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Quand le carré Hermès joue à pile ou face

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Paris (AFP)

Deux foulards en un: Hermès dévoile la semaine prochaine un carré de soie "double-face", au recto différent du verso, une petite révolution pour l'emblème de la maison de luxe française et une innovation technique encore peu maîtrisée dans le monde de l'impression sur soie.

"Le défi était que la couleur ne traverse pas la soie, c'est-à-dire l'exact contraire de ce qu'on avait appris et fait jusqu'à présent", résume à l'AFP Bali Barret, directrice artistique de l'univers féminin de la maison.

A l'âge vénérable de 83 ans, le carré Hermès, accessoire intemporel et célèbre dans le monde entier, va ainsi accueillir une nouvelle génération d'imprimé: un foulard qui décline le même dessin mais dans des couleurs et des inscriptions différentes pour chaque face.

Quatre modèles - trois pour femmes, un pour homme - seront commercialisés à partir du 17 février. Sur l'un d'eux, inspiré de la bande dessinée, une cavalière semble jaillir du motif central: multicolore sur l'endroit, elle est intégralement bleue sur l'envers. Et dans les bulles, les dialogues sont en anglais côté face, en français côté pile.

"Le carré double-face, nous en rêvions depuis longtemps", souligne Hermès dans sa présentation du nouveau produit, qui sera vendu au prix de 490 euros contre 375 euros pour un carré "classique" de 90 cm sur 90.

Cette pièce emblématique du sellier-maroquinier, aux côtés de ses sacs à main Kelly et Birkin, nécessite pas moins de 450 kilomètres de fil, soit l'équivalent de 300 cocons de vers à soie. De l'idée au produit, un total de quarante personnes travaillent sur un carré.

Bali Barret raconte avoir eu l'idée d'un foulard pile ou face "il y a dix ans, mais à l'époque tout le monde me disait que c'était impossible" techniquement.

"Depuis, la technologie a fait de grands pas, et on a créé une machine spéciale. Il a fallu inventer un savoir-faire qu'on a mis plus de cinq ans à mettre au point. C'est une vraie petite révolution", juge celle qui avait sa propre marque de prêt-à-porter avant d'arriver chez Hermès en 2003.

- "Un écran sur lequel on dessine" -

Aucun détail n'est dévoilé sur cette technique secrète d'impression, Pierre-Alexis Dumas, le directeur artistique d'Hermès, admettant seulement que "c'est extrêmement complexe".

Les spécialistes interrogés par l'AFP confirment qu'il est particulièrement difficile d'empêcher un tissu fin comme la soie d'absorber les encres: "aujourd'hui, classiquement, quand on imprime un carré sur une face, la couleur va traverser l'épaisseur pour se retrouver également sur la face envers", résume un expert de l'Institut français du textile et de l'habillement (IFTH).

Le but, lors d'une impression standard, reste justement "d'optimiser la traversée des colorants pour avoir le meilleur rendu coloristique sur l'endroit et sur l'envers, tout en conservant une bonne finesse de dessin", précise ce spécialiste qui préfère garder l'anonymat.

"C'est certain que c'est une innovation technologique, mais ils ne sont pas les seuls à le faire. Nous avons nous-mêmes quelques modèles de ce type de carrés, dont nous avons sous-traité l'impression, mais d'ici avril nous devrions avoir notre propre machine d'impression double-face", indique pour sa part Cédric Brochier, PDG des Soieries Brochier.

Selon lui, cette technique pourrait même devenir un "standard", à présent que la "problématique technique" est mieux maîtrisée: "il suffit notamment de prendre des encres assez sèches, et c'est aussi une question d'équilibre dans la quantité de matière appliquée", indique M. Brochier, dont la société basée à Lyon (centre-est), créée en 1890, est spécialisée dans les carrés de soie reproduisant des oeuvres d'artistes.

Pour la maison Hermès, le carré de soie - aux plus de 2.500 dessins originaux - reste "un héritage, un patrimoine à enrichir de façon évolutive. C'est un écran sur lequel on dessine depuis 1937, avec des possibilités infinies", résume Pierre-Alexis Dumas.

La division Soie et Textiles d'Hermès, qui regroupe les carrés, cravates et écharpes, a engrangé 537 millions d'euros de ventes, soit 9% du chiffre d'affaires total du groupe, en 2018.

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