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"Les règles, c'est sale" : deux parlementaires partent en guerre contre le tabou des menstruations

Pour déconstruire les tabous liés aux règles, deux députées formulent 47 recommandations.
Pour déconstruire les tabous liés aux règles, deux députées formulent 47 recommandations. © LOIC VENANCE / AFP

Un rapport parlementaire a été publié le 11 février sur un sujet peu abordé politiquement : les menstruations. Une quarantaine de recommandations sont proposées par deux députées pour que les règles deviennent moins "génératrices d'angoisses et de souffrances" pour les femmes.

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"Les règles n’ont rien d’anecdotique : elles concernent la moitié de l’humanité et les femmes sont concernées par cette problématique pendant la moitié de leur vie, de la puberté à la ménopause". C’est par cette affirmation que débute le rapport parlementaire sur les menstruations rendu public mardi 11 février. Un sujet encore trop peu abordé dans l’espace public.

"Cela reste encore très tabou aujourd’hui", résume ainsi à France 24 Laëtitia Romeiro Dias (LREM), l’une des deux autrices de ce rapport avec Bénédicte Taurine (LFI). "ll y a des croyances populaires qui ont traversé les temps et qui se sont transmises au fil des générations. Les règles, c’est sale. C’est quelque chose dont il ne faut pas parler car c’est impur".

Comme l’illustre ce rapport de 107 pages, Pline l’Ancien affirmait déjà dans l’Antiquité qu’"aux approches d’une femme dans cet état, les liqueurs s’aigrissent, les grains qu’elle touche perdent leur fécondité, les essaims d’abeilles meurent, le cuivre et le fer rouillent sur le champ et prennent une odeur repoussante […]".

Ces clichés ont encore aujourd’hui la vie dure. Ils conduisent à une vraie méconnaissance du sujet et se traduisent "par une prise en compte insuffisante des problématiques relatives aux menstruations". Pour déconstruire ces tabous et améliorer la situation actuelle "encore trop souvent génératrice d’angoisses et de souffrances, aussi bien psychologiques que physiques, pour un certain nombre de femmes", les deux députées formulent 47 recommandations. 

Parler des règles plus tôt  

L’un des premiers axes visent notamment à développer de meilleures campagnes d’informations sur les menstruations, notamment dans le cadre scolaire. "On étudie les règles à l’école plutôt en 4e. Nous pensons que c’est un peu tard car aujourd’hui, les filles sont réglées de plus en plus tôt. Il n’est pas rare que ce soit en CM2 ou en 6e. Si personne ne nous en a parlé avant, cela fait peur", décrit Laëtitia Romeiro Dias. "Je regrette aussi que cela soit corrélé à la sexualité. Quand on a ses premières règles, on ne devrait pas nous donner comme premier message qu’on peut tomber enceinte".

En raison de cette approche tardive, les jeunes filles ont souvent une méconnaissance concernant la "diversité des produits de protection", les "précautions d'usage et d'hygiène" ou les "risques sanitaires". "Elles ne sont pas informées notamment sur le temps de port. Elles les gardent trop longtemps et peuvent avoir des infections à répétition", explique l’autrice du rapport.

De manière plus grave, un risque de "choc toxique" est aussi induit par l'usage de certaines protections périodiques. Selon ce rapport, les fabricants devraient être tenus de mentionner sur les emballages la présence éventuelle de traces de substances toxiques. Un "pictogramme clair" devrait également informer les utilisatrices que les protections internes, tampons et coupes menstruelles, ne doivent pas être utilisées trop longtemps, et notamment pas la nuit.

Lutter contre la "précarité menstruelle"

Les deux députées souhaitent également remédier au problème de la "précarité menstruelle". Elles proposent ainsi l'installation de distributeurs de protections menstruelles dans certains lieux publics, auxquels les femmes sans domicile fixe pourraient avoir accès grâce à des cartes prépayées. "On a reconnu il y a quelques années que c’était un produit de première nécessité, mais malgré tout on le cache encore. On a bien mis des préservatifs à côté des pharmacies et on cache encore les serviettes hygiéniques", insiste Laëtitia Romeiro Dias. 

Cette mesure est aujourd’hui saluée par de nombreuses associations. "Nous avons appris avec grand bonheur la décision de mettre à disposition gratuitement des produits périodiques pour les femmes en situation de précarité et d’isolement. Il s’agit de produits de premières nécessités pour toutes les femmes, mais qui reste du luxe pour certaines populations", justifie Nadège Passereau, la déléguée générale d’Agir pour la Santé des Femmes. "Cela fait très peu de temps qu’on parle de serviettes hygiéniques de manière banale. Les femmes se taisent, utilisent des papiers journaux, ce qui participe à l’indignité de la personne et favorise les maladies. Elles peuvent développer des mycoses et des fibromes, ce qui peut entraîner d’autres infections et la stérilité".

Pour d'autres, cela va effectivement dans le bon sens, mais il faut encore aller plus loin. "Nous voulons que des bons d’achat ou des cartes prépayées soient également mises à disposition des femmes qui en ont besoin, comme les étudiantes boursières", insiste Tara Heuzé-Sarmini, la présidence et fondatrice de Règles Élementaires qui collecte des produits hygiéniques. "Il faut aussi que les mutuelles proposent un forfait pour rembourser les produits d’hygiène intime, comme le fait déjà la LMDE, la mutuelle des étudiants. Enfin, nous demandons des distributeurs dans tous les lieux publics et privés, les écoles comme les entreprises, pour que le sujet soit réellement normalisé et placé au centre de la société".

Les rapporteuses recommandent aussi de renforcer la formation des médecins généralistes et des gynécologues concernant l'endométriose, une pathologie entraînant des règles très douloureuses, et dont le diagnostic est souvent tardif. "Les gynécologues ne donnent pas forcément l’information quand ils soupçonnent une endométriose. On a le droit de le savoir même quand on a 18 ans. Ce n’est plus possible que ce soit le médecin seul qui se dise, ‘bon on verra plus tard, elle est encore jeune’", explique Laëtitia Romeiro Dias. Enfin, le rapport préconise de financer des programmes de recherche sur cette pathologie. "D’une manière générale, la recherche qui concerne des problèmes féminins est moins développée en France que le reste des domaines de recherche".

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