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Réforme des retraites : le flou sur le financement interpelle jusque dans la majorité

Les députés quittent l'hémicycle de l'Assemblée nationale après un vote sur l'accord Ceta entre l'UE et le Canada, le 23 juillet 2019 à Paris.
Les députés quittent l'hémicycle de l'Assemblée nationale après un vote sur l'accord Ceta entre l'UE et le Canada, le 23 juillet 2019 à Paris. © AFP (archives)

Malgré l'intervention d'Emmanuel Macron pour enjoindre les parlementaires à défendre la réforme des retraites, la polémique sur son financement enfle. De l'opposition à certains membres de la majorité, on s'interroge sur le flou concernant l'impact budgétaire de la réforme controversée.

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"Rien n'est clair" sur la réforme des retraites. L'affirmation ne vient pas d'un membre de l'opposition à Emmanuel Macron, mais bien d'un de ses parlementaires, Émilie Cariou, un des piliers de la commission des Finances de l'Assemblée nationale. Malgré l'appel du chef de l'État à défendre la réforme, la polémique continue et le doute s'installe jusqu'au sein de la majorité.

Les deux députés LREM de cette commission, Émilie Cariou et Laurent Saint-Martin, ont indiqué mercredi 12 février avoir écrit au Premier ministre pour l'interroger sur "les impacts budgétaires" de la réforme des retraites.

"Ce n'est pas sur le coût global de la réforme, mais sur les impacts budgétaires des différentes compensations", comme les "augmentations de salaires" des enseignants-chercheurs ou les "baisses de CSG" des avocats et autres professions indépendantes, a précisé Émilie Cariou à l'AFP.

Dans ce courrier daté de mardi, les deux parlementaires posent une quinzaine de questions au Premier ministre Édouard Philippe, "afin de juger de la faisabilité financière de la réforme des retraites".

Au sujet des augmentations de salaires, "quel est le surcoût annuel pour l'État ? Quel est le calendrier de montée en charges ?", demandent par exemple Émilie Cariou et Laurent Saint-Martin, rapporteur général du budget. Ou encore "quels sont les enseignants ciblés ? Qu'adviendra-t-il des autres enseignants ?"

Sur la baisse de la CSG des indépendants, dont les avocats, "quels sont les montants annuels de perte de cotisations et contributions sociales ?" (...) "Comment sera financée la réduction de ces recettes ?", s'interrogent-ils.

"Rien qu'avec les questions de cette lettre, on est sûrement déjà sur un paquet de milliards", dit Émilie Cariou au quotidien Le Monde.

Une règle d'or adoptée

Le courrier des deux marcheurs a aussitôt été évoqué à l'Assemblée en commission spéciale retraites qui a, fait inédit, échoué mardi soir à adopter le principal volet de la réforme, noyé sous des milliers d'amendements. Elle a en revanche adopté mercredi le volet organique de la réforme, incluant une "règle d'or" qui prévoit une trajectoire pluriannuelle sur cinq ans imposant l'équilibre du système.

Interrogée lors du compte-rendu du Conseil des ministres, la porte-parole du gouvernement a assuré de l'"engagement très clair" de l'exécutif en faveur de la "règle d'or", ajoutant que la valeur du point dans le futur système de retraites ne baisserait pas.

Sibeth Ndiaye a aussi affirmé que la valeur du point calculée par un nouvel indice statistique, qui reste à construire, sera indexée sur "les revenus perçus par les Français" qui "progressent de manière plus dynamique" que les prix. "Donc, je crois qu'il n'y a pas lieu d'avoir de polémique", a-t-elle estimé.

Pour "montrer l'exemple", les députés de la majorité ont voté en faveur d'une application anticipée à 2022 (contre 2025) de la réforme des retraites pour les parlementaires.

La veille, le chef de l'État les avait appelés à "l'unité" et à "vendre" la réforme.

"C'est une vaste improvisation"

Les oppositions ont redoublé d'ironie. "La commission des finances n'a pas les éléments de réponse. C'est une vaste improvisation", a fustigé l'insoumis Adrien Quatennens.

"Ça commence à branler dans le manche dans la majorité", a lancé le député apparenté PS Régis Juanico.

Le socialiste Boris Vallaud y a vu, sur Twitter, la preuve de "l'impérieuse nécessité de la commission d'enquête parlementaire sur l'étude d'impact" qui accompagne la réforme, sur laquelle son groupe a exercé son "droit de tirage".

Sans attendre, médecins, dentistes, sages-femmes, pharmaciens, vétérinaires, experts-comptables, notaires et avocats, opposés au "système universel" voulu par Emmanuel Macron, ont annoncé mercredi qu'ils feraient "réaliser leur propre étude d'impact" de la réforme.

Quant aux syndicats CGT, FO, FSU, Solidaires et FA-FP de fonctionnaires, ils ont de nouveau réclamé le retrait pur et simple du projet et accusé le gouvernement de "déni de démocratie".

Les députés LR ont pour leur part fustigé "un fiasco parlementaire et gouvernemental" et "une Bérézina à tous les étages". Pour le président du Sénat, Gérard Larcher (LR), la réforme est "le plus bel exemple" de "l'amateurisme" des députés LREM.

Chez les marcheurs, on décrit le courrier comme un "document de travail qui s'inscrit dans le dialogue régulier entre les députés commissaires des finances et l'exécutif" et une relation de "pleine confiance" entre parlementaires et gouvernement.

Ces interrogations "ne concernent en rien l'équilibre financier du futur régime universel", mais sont des "questions techniques" quant à "l'impact des mesures de compensation" sur le budget de l'Etat, conclut le groupe parlementaire.

Avec AFP

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