Affaire Griveaux : Alexandra de Taddeo, une femme sous influence ?

Alexandra de Taddeo a été mise en examen, le 18 février, dans le dossier de la diffusion de vidéos intimes ayant entraîné le retrait de Benjamin Griveaux de la course à la Mairie de Paris.
Alexandra de Taddeo a été mise en examen, le 18 février, dans le dossier de la diffusion de vidéos intimes ayant entraîné le retrait de Benjamin Griveaux de la course à la Mairie de Paris. © Capture d'écran France 24
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Compagne de l’activiste russe qui a diffusé les images fatales à Benjamin Griveaux, candidat à la Mairie de Paris, Alexandra de Taddeo a été mise en examen, mardi, et placée sous contrôle judiciaire. Cette brillante étudiante de 29 ans n’avait, jusqu’alors, jamais eu affaire à la justice.

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Elle est celle qui fait le lien entre Griveaux et Pavlenski. Alexandra de Taddeo a été mise en examen, mardi 18 février, peu avant son compagnon Piotr Pavlenski. La jeune femme a confirmé ce jour avoir été la destinataire des vidéos intimes de Benjamin Griveaux qu’elle avait conservées dans son téléphone, sans intention de les diffuser.  "Elle les a gardées pour les garder", a déclaré son avocate Noémie Saidi-Cottier, qui précise qu'elle a été placée sous contrôle judiciaire avec interdiction d'entrer en contact avec son compagnon.

Son avocate la dit "extrêmement fatiguée" et "un peu à bout". Depuis cinq jours, elle est en effet au cœur de toutes les curiosités, une attention qui l’a conduite à effacer sa "vie numérique". Ses comptes Linkedin, Twitter, Instagram ont été bloqués au public, ne laissant derrière eux que quelques indices pour retracer le parcours de celle qui, jusqu’à maintenant, n’avait jamais eu affaire avec la justice.

Passionnée par la Russie

Originaire de Metz, Alexandra de Taddeo est une jeune femme brillante, polyglotte, "loin d'être une anarchiste", selon son père, qui s’est exprimé le 17 février sur franceinfo. Cet éducateur sportif dresse le portrait d'une étudiante sérieuse qui "vit depuis dix ans à Paris dans un appartement", et "n'est pas en rupture familiale".

L’étudiante a multiplié les diplômes : après quatre ans dans une école de communication, elle a cumulé un master 2 en droit international public à Paris II-Assas et un autre en gouvernance et action internationale à Sciences-Po Toulouse. Elle est aussi passée par la prestigieuse Université d'Oxford au Royaume-Uni.

Alexandra s’intéresse aussi depuis des années à la culture russe – dont elle parle parfaitement la langue. Elle a consacré un mémoire à "La politique étrangère de la Fédération de Russie en Arctique", pour lequel elle est partie dans l'Arctique en mars 2019. Quelques mois avant, elle avait effectué un stage à l’Alliance des avocats pour les droits de l’Homme, puis un autre à l’Unesco. Elle a également présenté des émissions de radio sur l’art russe  sur Fréquence protestante.

Alexandra de Taddeo en Arctique en mars 2019 pour son mémoire "La politique étrangère de la Fédération de Russie à l’égard de l’Arctique".
Alexandra de Taddeo en Arctique en mars 2019 pour son mémoire "La politique étrangère de la Fédération de Russie à l’égard de l’Arctique". © Alexandra de Taddeo

Intérêt pour la chose publique

Alexandra de Taddeo semble également s’intéresser à la politique. Depuis octobre 2018, elle fait partie du Conseil parisien de la jeunesse, une instance de démocratie participative et non partisane. Son nom apparaît sur le trombinoscope de la promotion Veil 2018-2019 ainsi que sur les listes du Conseil. Comme le veut la procédure, elle a envoyé sa candidature et a été tirée au sort pour siéger parmi 100 Parisiens de 15 à 30 ans, consultés par la Mairie de Paris sur certains dossiers "jeunesse".

À  l'université de Paris II-Assas, elle participe à la création d'une webradio et d'une émission politique sur la campagne municipale en 2018. Dans ce cadre, elle sollicite Gaspard Gantzer en novembre 2018,  selon Le Monde, au moment où il lançait son mouvement "Parisiennes, Parisiens". Elle lui propose une interview qui n'aura finalement pas lieu. Gantzer ignore alors qu’elle a entretenu, quelques mois plus tôt, des échanges avec son rival, Benjamin Griveaux.

Selon les premiers éléments de l'enquête, Alexandra de Taddeo est entrée en contact avec ce dernier via Facebook et Instagram au printemps 2018. La conversation, d'abord politique, se serait transformée en correspondance intime. Selon Le Parisien, les échanges auraient cessé quelques mois plus tard après "au moins une rencontre physique". 

Pavlenski : une rencontre décisive

À l’époque, Alexandra n’est pas encore en couple avec le militant russe. Elle le rencontre après avoir chroniqué le procès de ce dernier, jugé en janvier 2019 pour avoir incendié la façade d'une succursale de la Banque de France, à Paris, en octobre 2017. Elle en tire une publication "L'Art d'être juste" et une rencontre décisive. Interrogé par Le Parisien, le frère de la jeune femme estime qu’elle tombe "très amoureuse".

Elle quitte son appartement du très chic 16e arrondissement parisien pour s’installer avec Piotr Pavlenski dans un squatt du 19e. Elle commence à frayer avec l’extrême gauche. Ensemble, ils fréquentent Juan Branco, l’avocat des Gilets jaunes très anti-pouvoir qui les invite à une soirée du Nouvel An. Et elle affiche de nouvelles positions politiques. Sur le site où avaient été publiées les vidéos intimes de Benjamin Griveaux, Taddeo et Pavlenski publient l’interview d'une actrice pornographique intitulée : "Le puritanisme en politique est le signe d'une idéologie d'hommes politiques frustrés".

Bien loin des interviews politiques prévues pour la webradio de l’université d’Assas. Les parents de la jeune femme dénoncent  l’influence de Pavlenski. Alexandra  "n'a rien d'une militante politique, soutient sa mère dans Le Parisien. On se demande comment elle peut se retrouver dans cette histoire alors que ce n'est pas du tout son style. Je pense qu'elle a pu être manipulée par Piotr Pavlenski …" L’enquête tranchera.

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