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Postes vacants et "bricolage": en banlieue parisienne, chronique de l'hôpital public en crise

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Aubervilliers (AFP)

"On ferme la porte et on leur dit à plus tard": à l'hôpital psychiatrique d'Aubervilliers, les soignants qui manifesteront vendredi dénoncent une "dégradation" des soins prodigués aux patients, y compris dans ce département de banlieue où les besoins sont plus importants qu'ailleurs.

"Le temps pour les patients, on ne l'a plus". Dans les couloirs de ce petit hôpital de Seine-Saint-Denis, Maïté Augustin, infirmière de 33 ans, confie son désarroi. Elle liste: la "préparation des médicaments", "les tâches administratives qui n'existaient pas avant" et les effectifs qui fondent.

"Il y a deux ans on était à douze infirmières, plus quatre aides soignants dans l'équipe", dit-elle. Aujourd'hui, "on n'est plus qu'à six, plus trois" aides.

Résultat: plus le temps "de fumer une cigarette ou boire un café" avec les patients, ni de leur parler, ce qu'il faudrait pour "désamorcer les situations de crise", ajoute l'infirmière. "On les laisse se calmer eux-mêmes dans les chambres. On ferme la porte et on leur dit +à plus tard+".

Aubervilliers dépend de l'établissement public de santé mentale de Ville-Evrard, qui dessert la quasi-totalité du département. Ici, "50 postes d'infirmiers, 30 postes de médecins et 10 d'assistants sociaux sont vacants", explique la psychiatre Marie-Christine Beaucousin.

Les postes sont pourtant "budgétisés" mais ne trouvent pas preneurs, ajoute la cheffe de pôle, qui fait partie des quelque 800 praticiens français ayant démissionné de leurs fonctions administratives et d'encadrement.

"Comment voulez-vous que ce soit intéressant ?", dit Maïté Augustin. "On idéalise ce métier humain", mais "l'administratif, la logistique" gagnent du terrain sur "le soin". Sans compter la "paie de misère". Avec ses six ans d'ancienneté, elle gagne 1.616 euros par mois.

Vendredi, elle manifestera aux côtés du Collectif Inter-Hôpitaux (CIH) qui réclame "une revalorisation significative des salaires" et 600 millions d'euros supplémentaires dès cette année "pour stopper la fuite des personnels".

- Pannes de chauffage -

"Voyez, Olivier, il ne devrait pas être là", explique la docteure Beaucousin sur le seuil d'une chambre d'isolement. A l'intérieur de la petite pièce carrelée, un homme en pyjama est assis sur un lit scellé au sol.

"Hier il était angoissé, il n'a pas pu voir un infirmier et c'est monté, c'est monté", explique la docteure. Elle espère pouvoir le réintégrer dans une chambre classique ce soir, "s'il y en a une de libre".

A Aubervilliers, les 22 lits sont occupés à 100%. Beaucoup de patients "n'ont pas d'autres solutions que d'être ici", détaille la psychiatre.

Le 93 manque cruellement de "maisons d'accueil, de foyers de vie", toutes ces structures médico-sociales qui permettent "d'écourter l'hospitalisation". Une situation d'autant plus problématique dans le département le plus pauvre de France métropolitaine: "la précarité génère plus facilement des troubles mentaux", explique la docteure Beaucousin, pour qui le territoire devrait au contraire être une "zone sanitaire prioritaire".

Autre particularité, le nombre plus important de populations migrantes. Un public, là aussi, plus souvent sujet aux troubles psychologiques, en raison des traumatismes vécus dans leur parcours migratoire.

Après une visite de la Haute autorité de santé, qui a jugé les locaux indignes, des budgets ont été débloqués pour rénover le bâtiment. En attendant, les pannes de chauffage ont continué cet hiver.

"J'avais un peignoir, un sweat à capuche, deux pulls et deux pantalons, mais je n'arrivais pas à dormir à cause du froid", raconte un patient d'une trentaine d'années. "Il faisait 8 degrés à 18H00 dans la chambre, alors imaginez en pleine nuit, le froid..."

Jusqu'ici les soignants tiennent, fiers de travailler "sur un terrain où on a l'impression d'être utiles", dit la docteure Beaucousin. Malgré le "bricolage", "imaginer des solutions" face aux difficultés, "ça rend aussi le boulot intéressant", assure Xavier Faye, cadre de santé.

"Faire de la psychiatrie dans le 93, c'est pas comme en faire dans le 5e arrondissement", ajoute Marc Thomé, infirmier. C'est aussi ça que ces soignants veulent montrer vendredi.

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