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Municipales à Paris : la candidature d’Agnès Buzyn rebat les cartes

La ministre française de la Santé Agnès Buzyn annonce sa démission pour se présenter aux municipales à Paris en remplacement de Benjamin Griveaux, le 16 février 2019.
La ministre française de la Santé Agnès Buzyn annonce sa démission pour se présenter aux municipales à Paris en remplacement de Benjamin Griveaux, le 16 février 2019. © Geoffroy Van Der Hasselt, AFP

À quatre semaines des municipales, l’ancienne ministre de la Santé, Agnès Buzyn, est chargée de relancer la candidature LREM à Paris, après l’abandon de Benjamin Griveaux. Une nouvelle campagne s’ouvre pour la capitale. 

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Paris vaut bien un ministère. La médecin du gouvernement, Agnès Buzyn, a donc finalement quitté le ministère de la Santé pour se porter au secours de la candidature LREM, en péril à Paris. Désignée par le parti présidentiel dimanche 16 février pour succéder à Benjamin Griveaux - mis hors course par la diffusion de vidéos à caractère sexuel -, l’hématologue de 58 ans a la lourde tâche de remporter une élection mal engagée. Son prédécesseur n’était crédité que de 16 % des intentions de vote dans les derniers sondages derrière la maire socialiste sortante Anne Hidaldo (23 %) et la candidate des Républicains, Rachida Dati (20 %).

À quatre petites semaines de l’élection, cette candidate de dernière minute peut-elle réellement rebattre les cartes de la bataille municipale ? Chez les marcheurs, on en est persuadé. C’est du moins ce qu’a affirmé le Premier ministre, Édouard Philippe. "Seule Agnès Buzyn est à même de redonner un espoir de victoire". Un enthousiasme partagé par Karim Amellal, écrivain et tête de liste LREM dans le 10e arrondissement de Paris, pour qui l'arrivée d'un pillier de la Macronie "donne un nouveau souffle à cette campagne". "Excellent choix", se réjouit de son côté le député de Paris, Gilles Legendre. "Agnès Buzyn a l’envie profonde de s’engager pour Paris. Elle nous en a convaincus, résume Mounir Mahjoubi. Au boulot pour construire ensemble la suite."

Un Paris risqué

 

La partie est loin d’être gagnée. À peine désignée, la candidate est critiquée, dans l’heure suivant sa désignation. Premier grief, l’ancienne membre du gouvernement est accusée d’abandonner son poste ministériel en pleine épidémie de coronavirus alors qu'elle doit déjà mener de front la réforme des retraites et la crise hospitalière.

Dans les rangs de l’opposition, on soupçonne par ailleurs la candidate de ne pas maîtriser les dossiers municipaux ni le fonctionnement de la ville. Et "vierge de toute expérience électorale, elle n'est pas vraiment une bête de scène et risque de peiner à soulever les foules dans les meetings", abonde l’éditorialiste Alexandra Schwartzbrod, dans les colonnes de Libération. Enfin et surtout, comme son malheureux prédécesseur, elle risque de pâtir du rejet du gouvernement par une partie des électeurs. À toutes ces difficultés, s’ajoute la candidature fratricide de Cédric Villani, exclu en janvier du parti LREM, qui continue de séduire 10 % des électeurs parisiens.

"La candidature d’Agnès Buzyn ne va pas totalement chambouler les municipales, analyse le sociologue Michel Wieviorka, au cours d’un entretien sur France 24. Elle ne va pas changer la donne en ce qui concerne les électeurs très ancrés à droite et à gauche. Mais elle va tout de même questionner les indécis. Et on sait qu’ils sont encore nombreux à se décider dans l’isoloir". Le directeur d'études à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales ne pense pas non plus qu’elle parvienne à ravir beaucoup de voix à son concurrent direct Cédric Villani. "Ceux qui le soutiennent apprécient son attitude anti-caporaliste et l’indépendance qu’il a prise vis-à-vis du parti d’Emmanuel Macron."

Une "élection passionnante"

Les deux favorites Anne Hidalgo et Rachida Dati doivent-elles se réjouir ou s'inquiéter de cette nouvelle venue ? "C’est la candidate des Républicains qui risque le plus de souffrir de l’arrivée d’Agnès Buzyn dans le jeu politique, avance le spécialiste de la politique française. C’est même une bonne nouvelle pour Anne Hidalgo car l’ancienne ministre peut affaiblir la liste de Rachida Dati". Certes de sensibilité social-démocrate, Agnès Buzyn est aussi comptable d’un certain nombre de mesures défendues par le gouvernement jugées plus droitières, comme la réforme des retraites ou la suppression du remboursement de certains médicaments. Elle incarne d’ailleurs aux yeux de la secrétaire d'État Marlène Schiappa "un vrai nouveau souffle pour Paris en-dehors du clivage droite/gauche". 

Tous ne s'accordent pas sur cette analyse.“Buzyn peut prendre des voix à gauche”, estime pour sa part le quotidien belge Le Soir. Tout comme elle peut aussi “rassurer la droite” avec son parcours personnel et son profil de “belle-fille d’une icône de la politique française : Simone Veil”.

Native et résidente de Paris, l’ancienne présidente de l'Institut national du cancer puis de la Haute-Autorité de Santé n’est pas l’apparatchik d’un parti mais vient de la société civile. Elle jouit par ailleurs d'un meilleur capital sympathie que Benjamin Griveaux. Elle obtient 27 % de bonnes opinions dans le dernier sondage Ifop-Fiducial pour Paris Match. Rien d’exceptionnel, mais toujours mieux que son prédécesseurs et ses 20 %.

Dernier atout, le tapage médiatique autour de l’affaire Griveaux a permis à l’ancienne ministre de bénéficier "d’une exposition exceptionnelle pour entrer dans la course électorale", convient encore Michel Wieviorka.

La messe n’est donc pas dite. De quoi rendre tous les acteurs de ces municipales fébriles à la lecture des prochaines enquêtes d'opinion. "On n’est pas à l’abri de nouvelles surprises et de voir les prochains sondages changer la donne, prévient Michel Wieviorka, c’est ce qui rend l’élection passionnante". D'autres rebondissements pourraient encore marquer la campagne : Agnès Buzin n’avait-elle pas dit, il y a trois jours seulement, qu’il lui était impossible de prendre la succession de Benjamin Griveaux à cause d’un emploi du temps trop chargé ?

 

 

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