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Taha Bouhafs, journaliste hors cadre à l'engagement "assumé"

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Paris (AFP)

Il sort des cadres du journalisme: critiqué par les uns pour ses diatribes sur Twitter et son militantisme anti-Macron, admiré par les autres pour sa capacité à "être toujours là au bon moment", Taha Bouhafs, jugé mardi pour outrage, interroge la profession.

"Je n'aspire pas à être une bête médiatique, il faut parler de mes images, pas de moi, on s'en fout de mon comportement", lance d’emblée Taha Bouhafs, 22 ans, dans la fumée d'une chicha. Ses images, ce sont "les luttes sociales" qu'il couvre pour le site d'information très à gauche Là-bas si j'y suis.

Mardi, c'est pourtant à cause de son "comportement" qu'il sera jugé à Créteil après son interpellation en juin à Alfortville (Val-de-Marne) alors qu'il couvrait une manifestation de soutien à des sans-papiers.

Journaliste, journaliste militant, journaliste engagé ou simple militant... Les termes pour le qualifier font débat.

"Au sens de la loi, il est journaliste car il travaille dans une entreprise de presse. Alors oui, il sort des cadres car il n'a pas reçu de formation, mais il bouge les lignes", explique Emmanuel Poupard, du Syndicat national des journalistes (SNJ).

"Je suis une ligne éditoriale assumée mais j'ai la même rigueur journalistique que n'importe qui", assure Taha Bouhafs, visage poupin et doudoune sans manche sur le dos.

Une rigueur mise à mal en avril 2018 lors de l'occupation du campus parisien de Tolbiac. Sur Twitter, il relaie la fausse information de la mort d'un étudiant après une intervention policière. "Cette erreur est un acte fondateur pour moi, j'ai changé de démarche depuis", affirme-t-il.

Quelques jours plus tard, il sera le seul à filmer Alexandre Benalla violenter un couple de manifestants place de la Contrescarpe le 1er mai 2018, des images à l'origine de la retentissante affaire quelques mois plus tard.

Son engagement, contre le gouvernement ou l'islamophobie, lui vaut, depuis, un flot de critiques.

"Il a le droit de s’exprimer en tant que militant mais il n’est pas journaliste", tranche Robert Namias, ancien cadre de TF1.

Comme lui, beaucoup lui reprochent de flétrir de ses commentaires personnels la neutralité qu'exige son métier. Sur son compte Twitter aux 46.600 abonnés s'entremêlent vidéos de manifestations et diatribes qui font débat.

En cause ? Un tweet en octobre sur "les pouilleux de Charlie Hebdo" ou un autre sur la nomination du ministre de la Santé Olivier Véran, assimilée à "un bon gros fuck" aux personnels de santé.

En janvier, un de ces tweets lui a valu une garde à vue, quand il a dévoilé la présence d'Emmanuel Macron au théâtre des Bouffes du Nord.

Aujourd'hui, "dire que quelqu'un est militant, c'est essayer de le discréditer", rétorque son employeur Daniel Mermet. "Il est toujours là au bon moment", défend également son ami journaliste David Dufresne.

- "Radicalité" -

Pour le SNJ, le jeune journaliste doit apprendre à "respecter la déontologie et donc bien séparer ce qui relève de la profession et de la sphère privée".

Lui assume, il est "devenu journaliste" car il "détestait" cette profession et voulait "combattre les inégalités et le racisme"

Ce natif d'Aïn Beïda, en Algérie, arrivé en France à l'âge de 5 ans, grandit à Echirolles, banlieue déshéritée de Grenoble. A 16 ans, il abandonne son bac pro électricité, enchaîne "les petits boulots", résigné à n'avoir "aucun avenir".

Son premier engagement remonte à Nuit Debout en 2016. Suivra la campagne présidentielle pour La France insoumise qui l'investit dans la foulée aux législatives dans l'Isère, où il ne franchira pas le premier tour.

Pour le député insoumis Eric Coquerel, "Taha exprime une certaine radicalité", parfois avec "un côté excessif".

Taha Bouhafs affirme n'avoir "plus rien à voir" avec LFI depuis que le philosophe Henri Peña-Ruiz avait défendu, lors de l'université d'été du parti en août, "le droit d'être islamophobe" .

Bouhafs, qui a été l'un des organisateurs d'une marche controversée contre l'islamophobie en novembre à Paris, avait critiqué "la dérive islamophobe de certains cadres" de LFI.

"Je lui ai signifié que je n'étais pas d'accord avec la manière dont il avait réagi", dit l'eurodéputé LFI Manuel Bompard, mais "on n'est pas fâchés ou adversaires".

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