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Législatives en Iran : les conservateurs à la recherche de tous les pouvoirs

Des affiches dans les rues de Téhéran pour la campagne électorale en vue des élections législatives du 21 février.
Des affiches dans les rues de Téhéran pour la campagne électorale en vue des élections législatives du 21 février. © AFP

Les Iraniens sont appelés aux urnes, le 21 février prochain, pour les élections législatives. Pour ce scrutin, le conseil des Gardiens de la révolution a rejeté pas moins de 7 296 candidatures. Cette disqualification massive pourrait entraîner une absention record.

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La campagne pour les élections législatives du 21 février s'est ouverte officiellement, jeudi 13 février, en Iran. Ce scrutin devrait être marqué par un retour en force des conservateurs alors que le Conseil des gardiens a disqualifié un nombre marquant de candidats réformistes. Selon les chiffres officiels, 7 148 candidats ont été qualifiés pour participer au scrutin et 7 296 demandes de candidatures ont été invalidées.

Conservateur modéré, le président Hassan Rohani a plusieurs fois appelé les Iraniens à participer en masse aux législatives, qualifiant la consultation à venir de "très importante", mais, comme l'explique à France 24 Thierry Coville, chercheur à l'Iris et spécialiste de l'Iran,  la disqualification massive de ces candidats pourrait décourager la population iranienne d'aller voter. Ce scrutin du 21 février intervient également alors que la République islamique est sous le coup de sévères sanctions américaines, et a été ces derniers mois au bord de l'affrontement militaire avec les États-Unis.

France 24 : Quel est l’enjeu principal de ces élections législatives ?

Thierry Coville : C’est le taux de participation. Ce qu’on entend dire, notamment dans les grandes villes, c’est que les gens ne veulent pas aller voter. Il y a la crise économique et politique et des gens qui sont déçus par le président Hassan Rohani. Il y a eu aussi les manifestations de novembre 2019 et enfin l’incident du Boeing ukrainien. Mais surtout, surtout ce qui fait monter ce mécontentement, c’est l’éviction des candidats modérés du parlement : 75% des députés du Parlement ne peuvent même pas se représenter. Cela n’a plus de sens. C’est énorme. Le résultat ne fait donc aucun doute maintenant, puisqu’il n’y a quasiment plus que des candidats ultraconservateurs. Les supporters du régime, eux, vont aller voter, mais pour ce qui est de la classe moyenne urbaine, on voit mal comment elle pourrait se mobiliser.

Il reste les plus pauvres qui sont sortis dans la rue fin 2019, mais la réponse du régime a été sans pitié. Et vous avez enfin la base du régime qu’il ne faut pas ignorer. Il s’agit d’environ 30 % de la population, qui pour des raisons diverses, soutient le régime.

Mais qu’est-ce qui a provoqué ces invalidations en grand nombre des candidats réformistes ou modérés ?

Le Conseil des gardiens est dominé par les ultraconservateurs. Il a toujours cette mission de prétendument sélectionner les candidats qui respectent la loi, mais ils l’utilisent comme une arme politique. Ce n’est pas nouveau, mais cela a pris des proportions jamais vues. D’après ce qu’on entend dire, les durs (NDLR : du régime iranien) perçoivent le camp des modérés comme très affaibli par la crise économique et politique. Ils considèrent que de toute façon les gens ne se seraient pas rendus aux urnes. Comme ils ne croient pas vraiment au processus démocratique, ils voient dans cette élection une bonne occasion de gagner le Parlement. Dans des conditions normales, avec un taux de participation moyen, ils n’auraient pas eu beaucoup de chances.

Aujourd’hui, toutes les voix critiques ou modérées ont été éliminées. Pour que Rohani dise que si cela continue le mot République sera bientôt un crime en Iran, cela vous donne une idée des tensions actuelles entre lui, les modérés et les durs.

Dans quelle position se trouve Hassan Rohani actuellement ? De nombreux observateurs prédisent lors des législatives un échec de son alliance de gouvernement formée par les modérés et les réformateurs.

De toute façon, il est déjà affaibli, mais il va se retrouver avec un Parlement très critique même si celui-ci ne joue plus vraiment un rôle. D’un autre côté, on voit aussi que les durs ont arrêté de penser à un éventuel "impeachment" (NDLR : procédure de destitution) de Rohani. Ils commencent à comprendre qu’il faut mieux l’avoir en première ligne, le voir prendre tous les coups, car eux ne feraient pas mieux. A priori, Rohani se dirige donc vers une fin de mandat, mais elle s’annonce compliquée car il va avoir un Parlement ultraconservateur.

Est-ce aussi une manière de préparer le terrain pour la prochaine élection présidentielle qui aura lieu en 2021 ?

C’est un peu comme ce qu’on a vécu à la fin de la période des réformateurs, avec le dernier mandat de Mohammad Khatami (NDLR: en 2005).  Les conservateurs sont dans une stratégie de récupérer tous les pouvoirs. Ils peuvent aujourd’hui récupérer le Parlement et évidemment ils commencent à penser à la prochaine présidentielle dans un an.

Essayent-ils également de lancer un message par rapport aux tensions qui existent actuellement avec les États-Unis ?

Les durs sont en train de récupérer le plus de pouvoir possible en interne pour ne plus être gênés par des institutions qui les critiquent. Cela va entraîner un durcissement dans le domaine de la politique étrangère avec plus d’agressivité. À court terme, cela ne présage pas d’une diminution des tensions avec les États-Unis jusqu’à l'élection présidentielle américaine. C’est l’échéance que même les durs attendent. L’important, pour eux, c’est de contrôler tous les pouvoirs et d’avoir plus d’unité dans les rangs. Leur message, c’est de se concentrer sur la réponse qu’ils vont donner aux États-Unis. Ils pensent vraiment qu’ils sont en guerre.
 

 

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