protection des personnes et des écosystèmes sont inséparables", une notion qu'il résume par l'expression d'écologie "intégrale".

Dans son texte, truffé de références à des documents des églises locales amazoniennes mais aussi de nombreux poèmes, il s'approprie ce commentaire venant de Colombie : "Nous demandons que cessent les mauvais traitements et les destructions de la Mère Terre (nom donné par les autochtones à la planète). La Terre a du sang et elle saigne, les multinationales ont coupé les veines à notre Mère Terre".

Face à l'injustice, le pape François appelle en outre à "s'indigner" et "demander pardon" pour un "passé honteux" d'exactions contre les indigènes. Citant par exemple leurs souffrances à l'époque de l'exploitation du caoutchouc en Amazonie vénézuélienne, il appelle tous les humains à s'engager, y compris les dirigeants politiques.

Avec AFP

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