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Face au risque de violences sexuelles, les clubs font avec les moyens du bord

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Paris (AFP)

Face aux multiples révélations d'affaires de violences sexuelles qui secouent le sport français, les clubs amateurs se disent épargnés par une flambée d'inquiétude et expliquent comment ils préviennent le risque avec les moyens du bord.

Patinage artistique, avec notamment le témoignage de l'ancienne championne Sarah Abitbol, puis équitation, escalade, ski ou encore athlétisme : l'accumulation de cas de violences sexuelles qui ont fait surface en tout juste trois semaines est sans précédent et sera au centre d'une convention organisée par le ministère des Sports, vendredi.

Pour autant, dans les clubs, on ne constate pas de poussée d'inquiétude.

"Aucun parent n'est venu vers nous pour nous dire qu'il était inquiet", rapporte à l'AFP le directeur du club omnisports francilien de Malakoff, Thierry Bardaud, qui compte quelque 5.000 licenciés, une centaine d'entraîneurs bénévoles et une soixantaine de salariés.

Mère d'une jeune footballeuse du club de Mouans-Sartoux (Alpes-Maritimes), fort d'une section féminine particulièrement développée (20% des près de 700 licenciés), Julie Sinègre n'est "pas du tout inquiète" pour sa fille d'une dizaine d'années, et même "plutôt contente que ça pète". "Ca va assainir le milieu (sportif), libérer la parole", espère-t-elle auprès de l'AFP.

Ce qui rassure la mère de famille, c'est que "les coaches des filles sont des femmes". "Sinon j'aurais un peu plus la trouille, notamment lors des déplacements", reconnaît-elle.

"J'aurais plus peur s'il s'agissait de haut niveau, où tu confies ton enfant pour de longues périodes, où une relation de dépendance peut s'installer et l'entraîneur avoir une emprise", distingue-t-elle encore.

- Confiance -

"Je ne pense pas que ça va miner la confiance", estime le président du club de Malakoff, Patrick Humbert.

"C'est bien que ça éclate au grand jour. Les fédérations ont beaucoup bougé depuis une dizaine d'années sur la prévention de la radicalisation. Maintenant, elles vont bouger là-dessus", complète-t-il.

Car si tous ont conscience du risque, plusieurs clubs partagent le sentiment de ne pas avoir été particulièrement sensibilisés jusque-là sur la lutte contre les violences sexuelles. Et font ainsi, à leur échelle, avec les moyens du bord pour s'en prémunir.

D'abord en entourant les jeunes filles d'éducatrices et d'un encadrement féminin, dans la mesure du possible.

Aussi en mettant en place des précautions empiriques.

"On essaie d'éviter les situations à risque. Un papa qui change sa fille dans le vestiaire, c'est non", illustre auprès de l'AFP Véronique Ribaucourt, présidente de l'US Joigny, un club omnisports de l'Yonne avec 2.000 adhérents, dix éducateurs et une centaine de bénévoles.

Quant aux jeunes gymnastes "qui naviguent dans les couloirs en justaucorps, on leur explique que ce n'est pas l'idéal", poursuit-elle.

Au club omnisports d'Ambarès (2.400 adhérents), en Gironde, le problème d'"un vestiaire un peu trop passant" a été géré afin qu'adultes et enfants "ne se croisent pas trop facilement", explique son directeur Benjamin Marchesseau.

Ailleurs encore, pas de déplacement accompagné par un seul adulte, ou interdiction à un homme d'entrer seul dans les vestiaires.

- Contrôle -

Mais au-delà de la gestion du quotidien, se pose la question du contrôle des encadrants, et notamment des bénévoles. Sans doute un des sujets de la convention ministérielle à venir.

Si les antécédents des éducateurs professionnels sont systématiquement contrôlés, ce n'est pas le cas pour les bénévoles. Au mieux - mais pas toujours - ces derniers signent une déclaration d'honorabilité. "Mais c'est tout. On n'a aucun moyen de les contrôler", résume Claude Brunet, qui préside l'AS des Couronneries, club populaire de 300 licenciés à Poitiers. "Ca ne fait pas tout, ça reste un papier qu'on signe", abonde M. Marchesseau, qui précise que "dans les faits, beaucoup d'entraîneurs encadrent sans avoir fait de formation".

Certains clubs, comme celui de Malakoff, ont pris les devants sur une éventuelle future législation et demandent déjà un extrait de casier judiciaire à leurs bénévoles.

"Si demain on nous demande de rendre obligatoire (ce contrôle d'antécédents) pour les bénévoles, je trouverais ça normal. Mais ça peut être difficile de demander ça à des parents qui prennent sur leur temps pour aider le club", soupèse Mme Ribaucourt.

Et d'éventuels agresseurs "peuvent passer au travers" de la justice, souligne M. Brunet. Ce qui rendrait le procédé vain.

"On peut prendre un maximum de mesures, mais il reste toujours un grand point d'interrogation, lâche à l'AFP le président du club de Mouans-Sartoux, Robert Vuillen. Malheureusement, on ne connaît jamais les gens à fond, on ne peut jamais être totalement sûr."

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