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A Paris, les locations de meublés touristiques au cœur des municipales

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Paris (AFP)

En pyjama et le regard ensommeillé, la jeune Anglaise qui a ouvert la porte le reconnaît d'emblée: oui, elle a loué ce meublé touristique du 11e arrondissement de Paris sur le site AirBnb. Les agents contrôleurs de la ville s'en doutaient, le propriétaire est en infraction.

"Un souci?", s'inquiète la jeune femme, surprise par cette visite matinale du bureau de la protection des locaux d'habitation de la ville de Paris, au 6e étage de cet immeuble de l'avenue Parmentier. Pas pour elle, mais le propriétaire qui a déclaré l'appartement en résidence secondaire n'avait pas le droit de l'inscrire sur les plateformes de location de courte durée et risque une forte amende.

Très rentables pour les propriétaires, les offres de location de meublés touristiques sur des sites comme Airbnb ou Booking se sont multipliées ces dernières années à Paris, l'ampleur du phénomène devenant un enjeu des prochaines municipales.

Face au manque de logements dans la capitale, tous les candidats pointent ces plateformes, accusées de détourner des logements du marché locatif classique, au détriment des Parisiens.

Paris compte 65.000 annonces de meublées touristiques sur Airbnb, et on estime ce nombre autour de 80.000 sur l'ensemble des plateformes, explique François Plottin, à la tête des 30 agents municipaux chargés du contrôle.

Pour être dans la légalité, le propriétaire aurait dû effectuer "un changement d'usage" de son appartement: très contraignante à Paris, cette procédure impose une "compensation", c'est-à-dire la transformation d'un local commercial en un logement de surface équivalente.

Si le logement avait été sa résidence principale, le propriétaire aurait pu, selon la règlementation, louer son appartement jusqu'à 120 jours par an.

- "Hors la loi" -

La ville estime qu'"entre 25.000 et 30.000" appartements sont loués à l'année via Airbnb. La plateforme répond que seuls quelque 4.100 logements entiers ont été loués plus de 120 jours en 2019, et seulement 1.040 toute l'année.

La loi oblige aussi les propriétaires à s'enregistrer auprès de la ville, mais selon les dernières données communiquées par Airbnb à la mairie, seulement 45% des mises en location touristiques ont un numéro d'enregistrement.

"Ces agréments sont compliqués à obtenir, tout est fait pour que ce ne soit pas possible", regrette Nicolas Tsaros, propriétaire de cinq appartements dans le XVe, près de la tour Eiffel, mis en location sur Airbnb sans autorisation.

"Je suis hors-la loi", reconnaît l'auteur de "Chroniques d'un loueur Airbnb à Paris". Assigné en justice -pour ses logements achetés via des emprunts qu'il rembourse toujours-, ce salarié en CDI explique ne pas être "un professionnel de Airbnb", mais avoir voulu "se diversifier", "encouragé" par les banques.

Il dénonce une volonté de la mairie de "nous bouter hors du marché" du tourisme, "alors qu'il y a une demande extrêmement forte".

Ses appartements sont "pleins à l'année", à raison de 130 euros la nuitée. Après remboursement des emprunts, charges, travaux et impôts, M. Tsaros dit gagner "environ 500 euros net par mois et par appartement".

Il encourt désormais jusqu'à 50.000 euros d'amende par appartement. A Paris, 400 dossiers par an obtiennent une condamnation.

Le coeur de Paris ou la butte Montmartre sont particulièrement touchés et enregistrent un grand nombre de plaintes de co-propriétaires ou riverains: va-et-vient incessants, parties communes dégradées, transmission des codes d'entrées intempestifs et nuisances sonores.

- "Pétards et feux de Bengale"-

Dans le quartier Montorgueil-Saint-Denis (IIe), "il s'est posé deux alternatives: est-ce qu'on lutte ou est-ce qu'on part?", avoue Franck Briand, membre du collectif "Parisvsbnb" (Paris versus Airbnb) et résident d'une petite co-propriété, devenu "invivable" lorsqu'un propriétaire a transformé un ancien garage en un meublé touristique pouvant accueillir jusqu'à 15 personnes, dont une partie à la cave.

Le propriétaire, qui gère plus de 37 meublés dans le quartier, a fait un dossier de +changement de destination+ pour transformer des locaux commerciaux en logement. Une pratique légale, mais "pas suffisamment encadrée", regrette M. Briand.

"On a eu des groupes venus faire la fête avec pétards, feux de Bengale et hurlements toute la nuit", se souvient-il. La co-propriété a finalement obtenu en justice que la cave soit fermée, réduisant le nombre d'hôtes possible à six.

Dans le quartier, explique M. Briand, les gestionnaires de meublés de tourisme incitent les propriétaires à modifier leur baux pour faire du Airbnb, quand ce ne sont pas les résidents eux-mêmes qui partent à cause des nuisances. Résultat, moins de familles, des classes fermées, moins de commerces traditionnels : cela a eu "un effet destructeur sur le quartier".

caz/jk

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