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La "guerre des veaux" : bras de fer commercial entre Israéliens et Palestiniens

Une Palestinienne récolte des olives de leurs terres près de la barrière de séparation entre le village de Dura en Cisjordanie, d'une colonie israélienne, le 30 octobre 2019.
Une Palestinienne récolte des olives de leurs terres près de la barrière de séparation entre le village de Dura en Cisjordanie, d'une colonie israélienne, le 30 octobre 2019. © Hazem Bader, AFP

Depuis septembre, et l’interdiction de l’importation de veaux élevés en Israël dans les Territoires palestiniens, Israéliens et Palestiniens se livrent à une guerre commerciale. Un bras de fer qui menace la fragile économie palestinienne, entamé au nom de la politique de "désengagement" avec Israël décidé par l’Autorité palestinienne.

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"Une victoire pour le droit international." C’est en ces termes que l’Autorité palestinienne (AP) a salué, mercredi 12 février, la publication par l'ONU d'une liste de 112 sociétés ayant des activités dans les colonies israéliennes établies en Cisjordanie.

Qualifiée de "reddition honteuse" par Israël, cette décision intervient au moment où l’économie est, depuis quelques mois, au cœur d’un bras de fer commercial entre l’Autorité palestinienne présidée par Mahmoud Abbas et l’État hébreu.

Il y a cinq mois, en septembre, les Palestiniens avaient décidé de cesser d’importer des veaux élevés en Israël dans le cadre de leur politique de "désengagement" politique, administratif et économique avec leur voisin. Une politique décidée en raison de l’échec des négociations de paix autour de la solution dite à deux États coexistant l'un à côté de l'autre.

Le bannissement des veaux israéliens est la première étape de la stratégie imaginée par le Premier ministre Mohammed Shtayyeh, économiste de formation, qui veut garantir une certaine autonomie aux Territoires palestiniens, dont l’économie dépend totalement de son voisin israélien.

"Nous exerçons notre droit naturel de diversifier nos marchés, en encourageant l'importation directe et en développant nos produits locaux d'une manière qui augmente les chances de renforcer notre économie", souligne Khaled Al-Assili, ministre palestinien de l'Économie.

Mesures de rétorsion

Depuis, Israéliens et Palestiniens se livrent à une guerre commerciale à coup de mesures de rétorsion. Mis sous pression par la colère des éleveurs de bovins israéliens, le gouvernement de Benjamin Netanyahu a répliqué en suspendant, depuis début février, l'importation de produits agricoles de Cisjordanie, d’où ils étaient en grande partie réexpédiés vers l’Europe.

Ne disposant ni de port, ni d’aéroport, les Palestiniens exportent leurs marchandises via les ports israéliens, notamment ceux d’Ashdod et Haïfa, conformément au Protocole économique de Paris de 1994, qui régit les relations économiques entre Israël et les Territoires palestiniens.

Le 3 février, l’AP a riposté en interdisant l'entrée de certains produits de consommation israéliens (légumes, fruits, boissons gazeuses, jus et eau minérale) dans les Territoires palestiniens.

Les importations de produits agricoles israéliens ont avoisiné 600 millions de dollars en 2018, et représentaient 71 % des importations dans ce secteur, selon les dernières données palestiniennes. De l’autre côté, selon le ministère palestinien de l'Économie, les exportations de produits agricoles palestiniens vers Israël se sont élevées à environ 88 millions de dollars en 2018, ce qui représente 68 % des exportations agricoles palestiniennes.

Le 9 février, dans un communiqué du Cogat, l'unité du ministère israélien de la Défense qui supervise les activités civiles dans les Territoires palestiniens, l’État hébreu annonçait l’interdiction de l'exportation des produits agricoles palestiniens via le passage d'Allenby. Ce passage est vital pour l’économie palestinienne, car il relie la Cisjordanie occupée à la Jordanie voisine, d’où les produits locaux, notamment pour les dattes et l'huile d’olive, sont exportés vers le reste du monde.

Le Cogat a indiqué que ce blocage était une réponse au "boycott palestinien des veaux, qui a gravement nui aux éleveurs de bétail israéliens". Et de prévenir : "Les sanctions sont échelonnées et renforcées [...] tant que le boycott et la crise ne seront pas résolus".

Le ministère de l’Agriculture palestinien a qualifié les mesures israéliennes de "très dangereuses" et évoqué lui aussi "de nouvelles mesures" de rétorsion. 

"Nous sommes pleinement conscients qu'il y aura des effets négatifs qui découleront des mesures israéliennes, mais je le dis avec confiance, les conséquences négatives affecteront également l'économie israélienne", a justifié le ministre palestinien de l'Agriculture Riyad Al-Atari.

Les agriculteurs palestiniens risquent de grosses pertes

Le bras de fer, surnommé la "guerre des veaux" dans les médias locaux, risque donc de se poursuivre, alors que sans aucune possibilité d’exporter leurs produits via Israël ou la Jordanie, les agriculteurs palestiniens risquent de subir de grosses pertes.

"Nous avons demandé au gouvernement de créer un fonds d’urgence pour pouvoir faire face à cette crise et donner les moyens aux agriculteurs de résister et de rester sur leurs terres", a indiqué Abbas Melhem, directeur du syndicat des agriculteurs palestiniens, interrogé par France 24.

"Interdire même les exports, c’est un désastre pour les agriculteurs, a confié la semaine dernière Saeb Bamya, ancien vice-ministre de l'Économie de l'Autorité palestinienne, interrogé par RFI. Les noix, les dattes, cela représente la grande majorité des exportations palestiniennes – et c’est le moment idéal pour exporter vers les pays arabes, juste quelques mois avant le ramadan. C’est une question de jours maintenant : si les agriculteurs ne peuvent pas exporter, ils vont perdre beaucoup".

De son côté, le gouvernement palestinien, qui a annoncé, cette semaine, des mesures d’urgence pour compenser les pertes des agriculteurs, entend internationaliser cette question et envisage même des procédures devant les cours internationales. Les Palestiniens ont également lancé une campagne diplomatique en direction des États membres de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et des pays amis, afin de faire cesser ce qu’ils qualifient de "guerre économique et agricole israélienne".

Toutefois, la marge de manœuvre financière de l’AP, qui a récemment souffert de la crise des "recettes fiscales" avec Israël, reste limitée. La situation économique, déjà plombée par les restrictions découlant de l’occupation et des colonies israéliennes en Cisjordanie ainsi que du blocus de Gaza, est alarmante du fait de la baisse continue de l’aide internationale ces trois dernières années.

Washington a notamment coupé plusieurs centaines de millions de dollars d’aides diverses, après le gel par Mahmoud Abbas des relations avec l’administration du président Trump pour protester contre la reconnaissance américaine de Jérusalem comme capitale indivisible d’Israël.

La croissance a quasi-stagné en 2018 et 2019 (autour de 1 %), et le taux de chômage avoisinait les 30 % en 2018, selon la Banque mondiale, qui avait qualifié, en avril, "d’intenable" la situation économique dans les Territoires palestiniens.

La Banque mondiale estime que les Territoires palestiniens "ne pourront s’engager sur une trajectoire de croissance durable" qu’à certaines conditions, notamment celle d’augmenter leurs exportations de biens et de services. Une perspective qui semble totalement irréalisable dans le contexte actuel.


 

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